Le budget culture de la Commission européenne pourrait doubler | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, le 19.03.2018 à 18h43 (mis à jour le 20.03.2018 à 10h41) LIVRE PARIS

Le budget culture de la Commission européenne pourrait doubler

Photo OLIVIER DION

La Commission présentera son prochain budget pluriannuel en mai. Actuellement, elle consacre 0,15% de ses dépenses à la culture, soit 1,5 milliard d’euros sur 7 ans.

"L’Europe présentera en mai la feuille de route de son prochain budget pluriannuel, et je souhaiterais que la part consacrée à la culture soit doublée, pour atteindre 0,3% des dépenses. Actuellement, les 0,15% de ce budget représentent environ 1,5 milliard d’euros sur 7 ans, soit quelque 200 millions par an, dont la moitié est réservée au cinéma", a expliqué Michel Magnier, directeur culture et créativité à la Direction générale Culture de la Commission européenne. Il intervenait lors d’un débat intitulé "L’Europe du livre, réalité ou fiction", organisé sur la scène du Centre national du livre, le 19 mars à Livre Paris.

La culture ne fait pas partie des compétences de l’Union européenne a-t-il rappelé, ce qui explique la faiblesse des moyens consacrés à ce secteur. L’UE ne peut intervenir que dans la mesure où elle n’empiète pas sur les prérogatives nationales. La culture reste le domaine réservé des Etats membres, soucieux de conserver leur pouvoir de décision en la matière, tout particulièrement la France, très impliquée sur le sujet, et sur lequel elle dispose d’une crédibilité bien mieux reconnue que dans d’autres secteurs.

En accord avec Angela Merckel, chancelière de l’Allemagne, Emmanuel Macron, président de la République, a toutefois souhaité lui donner plus de poids, pour améliorer l’image de l’Europe, trop associée à des sujets austères, voire anxiogènes – réglementations diverses, crise financière, immigration. Il ne s’agit pas de faire seulement diversion, mais de s’appuyer aussi sur une réalité économique qui donne une vraie puissance à l’Europe dans le monde. "L’ensemble des industries culturelles représentent 640 milliards d’euros de volumes d’affaires, avec des emplois non délocalisables", a rappelé Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE), reprenant des éléments du dossier plaidé par France Creative depuis plusieurs années à la Commission. Ce groupement d’entreprises culturelles s’attache à convaincre les instances européennes de ne pas bouleverser ce secteur face à la pression des entreprises des nouvelles technologies, surtout américaines, et très désireuses d’alléger la réglementation du droit d’auteur.

La politique du livre passe essentiellement par le programme Europe creative, un soutien à la traduction doté d’environ 3,5 millions d’euros par an et qui permet de traiter quelques centaines de dossiers répartis entre les éditeurs des 28 Etats membres."Ce qui pourrait faire sens, ce serait d’établir un corpus des grandes œuvres à traduire dans toutes les langues européennes", a suggéré Vincent Monadé, président du CNL, avec des questions toutefois sur les moyens nécessaires en regard d’un résultat commercial incertain. Le rôle du programme européen est ainsi précieux dans les traductions autres que vers ou depuis l’anglais.

Un "Erasmus du livre" ?

Le projet d’un "Erasmus du livre" qui avait surgi à la foire de Francfort a aussi été rappelé, mais rien de concret n’est pour le moment bâti autour d’un programme d’échanges entre professionnels du secteur, à l’image de celui qui fonctionne bien dans l’enseignement supérieur européen. L’Europe du livre pourrait aussi être celle de son pouvoir de régulation sur trois sujets chers à la France: le prix unique du livre, la TVA réduite sur le livre numérique, et l’interopérabilité des contenus numériques. Le premier sujet relève de sensibilités trop nationales pour arriver à un consensus, le second est tout proche d’aboutir mais bloqué par la République tchèque, et le troisième, qui permettrait de desserrer l’étreinte d’Amazon, n’a pas pu être introduit dans les discussions actuelles sur la directive droit d’auteur, en dépit des efforts de la France.

"Il faudrait au moins un budget réservé au livre, afin de s’assurer d’une certaine stabilité, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui", regrette Vincent Montagne, plaidant parmi divers projets de soutien culturel extérieur, pour un accompagnement à la diffusion-distribution du livre en Afrique.
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