Gaston Lagaffe relaxé, Anna Karénine acquittée | Livres Hebdo

Par Claude Combet, Michel Puche, le 18.03.2018 à 22h39 (mis à jour le 18.03.2018 à 23h00) Livre Paris

Gaston Lagaffe relaxé, Anna Karénine acquittée

Lors du procès d'Anna Karénine, sur la grande scène - Photo PHOTO OLIVIER DION

Livre Paris a proposé samedi et dimanche sur sa grande scène deux « procès littéraires » au cœur de la stratégie d’innovation de la programmation déployée par la manifestation.

"J'appelle à la barre..." : quand Jean Lebrun (France Inter), en président de la cour, introduit Catherine Cusset, en femme de chambre d'Anna Karénine et témoin de moralité de la défense, le vrai-faux procès littéraire de l'héroïne de Tolstoï vient de commencer sur la Grande scène de Livre Paris, dimanche 18 mars, à 18 h, et il connaît son premier grand moment.

Défileront ensuite le mari délaissé d'Anna, son amant ("L'adultère est un jeu plus précieux que le mariage"), un expert psychiatrique, une pieuse comtesse (Anne Coldefy-Faucard) pour qui "Anna était tombée dans le péché", et surtout un procureur (Bertrand Perier, avocat de métier, auteur chez Lattès), qui a fait rire le public (et son éditrice Isabelle Laffont, dans l'assistance) en hurlant (pour couvrir les appels au micro de l'hôtesse qui annonçait la fermeture proche) que la culpabilité d'Anna Karénine ne faisait pas de doute et qu'elle devait être condamnée ("au nom de tous les cocus qui sont dans la salle ou des étudiants qui ont trop souffert sur ce texte"). 

"Flagrant délit de paresse"

La veille, samedi 17 mars, c'est Gaston Lagaffe, le héros de Franquin dont on a fêté les 60 ans en 2017 et qu'on verra sur les écrans de cinéma en avril, qui faisait l'objet de poursuites au tribunal des Prudhommes par les éditions Dupuis pour "flagrant délit de paresse, abus de sieste, détournement de contrat". La présidente du tribunal, Clara Dupont-Monod, faisait jurer les témoins sur la "Bible", à savoir l'intégrale des aventures de Gaston Lagaffe parue aux éditions Dupuis, au cours d'un procès en l'absence de l'accusé "aux idées lumineuses aboutissant à des catastrophes, comme la préparation d'une morue aux fraises, la présence d'animaux, l'incendie des bureaux et le classement du courrier sur un cactus"

Si Gérard Laconta, interprété par Didier Porte, comptable des éditions Dupuis, a chargé le garçon de bureau, "coupable de destruction partielle d'immeuble et de terrorisme en espadrilles, Daft Punk du 9e art", on a noté une certaine indulgence du patron des éditions Dupuis, interprété par Serge Honorez, le directeur éditorial de la maison, qui insistait : "c'est un poète". Le public, nombreux, a ri aux envolées des avocats Ambroise Colombani et Romain Boulet  : "l'affaire du pull over vert", "la chair est triste et j'ai lu tous les dossiers", "Les éditions Dupuis ne sont pas La revue des Deux mondes". Il a bien sûr voté à l'unanimité et à main levée la relaxe de Gaston Lagaffe et contre le licenciement du héros. 

Ces deux vrai-faux procès, sans doute inégaux, mais à porter au crédit d'une programmation innovante, ont su capter l'attention du public. A l'heure de la fermeture, dimanche, après avoir entendu dans les ultimes prolongations la plaidoirie de Me Sophie Rey-Gaston, il votait  aussi sans hésiter l'acquittement d'Anna Karénine.

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