Forcément saltimbanque | Livres Hebdo

Par Jean-Claude Perrier, le 08.06.2018 (mis à jour le 08.06.2018 à 16h11) Avant-portrait Rentrée littéraire > Guy Boley

Forcément saltimbanque

Guy Boley. - Photo J.-F. PAGA/GRASSET

Guy Boley consacre à son père le roman qu’il portait en lui depuis des années.

Chez les Boley, on est saltimbanque de père en fils depuis au moins trois générations. Le père, René, le héros de Quand Dieu boxait en amateur, était certes forgeron dans le civil, mais avec sa femme, "ils chantaient des opérettes dans leur cuisine pour les voisins", raconte Guy, le fils, qui a mené une vie nomade quasi impossible à retracer. Il a été ouvrier, chanteur de rue, cracheur de feu, acrobate, funambule, comédien, dramaturge, professeur de guitare et l’on en passe. L’écriture, entre autres, à laquelle il s’adonne passionnément "depuis l’âge de dix ans : des pièces de théâtre, des poèmes, puis des romans". De l’écriture, avec le recul de la soixantaine bien entamée, il précise: "C’est le vrai fil conducteur de ma vie, ce qui me structurait. Pour le reste, je n’avais aucune ambition." Quant à ses enfants, deux filles et un garçon ("mon premier lecteur, exigeant, difficile, qui m’engueule souvent !"), même s’ils ont pour l’instant de "vrais" métiers, il est ému et pas peu fier de retrouver en eux l’esprit de la famille. "Ils sont tous de grands lecteurs et des musiciens."

Quand Dieu boxait en amateur, le deuxième roman de Guy Boley, découle d’un autre texte, qui s’intitulait "Annonciation", et croisait les parcours de Charlie Mingus, Kathleen Ferrier, Mohamed Ali et René Boley, réunis par des passions communes, la musique et la boxe, pratiquées par ce dernier. L’auteur, "autodidacte absolu", et qui, installé dans son petit village près de Besançon, ne connaissait personne dans le monde de l’édition, avait envoyé le manuscrit par la poste, comme il le faisait depuis qu’il écrivait des romans "nuls", et jusque-là sans succès aucun, collectionnant les lettres de refus, à plusieurs éditeurs, dont Grasset. Chez Grasset, Chloé Deschamps lui répond, vite et positivement: "N’avez-vous pas autre chose ?"

"Je râle tout le temps"

Cette "autre chose", ce fut le très autobiographique Fils du feu, son premier roman publié en 2016, qui a enthousiasmé la critique, remporté pas moins de sept distinctions littéraires (dont les prix Alain-Fournier ou Françoise-Sagan), s’est vendu à environ 10 000 exemplaires en grand format, et est repris en Folio. Un vrai conte de fées qui, bizarrement, laisse son héros "content, sans plus. C’est allé trop vite. Ça ne m’a rien fait du tout, ce qui m’étonne moi-même, dit-il. Peut-être parce que j’attendais ça depuis trente ou quarante ans. Et puis, dans la famille, mon surnom c’est "le nain grincheux".Je râle tout le temps."

Le nain grincheux a néanmoins suivi les conseils de son éditrice. Il a sorti René du quatuor d’"Annonciation", a retravaillé son texte en mêlant réalité et fiction. C’est ce livre qui paraît à la rentrée, grave, émouvant, sans concession.

A un moment, le père, détruit par l’alcool, est comparé à un "albatros flapi". Réminiscence de Baudelaire, l’un des auteurs cultes de Boley l’éclectique - avec Chateaubriand, Péguy ou Pierre Michon -, qui continue d’écrire comme un enragé. Son troisième roman est déjà presque prêt. Le quatrième en chantier: "Vous comprenez, à mon âge, il y a urgence." Jean-Claude Perrier.

En dates

1952 : naît à Besançon.

1969 : part faire la manche avec sa guitare.

1978 : crée sa compagnie, puis un cirque.

1983 : interprète la comédie musicale La gare de Troyes, avec le groupe Ange.

1985 : arrête tout pour écrire.

1990 : dramaturge pour des compagnies de danse et de théâtre.

2016 : parution de son premier roman publié, Fils du feu.

Guy Boley, Quand Dieu boxait en amateur, Grasset, Prix: 17 euros, 192 p., sortie: 29 août, ISBN: 978-2-246-81816-8

close

S’abonner à #La Lettre