Comment la course aux grands prix d'automne évolue-t-elle ces dernières années ? Livres Hebdo a compilé les listes des prix Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Interallié et du Roman de l'Académie française de 2023 à 2026, soit 341 sélections correspondant à 221 titres en lice (lire la méthodologie en fin d'article).
Un millésime 2026 plus large
Cette année, les jurés ont retenu 61 titres pour 89 sélections, contre 52 à 55 titres les trois années précédentes. Le nombre de maisons représentées reste stable (30 en 2026, 29 en 2023). Mais cinq maisons font leur entrée dans les listes en 2026 (La Tribu, Le Cercle ouvert, Les Intranquilles, Liana Levi et Maurice Nadeau), pour six titres. Les listes du Médicis (18 titres), du Femina et du Renaudot (17 chacune) sont les plus fournies.
Madrigall reste en tête mais perd plus de trois points
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le groupe Madrigall place 19 titres en 2026 (31,1 % du total), comme en 2023 (34,5 %) : son poids reculant parce que le corpus s'élargit. Hachette se maintient entre 17 % et 20 % des titres (11 titres en 2023 comme en 2026, soit 18 % cette année), tandis qu'Editis, monté à huit titres en 2025 (15,1 %), retombe à six (9,8 %). Média-Participations décroche, de six titres en 2023 à trois en 2026 (10,9 % contre 4,9 %). Actes Sud passe de deux à trois titres entre 2025 et 2026. Albin Michel place cinq titres en 2026 contre six en 2025 (8,2 % contre 11,3 %), année où L'Observatoire (Tout ouïe d'Alexandre Postel) intègre les sélections ; en 2023 et 2024, cette maison est comptée dans Humensis, qui pèse deux titres chaque année avant d’être intégrée au groupe d'Albin Michel.
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Entre 2023 et 2026, le nombre de titres progresse chez les indépendants (+5), alors que le groupe Les nouveaux éditeurs fait son apparition en cette rentrée, deux ans après sa création, avec trois titres issus de La Tribu et Les Intranquilles. Dans le même temps, Média-Participations recule tandis que sur la dernière année, Madrigall (+3) et Hachette (+2) sont les principaux bénéficiaires de l'élargissement des listes, tandis qu'Editis perd deux titres.
Les indépendants : de cinq à dix titres
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le nombre de titres issus de maisons indépendantes a doublé, passant de cinq en 2023 à dix en 2026, pour une part qui atteint 17,0 % en 2025 avant de revenir à 16,4 %. Huit maisons indépendantes différentes sont représentées en 2024, 2025 et 2026, contre cinq en 2023. Sur quatre ans, Philippe Rey (cinq titres), Verdier, L'Iconoclaste et Zoé (trois chacune) sont les plus présentes.
Plusieurs titres indépendants se détachent. Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea (L'Iconoclaste), retenu par quatre jurys en 2023, a remporté le Goncourt. En 2024, Les guerriers de l'hiver d'Olivier Norek (Michel Lafon) a figuré dans trois listes (Goncourt, Renaudot et Interallié).
En 2026, Philippe Rey (Un corps indocile d'Osvalde Lewat et Le dernier présage de Victoria Woodhull de Maxim Schwartz) et L'Iconoclaste (Joseph dans la nuit d'Olivier Grondeau et La dernière des Wilberforce de Julia Kerninon) placent deux titres chacune, devant Verdier dont N'efface pas mes cercles d'Emma Marsantes est le titre provenant d’une maison indépendante le plus cité dans les premières sélections cette année, avec le Goncourt, le Femina et le Medicis.
Zoé (Glissando d'Anne-Sophie Subilia), Zulma (Cipango de Jean-Marie Blas de Roblès), Elyzad (Septentrionale de Karim Kattan), Liana Levi (Les maîtres du sol de Ryad Assani-Razaki) et Maurice Nadeau (Bataille au procès de Patrice Trigano) représentent cette année le reste du corpus indépendant.
Si on élargit à toutes les maisons extérieures aux quatre premiers groupes (Hachette, Editis, Madrigall et Média-Participations), la part passe de 23,6 % des titres en 2023 à 36,1 % en 2026 (22 titres), un record sur la période.
Quels prix sont les plus ouverts aux indépendants ?
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Avec 14 sélections issues d'éditeurs indépendants, le Médicis est de loin le prix le plus ouvert : 22,2 % de ses sélections sur quatre ans, issues de neuf maisons différentes (Zoé, Verdier, Corti, Philippe Rey, Le Bruit du monde, Sabine Wespieser, Le Quartanier, Le Castor Astral et Elyzad).
Le Renaudot (13,6 %) et le Femina (12,5 %) suivent, puis le Goncourt (11,3 %), qui s'ouvre nettement en 2026 avec trois titres : Joseph dans la nuit d'Olivier Grondeau (L'Iconoclaste), N'efface pas mes cercles d'Emma Marsantes (Verdier) et Bataille au procès de Patrice Trigano (Maurice Nadeau), contre un en 2023 et en 2024. L'Académie française (9,5 %) et l'Interallié (9,1 %), qui ont les plus petites listes, ferment la marche, l'Interallié n'ayant retenu aucun indépendant cette année (0 sur 10), après 22,2 % en 2023 avec Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea (L'Iconoclaste) et Une certaine désinvolture de Bertrand de Saint Vincent (Du Rocher).
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une concentration « GalliGrAlbin »
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les trois premiers groupes captent 59 % des titres en 2026, contre 65,5 % en 2023 (62,3 % en 2025 et 59,6 % en 2024). Les cinq premières maisons pèsent 41,0 % des titres, après un point bas à 37,7 % en 2025 et 45,5 % en 2023. Gallimard est présent chaque année avec six à huit titres (30 au total), devant Grasset (19) et Albin Michel (13).
Les maisons les plus sélectionnées
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Quelques trajectoires se détachent. Stock passe d'un titre en 2024 à cinq en 2026 (La méthode de David Djaïz, Tête brûlée de Jean-Luc Coatalem, Une éclaircie de Jean-Baptiste Del Amo, Un diamant dans les gravats de Luz et Hyperkarma de Nicolas Idier). À l'inverse, Le Seuil tombe de quatre titres en 2023 à deux en 2026. En 2025, Grasset place cinq titres, mais aucun sur les listes du Goncourt et du Médicis.
Premiers romans : les indépendants surreprésentés
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Dans les premières sélections, on recense six primo-romanciers en 2023, quatre en 2024, sept en 2025 et donc six en 2026, soit 23 premiers romans sur la période. Sept proviennent d'éditeurs indépendants (30,4 %), soit plus du double de leur poids dans l'ensemble des titres sélectionnés sur la même période (14,5 %) : Philippe Rey (Ce que je sais de toi d'Éric Chacour en 2023, Quatre jours sans ma mère de Ramsès Kefi en 2025 et Le dernier présage de Victoria Woodhull de Maxim Schwartz en 2026), Corti (Mélusine reloaded de Laure Gauthier en 2024 et Sporen de Julia Sintzen en 2025), Le Castor Astral (On m'a jeté l'œil d'Anya Nousri en 2025) et L'Iconoclaste (Joseph dans la nuit d'Olivier Grondeau en 2026). Madrigall en compte autant, sept, dont quatre chez Gallimard.
Les primo-romanciers les plus sélectionnés sont Mokhtar Amoudi, dont Les conditions idéales (Gallimard) figure en 2023 dans trois listes (Goncourt, Renaudot et Académie française), et, en 2026, Thélyson Orélien, dont C'était ça ou mourir (Grasset) est retenu par trois jurys (Femina, Médicis et Renaudot), après avoir été retiré de la liste du Goncourt.
Aucun des 17 primo-romanciers de 2023 à 2025 n'a toutefois remporté de prix. En 2026, les six premiers romans se répartissent entre Hachette (Thélyson Orélien chez Grasset et La méthode de David Djaïz chez Stock), deux indépendants (Joseph dans la nuit d'Olivier Grondeau, L'Iconoclaste, et Le dernier présage de Victoria Woodhull de Maxim Schwartz, Philippe Rey), Madrigall (Tuer le vieux de Daria Marx, Flammarion) et Albin Michel (Paradisi Gloria d'Élise Lespade, Le Cercle ouvert).
Lauréats 2023-2025 : 13 maisons pour 18 prix
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les 18 prix ont été remportés par 13 maisons différentes, pour 17 titres : Le rêve du jaguar de Miguel Bonnefoy (Rivages) ayant décroché à la fois le Femina et le Roman de l'Académie française en 2024.
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Gallimard compte trois prix : l'Académie française 2023 (Une façon d'aimer de Dominique Barbéris), le Goncourt 2024 (Houris de Kamel Daoud) et le Femina 2025 (La nuit au cœur de Nathacha Appanah). Viennent ensuite trois maisons à deux prix : P.O.L (Femina 2023 pour Triste tigre de Neige Sinno, Médicis 2025 pour Kolkhoze d'Emmanuel Carrère), Rivages (Femina et Académie 2024, pour le même titre) et Grasset, double lauréat du Renaudot avec Jacaranda de Gaël Faye (2024) et Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre (2025). Au total, trois maisons de Madrigall (Gallimard, P.O.L, Grasset) réunissent six prix.
Les neuf autres maisons ne décrochent qu'un prix chacune : Minuit (Goncourt 2025, La Maison vide de Laurent Mauvignier), Calmann-Lévy (Renaudot 2023, Les Insolents d'Ann Scott), Robert Laffont (Interallié 2025, L'amour moderne de Louis-Henri de La Rochefoucauld), Le Nouvel Attila (Médicis 2023, Que notre joie demeure de Kevin Lambert), Seuil (Médicis 2024, Ann d'Angleterre de Julia Deck), L'Iconoclaste (Goncourt 2023, Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea), L'Observatoire (Interallié 2023, Humus de Gaspard Koenig), Albin Michel (Interallié 2024, Cœur de Thibault de Montaigu) et Sabine Wespieser (Académie française 2025, Passagères de nuit de Yanick Lahens). Les deux seuls prix décernés à des indépendants sont ceux de L'Iconoclaste et de Sabine Wespieser.
Des prix plus ou moins homogènes
Le Renaudot a couronné chaque année un titre du groupe Hachette (Calmann-Lévy en 2023, puis Grasset en 2024 et 2025). L'Interallié a couronné trois groupes différents (Humensis en 2023, Albin Michel en 2024, Editis en 2025) et le Médicis deux (Média-Participations en 2023 et 2024, Madrigall en 2025). Le Goncourt alterne entre indépendant (2023) et Madrigall (2024 et 2025), avec trois maisons distinctes. Le Femina revient deux fois à Madrigall (P.O.L en 2023, Gallimard en 2025) et une fois à Actes Sud (Rivages, 2024) ; l'Académie française couronne tour à tour Madrigall (Gallimard, 2023), Actes Sud (Rivages, 2024) et un indépendant (Sabine Wespieser, 2025).
Sélectionné ne veut pas dire primé
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Sur 2023-2025, Madrigall réunit 34,5 % des sélections et remporte six des 18 prix (33,3 %). Les indépendants pèsent 13,1 % des sélections et décrochent deux prix (11,1 %). Hachette totalise trois prix, Média-Participations et Actes Sud deux chacun.
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Côté maisons, Gallimard reste la plus présente avec 41 sélections sur trois ans et en convertit trois (7,3 %), devant Grasset (25 sélections, deux prix : 8,0 %) et Albin Michel (16 sélections, un prix : 6,3 %). P.O.L affiche un bon rendement parmi les maisons les plus sélectionnées, avec deux prix pour 13 sélections (15,4 %), devant Robert Laffont (un pour huit) et L'Observatoire (un pour dix). Rivages décroche deux prix pour six sélections, mais pour un seul titre. Stock (11 sélections), Flammarion (10), Le Cherche Midi (sept), Julliard et Mialet-Barrault (six chacune) n'ont décroché aucun prix sur la période.
Les lauréats viennent surtout des favoris
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Sur 18 prix, 12 sont allés à un titre présent dans au moins trois listes, et neuf à un titre présent dans quatre listes ou plus. Parmi les neuf titres retenus par quatre jurys ou plus entre 2023 et 2025, huit ont décroché au moins un prix ; seul Vous êtes l'amour malheureux du Führer de Jean-Noël Orengo (Grasset), en 2024, est reparti bredouille. La nuit au cœur de Nathacha Appanah (Gallimard), présent dans cinq listes en 2025, a obtenu le Femina quand le Goncourt est allé à La Maison vide de Laurent Mauvignier (Minuit), retenu par trois jurys.
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
À l'inverse, six prix ont couronné des titres présents dans une ou deux listes seulement : Les Insolents d'Ann Scott (Calmann-Lévy, Renaudot 2023) et Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Grasset, Renaudot 2025), chacun retenu par ce seul jury, ainsi que Que notre joie demeure de Kevin Lambert (Le Nouvel Attila, Médicis 2023), Ann d'Angleterre de Julia Deck (Seuil, Médicis 2024), Passagères de nuit de Yanick Lahens (Sabine Wespieser, Académie française 2025) et L'amour moderne de Louis-Henri de La Rochefoucauld (Robert Laffont, Interallié 2025).
Le millésime 2026 est le premier, depuis le retrait du titre de Thélyson Orélien de la liste du Goncourt, sans titre présent dans quatre listes. Huit titres sont retenus par trois jurys : C'était ça ou mourir et Chronique d'un royaume perdu d'Ananda Devi (Grasset), Heures sauvages de Marie Petitcuenot (Héloïse d'Ormesson), La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel (Gallimard), Le fabuleux piano de Sonia Devillers (Robert Laffont), Minotaure de Boris Bergmann (Albin Michel), N'efface pas mes cercles d'Emma Marsantes (Verdier) et Nous aussi d'Anne Godard (Actes Sud).
Des auteurs fidèles
Dix-huit auteurs figurent dans deux des quatre millésimes. Nathacha Appanah est passée de La Mémoire délavée (Mercure de France, une liste en 2023) à La nuit au cœur (Gallimard, cinq listes en 2025). Sarah Chiche a été retenue pour Les Alchimies (Seuil, trois listes en 2023), puis pour Aimer (Julliard, deux listes en 2025). Maria Pourchet est passée de Western (Stock, une liste en 2023) à Tressaillir (Stock, trois listes en 2025). Jean-Noël Orengo, enfin, a signé Vous êtes l'amour malheureux du Führer (Grasset, quatre listes en 2024), puis La rédemption (Grasset, deux listes en 2026).
Méthodologie
Le périmètre d'analyse comprend les premières sélections annoncées des prix Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Interallié et du Roman de l'Académie française, de 2023 à 2026, recensées par Livres Hebdo. Une sélection correspond à un titre dans la liste d'un prix ; un titre retenu par quatre jurys compte donc pour quatre sélections. Les parts de groupes et de maisons reposent sur les titres uniques (un titre compte une fois par an) ; les parts par prix et les taux de conversion reposent sur les sélections. « Indépendant » désigne les maisons non intégrées à un groupe ; Albin Michel, Actes Sud, Libella et Les nouveaux éditeurs sont traités comme des groupes à part des quatre premiers groupes (Madrigall, Hachette, Editis et Média-Participations). Humensis (dont L'Observatoire) est suivi comme groupe en 2023 et 2024 ; L'Observatoire est compté dans Albin Michel à partir de 2025. Les « trois premiers groupes » excluent les indépendants. Les taux de prix rapportés aux sélections portent sur 2023-2025. Les primo-romanciers sont identifiés à partir d’un bilan de suivi de Livres Hebdo 2023-2026.
Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.














