Gauz toujours! | Livres Hebdo

Par Sean James Rose, le 25.05.2018 avant-portrait Rentrée littéraire > Gauz

Gauz toujours!

Photo © GAUZ

L’auteur franco-ivoirien Gauz fait un retour truculent avec un deuxième roman sur la colonisation de la Côte d’Ivoire et le choc des cultures et des mots.

Allô Armand, tu m’entends? L’attaché de presse nous met en contact par Facetime avec l’auteur du très remarqué Debout-payé. Gauz ne revient à Paris que dans quelques semaines où il passera six mois de l’année. Cet hiver, il repart en Côte d’Ivoire. L’image de l’écrivain apparaît sur l’écran: affable, décontracté, sans chemise. Il fait chaud à Grand-Bassam, où il habite au "Village des artisans" auxquels il a consacré une exposition photo. Car l’écrivain, biochimiste de formation, qui raconta son expérience de vigile chez Sephora dans le livre susmentionné, premier roman et premier best-seller de son éditeur, Le Nouvel Attila (50 000 exemplaires en grand format et 25 000 en poche), est, entre autres, photographe.

La liste est longue des petits boulots qu’il a exercés (agent de hotline ou de sécurité), mais aussi des travaux sérieux (dialoguiste, scénariste, documentariste), tant l’activisme créatif de Gauz est grand. D’ailleurs c’est Gauz ou Armand? "Je t’explique, dit posément l’auteur de Camarade papa, un deuxième roman non moins truculent autour de la colonisation de la Côte d’Ivoire, sur la fiche d’état civil c’est Armand Patrick Gbaka-Brédé ; Gauz est le diminutif de Gauzorro, mon nom tribal, c’est comme ça qu’on m’appelle au village. En Afrique, on est tous schizophrènes, avec un nom occidental administratif, hérité du colonisateur, et un nom africain utilisé en privé. Gauzorro signifie "homme fort", "celui qui donne le vertige". Au sens propre, c’est aussi une espèce de tabac local qui vous soûle quand vous en abusez." Gauz rappelle que le français est la langue de Côte d’Ivoire, car, avec 66 ethnies, le parler français est bien le ciment linguistique. Rien de folklorique, ni panafricaniste, la colonisation ou la politique sont une excuse pour écrire de la fiction.

Un verbe flamboyant

Ici Gauz croise le destin du premier gouverneur colonial de Grand-Bassam et la narration d’un petit garçon africain qui a des parents communistes expatriés en Europe, comme ses propres parents. Il y a dans la bibliothèque familiale une biographie de Kim Il-sung, l’ancien dictateur nord-coréen, annotée de la main de la mère de Gauz. Tout est matière à histoires, Gauz se souvient de son grand-père, instituteur, de son oncle et de sa tante, également instituteurs, avec leur beau phrasé - les légendes comme les anecdotes les plus triviales transfigurées par le style. Peut-être est-ce là qu’il revendique cette part d’africanité, cette "oralité" qui n’est pas tant le fait de dire plutôt que d’écrire, qu’une autre manière d’écrire, à savoir avec un verbe vivifiant, flamboyant, inventif, jubilatoire. Gauz, l’homme qui enivre avec des mots. Littéralement.

Sean J. Rose

Gauz, Camarade papa, Le Nouvel Attila. Prix: 16 €, 192 p. Tirage: 15 000 ex. Sortie: 31 août. ISBN: 978-2-37100-023-0

En dates

1971 : naissance à Abidjan.

1974 : départ de ses parents pour la France. Gauz vit chez son oncle et sa tante.

1979 : voyage à Paris pour voir ses parents.

1980 : retour des parents.

1990 : participation aux révoltes civiles.

1995 : maîtrise de biochimie.

1999 : départ pour la France. N’arrive pas à obtenir un visa étude ni séjour.

2000 : étudiant sans papiers, enchaîne les petits boulots et épouse sa petite amie enceinte.

2001 : naissance de son premier garçon.

2012 : directeur de publication de News & co.

2014 : parution de Debout-payé.

Auteurs cités (2)

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