À près de 100 jours de l’évènement (17 au 19 avril 2026), Pierre-Yves Bérenguer, directeur de Paris Livres évènements, filiale du Syndicat national de l'édition (SNE) qui organise le Festival du Livre de Paris, reste confiant quant à la réussite de son deuxième rendez-vous au Grand Palais, malgré plusieurs défis importants à relever dans la dernière ligne droite.
Hachette : défection partielle, riposte du terrain
« Le festival a d'ores et déjà acquis 90 % de son financement », déclare Pierre-Yves Bérenguer, qui ajoute que « l'équilibre sera atteint par les partenariats privés et une présence internationale augmentée ». La participation des sponsors et autres partenariats a déjà progressé par rapport à l’an dernier : 454 000 euros en 2025 contre déjà 465 000 euros levés pour 2026.
« Depuis mon arrivée, notre objectif reste sur un plan à trois ans, de baisser la pression commerciale sur les éditeurs alors même que nos charges augmentent chaque année », explique le directeur. Il rappelle aussi que les maisons ayant répondu avant le 15 septembre ont bénéficié d'un early bird (réduction pour les engagements précoces) de -5 %, stabilisant de fait leurs coûts au niveau de 2025, contre une augmentation en moyenne de 5 % pour les autres, à surface et emplacement égaux, par rapport à l’an dernier.
L'édition 2026 devrait d’ailleurs dépasser les 450 exposants présents en 2025, malgré la conjoncture dégradée du marché du livre, et la défection de plusieurs maisons du groupe Hachette (Fayard, Grasset, Stock…). Interrogées par Livres Hebdo, les directions de ses dernières ont toutes répondu « avoir privilégié des évènements en province dans leur budget 2026 ».
Selon nos informations, le groupe souhaite également créer un évènement rassemblant ses marques pour fêter son 200e anniversaire, un peu plus tôt dans la saison. Au Grand Palais, trois entités du numéro un français seront bien présentes : Calmann-Lévy, Hlab et Le Livre de Poche. « Le Livre de Poche a notamment réalisé un excellent chiffre d'affaires en 2025 », assure Pierre-Yves Bérenguer, qui préfère évoquer la fidélité de la filière, le retour en force de la petite édition et le rôle indispensable des soutiens publics, bien que faibles puisque ne représentant que 6 % du budget de la manifestation.
Pas de pays invité d'honneur, la BD en invitée spéciale ?
Annoncée dès juin en Asie, l’invitation d’honneur de la Corée du Sud, pays dont on fête les 140 ans de relations diplomatiques, a fait long feu. Une solution doit se concrétiser ces jours-ci autour du thème 2026 – le voyage – avec deux ou trois « invités spéciaux » plutôt qu'un seul pays invité d'honneur. L’organisation assure néanmoins attendre déjà les confirmations de deux pays ciblés pour les éditions 2027 et 2028.
Pour la prochaine édition, le festival envisage d’ailleurs un statut d’« invité spécial » pour la BD, afin de soutenir autrices et auteurs, éditrices et éditeurs suite à l'annulation du festival d'Angoulême. « Il me paraît naturel d'accueillir les acteurs du 9e art dans ce contexte difficile », explique Pierre-Yves Bérenguer, qui a rencontré le groupe BD du SNE.
Le Festival a notamment proposé d'offrir une visibilité singulière sous forme d'expositions et « une présence appuyée » des auteurs, des éditeurs et des ouvrages. Décision finale attendue d'ici fin janvier.
Parmi les nouveautés 2026, une nocturne sera mise en place le vendredi 17 avril de 19 heures à 23 heures, sur le thème du dialogue entre arts culinaires et littérature. Le public pourra acheter des « Passeports du goût » et vivre une expérience sensorielle inédite, composée d'étapes et de dégustations littéraires, sous la verrière illuminée du Grand Palais. Renforcée par la présence de Grands chefs, « L'ambiance sera magique ! », promet le directeur, qui estime qu’« un public qui se sent bien est un public ouvert à la découverte, aux dialogues des cultures et qui consomme des biens culturels ».
Bilan 2025 : + 33 % de chiffre d'affaires pour les maisons
Pierre-Yves Bérenguer continue de défendre le bilan de l'édition 2025, qui a eu un taux de satisfaction supérieur à 90 % pour les quatre populations cibles (auteurs, éditeurs, visiteurs, partenaires). Il ajoute que la progression moyenne du chiffre d'affaires a été pour l’ensemble des stands présents de + 33 % entre 2024 (Grand Palais Éphémère) et 2025 (Grand Palais historique).
Certains éditeurs comme Dargaud ou Dupuis en BD, Albin Michel en littérature ou Hugo pour la romance, sont même très au-dessus. Pour rappel, le coût des stands avait diminué de -10 % à -12 % selon l’emplacement entre 2024 et 2025.
Sur le modèle économique, l’ancien responsable des opérations culturelles des JO de Paris 2024 assume : « Même si toute l'équipe fait le maximum pour que les conditions de vente des livres soit optimisées, un festival littéraire ne se doit pas d'être rentable et subit la conjoncture économique à l'heure où les soutiens publics se font rares dans tous les secteurs. Aucun festival, aucun salon n'est à proprement parler rentable. Tout le monde convient que les exposants amortissent entre 50 et 80 % des coûts, au mieux. Le reste est entendu comme de l'investissement, du développement ou de la communication », précise-t-il.
Le festival maintient ses axes stratégiques : consolidation de la littérature et de la présence des autrices et auteurs en dédicaces, développement du B2B international, renfort des secteurs jeunesse, BD et mangas et approche B2C généraliste créant des passerelles avec d'autres univers artistiques. « On continue de croiser les publics en plaçant le livre, l'écriture et la lecture au cœur de cet événement national phare et nous faisons le choix de montrer qu'il y a d'autres façons d'arriver au livre, notamment chez les jeunes générations, qui représentent 43 % de notre fréquentation et l'avenir du livre », conclut le directeur, rappelant l'importance de l'adaptation (films, séries, jeux vidéo) et du numérique pour toucher les jeunes publics.
