Emmanuel Macron et Angela Merkel inaugurent la France à Francfort | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, à Francfort, le 10.10.2017 à 21h27 (mis à jour le 11.10.2017 à 09h57) - 1 commentaire Francfort 2017

Emmanuel Macron et Angela Merkel inaugurent la France à Francfort

Folle ambiance sur scène entre le président et la chancelière - Photo OLIVIER DION

Le président de la République française Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont tenté de trouver des passerelles communes entre les deux pays pour renforcer l'Europe, louant le livre et les traducteurs comme des passeurs essentiels.

La sécurité très renforcée autour du centre de congrès de Francfort indiquait déjà qu'il ne s'agissait pas d'une journée comme les autres. C'était un parcours du combattant d'arriver jusqu'à l'auditorium pour toute personne accréditée. Loin de leurs problèmes intérieurs (une grève en France, une coalition difficile à construire en Allemagne), Emmanuel Macron et Angela Merkel avaient décidé, de concert, d'atténuer leurs différents, le premier en portant un discours rempli de croyances, la seconde en mesurant, par son expérience, la difficulté à faire bouger les lignes.
 
Le discours du président français - Photo OLIVIER DION
Pour cette inauguration très officielle de la Foire de Francfort, avec la France comme invitée d'honneur, le président de la République a choisi de porter un discours très général, ponctué d'anecdotes historiques littéraires, plus admiratif de la culture allemande que promoteur de la littérature française.

"Vous accueillez aujourd'hui la France, et, avec elle, la francophonie" a-t-il lancé à un auditoire qui l'a souvent applaudi. "La langue française n'appartient pas à ceux qui sont nés en France" mais à "ceux qui ont fait ce choix" de transmettre en utilisant le français.

Rappelant que le lien entre les deux pays s'est construit à travers les livres et les idées, le président a cherché à séduire la puissance invitante en expliquant que Goethe avait retrouvé le plaisir de clamer son Faust le jour où il avait pu lire la traduction française du jeune Gérard de Nerval. "Depuis des siècles, nous ne cessons de nous lire, nous traduire et nous interpréter."

Plaidoyer pour la traduction

La traduction a été la vedette de cette fin de journée. Emmanuel Macron a affirmé que "l'apprentissage de nos langues respectives est une priorité absolue pour que perdure le dialogue", précisant aussi que "l'identité française, la langue française ne se renforcent que dès qu'elles se frottent aux autres langues."

"Sans traducteur, le multilinguisme n'existe pas. Jamais le moindre logiciel ne rivalisera avec la traduction de l'œuvre de René Char par Peter Handke" poursuit-il, annonçant au passage la création d'un vrai Prix de la traduction "pour mettre votre travail, vos auteurs, éditeurs et traducteurs, encore plus en valeur."

L'autre grand axe de son discours était orienté sur l'Europe, avec la volonté d'harmoniser le parcours éducatif entre les pays du Collège à l'Université, tout en ouvrant Erasmus aux adolescents.  "Je voudrais que l'on soit les enfants de Goether et de Nerval" résume-t-il.

Voyant le livre comme un instrument d'émancipation ("Le livre est une lanterne"), même s'il a conscience qu'il s'agit aussi d'un outil de propagande, il demande aux éditeurs de prendre part à ce "projet politique". "Il n'y a pas d'Europe sans culture." Emmanuel Macron paraphrase même Gustave Flaubert en définissant le livre comme ce qu'il y a de meilleur en nous, "de plus précieux dans le monde tel qu'il va."

Appel aux professionnels pour se battre
 
Le discours de la chancelière allemande - Photo OLIVIER DION
Angela Merkel a placé son discours sous un registre plus concret et plus politique, évoquant les enjeux actuels: prix unique du livre, TVA réduite pour le numérique, droits d'auteur, sauvegarde des librairies. Elle a, gentiment, mis en garde ceux qui critiquent l'inertie des politiques. "Je n'ai pas eu de majorité en Europe et en Allemagne sur le droit des auteurs" explique-t-elle, en appelant les professionnels à se battre. "Avec Emmanuel Macron, nous avons des solutions européennes à ces problèmes, mais nous avons besoin de vous pour y parvenir'"

Elle a aussi salué "l'immense tâche des traducteurs" tout en soulignant l'importance du prix Franz Hessel, qui devait être décerné mercredi à la Foire.

On reste surpris qu'Emmanuel Macron n'ait pas adressé un mot en allemand, tout comme Angela Merkel n'a pas essayé de placer un mot en français. La chancelière a avoué qu'elle ne le parlait pas mais "rien que l'élégance et la mélodie de la langue française me va droit au cœur."
 
Emmanuel Macron en visite sur le Pavillon français à la Foire de Francfort 2017 - Photo VINCY THOMAS
Après ces deux longs discours politiques et assez froids, qui succédaient à la lecture d'un texte inédit, tragiquement beau, de Wajdi Mouawad, Emmanuel Macron a été visité le Pavillon français. L'ambiance était radicalement différente: entouré d'enfants (à la demande de l'Elysée), le président a parcouru les allées durant une heure, entre journalistes attroupés et professionnels cherchant à faire un selfie. Quelques jurés du Goncourt, Alain Mabanckou, Adrien Bosc étaient venus voir à quoi ressemblait le Pavillon.

Si l'Europe culturelle semble encore loin, le Pavillon a permis de rapprocher les centaines de professionnels invités.


 

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