Digital : cap sur le livre audio | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Bologne, le 26.03.2018 à 13h01 (mis à jour le 26.03.2018 à 14h00) Foire de Bologne

Digital : cap sur le livre audio

La master class "Dust or Magic", le 25 mars 2018 - Photo CLAUDE COMBET/LH

En quête de modèle économique, les acteurs du numérique cherchent désespérément dans toutes les directions et mettent cette année tous leurs espoirs dans le livre audio.

Le coût des applications, le modèle économique introuvable, le référencement impossible dans l’Apple Store, la vente sur abonnements, la réalité augmentée et la réalité virtuelle… les acteurs du digital n’en finissent pas de s’interroger. Toutes ces questions ont été une nouvelle fois abordées lors de la master class "Dust or Magic" qui s’est déroulée le 25 mars, à la veille de l’ouverture de la 55e Foire du livre de jeunesse de Bologne (26-29 mars). 

La bouffée d’oxygène est venue du livre audio. L’exposé d’Amanda d’Acierno, responsable de Penguin Random House Audio, qui compte 12500 titres à son catalogue, a été clair. S'appuyant sur un marché qui représente 10% de celui du livre, elle a projeté une carte du monde expliquant que les marchés américain, australien et hollandais étaient matures et ceux des principaux pays européens (y compris russe) étaient "émergents". "De 2647 titres publiés en 2005, on est passé à 50937 en 2016" a-t-elle expliqué. Elle a rappelé qu'il y avait trois fournisseurs de livres audio sur le marché: Audible, qui a son propre catalogue et est présent dans 13 pays, Google, qui a commencé en janvier et couvre 45 pays, et Apple, installé dans 25 pays. Elle a cependant nuancé l'enthousiasme de sa présentation en précisant que "les téléchargements augmentent mais pas l’argent que ça rapporte".

Le livre audio est avant tout l’affaire des moins de 45 ans, qui l’utilisent à la maison, comme un loisir chez eux (34%), dans les transports (32%) et même en cuisinant (17%). Comment réaliser un bon livre audio? "Il faut y associer l’auteur, car c’est lui qui connaît la voix de ses personnages, faire appel à de grands comédiens et un bon studio… le livre audio doit être parfait" a-t-elle conclu. La Foire a d’ailleurs prévu le lundi 26 mars une importante conférence sur le sujet. 

Stratégie à 360 degrés

Applications, livres, vidéo, audio… "On ne peut pas mettre tous nos œufs dans le même panier alors nous développons tous azimuts" confirme Damien Giard, directeur du développement numérique de Bayard, dont le groupe développe une stratégie à 360 degrés, et se veut avant tout producteur de contenus – livre, audio, vidéo – proposés notamment sur le site Bayam et vendus sur abonnement. Avec le même souci que ses confrères: "Il faut produire chaque mois de nouveaux contenus pour vendre des abonnements", a souligné Sebastian Wehner, de la plateforme Wonderz, qui propose notamment des applications Peppa Pig. 

"Le numérique s’appuie toujours sur le livre" commente de son côté Hedwige Pasquet, directrice de Gallimard Jeunesse, citant le succès de l’application de la chenille d’Eric Carle. "1,3 million d’applications vendues, 12 millions d’utilisateurs", a asséné Barry O’Neill, directeur exécutif de Touch Presse, qui les édite. "L’application "Mur", qui a gagné un Digital BolognaRagazzi Award il y a deux ans, a d’abord été un livre", a rappelé Aksel Koie, de Carlton Books. 

Signe de maturité? Le monde digital s’interroge aussi sur la moralité de l’univers numérique. Warren Buckleitner, fondateur de la Children’s Technolgy Review, qui anime "Dust or Magic", a frappé les esprits en ouvrant la séance avec une application Tamagotchi, interrompue par une publicité "obligatoire" (pour continuer) et bien trop effrayante pour les petits, consacrée à la série zombiesque The Walking Dead. "Nous devons le respect aux enfants. Nous faisons du commerce mais l’enfant n’est en aucun cas une source de profit", a-t-il répété en conclusion de l’après-midi.
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