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Des mormons à l’Amazonie brésilienne, requiem pour la microforme

Des mormons à l’Amazonie brésilienne, requiem pour la microforme

Microfiches et microfilms furent des supports essentiels pour la conservation des documents. Un support qui n'est plus utilisé, même par les Mormons qui en étaient de grands consommateurs pour leurs archives.

La dernière thèse à l’avoir été, soutenue en 2016, portait sur les églises autonomes chez les Baniwa de l’Amazonie brésilienne. On ne sait pas si son auteur (une autrice en fait) en aura conscience, mais sa thèse sera sans doute l’ultime thèse microfichée par l’Atelier national de reproduction des thèses (ANRT), créé en 1971 et qui, pendant presque un demi-siècle aura fourni les bibliothèques, essentiellement universitaires, en microfiches, support dont le devenir, à l’heure du tout numérique, semble plus qu’incertain[1].
 
Basé sur le procédé de photographie mis au point par Louis Daguerre, la microphotographie est utilisée dès 1839, soit à l’aube des innovations qui vont se succéder, tout au long du XIXème siècle, pour fixer sur un support la lumière des évènements et documents. La technique consiste à réaliser des images de très petite taille des objets photographiés, permettant de stocker sur un support réduit une quantité importante d’information.
 
Un support idéal pour les documents

Une microfiche de format A6 (soit 10 x 15 cm) permet de recueillir entre 100 et 130 pages A4. Quant aux microfilms, plus largement utilisés pour la conservation de volumes documentaires très importants comme les collections de journaux, on ne compte plus les films (américains essentiellement) dans lesquels on voit le protagoniste, dans une bibliothèque publique généralement, découvrir après de longues heures de recherche (et quelques plans du film) un fait capital du passé dans un obscur quotidien provincial préalablement microfilmé. Preuve, s’il en est besoin, que, aujourd’hui bien oubliées, les microformes (microfiches + microfilms) furent un support primordial dans les pratiques documentaires, aisé à conserver, même si parfois complexe à manipuler et à consulter pour un néophyte.
 
A partir des années 60, de nombreuses expérimentations se sont efforcées de concilier l’analogique microforme à la révolution informatique (ainsi des COM, Computer output microfilm, édition sur microformes de données informatiques). Mais l’augmentation rapide des capacités de stockage des supports numériques et, surtout, les possibilités démultipliées de recherche qu’ils permettent, devaient, à un moment ou à un autre, signer la mort des microformes.
 
RIP la microforme

On pourra, éventuellement, fixer l’acte de décès au 31 août 2017. C’est en effet à cette date que la FamilySearch Library de l’Eglise des saints des derniers jours, autrement dit l’église mormone, a annoncé l’arrêt, après 80 ans de bons et de loyaux services, de la consultation de microformes dans son enceinte. On sait que, pour des raisons religieuses, les mormons procèdent à la reproduction systématique des états-civils et autres recueils, en faisant don d’une copie aux états (comme la France) qui donnent leur accord. L’ensemble représente pas moins de 2,4 millions de rouleaux de microfilms, désormais entièrement numérisés.
 
L’histoire des supports de la connaissance, depuis les premières carapaces de tortue jusqu’aux plus récentes avancées en matière de mémoires numériques, est faite tout autant de ruptures que de transitions, et c’est un truisme que d’écrire que la mutation des supports engendre aussi, dans une certaine mesure, celle des contenus. De plus (autre truisme), si les supports vont, comme c’était déjà le cas de la micrographie, vers une densité toujours plus grande d’information sur un support de plus en plus petit, ce n’est certes pas le cas de la durée de conservation de ces supports, toujours plus fragiles, toujours plus éphémères.

Conservation en question
 
Les mormons, pour lesquels (dernier truisme) la notion d’éternité est primordiale, ont choisi de stocker l’ensemble des microfilms accumulés depuis 1938 dans la Granite Mountain Records Vault, située quelque part dans les montagnes au-dessus de Salt Lake City (Utah)[2]. On ne sait pas encore ce qu’il adviendra de la collection de microfiches de l’ANRT, et on devine la perplexité de nombre de directeurs de bibliothèques universitaires quant au devenir et à l’usage de leurs propres collections, même si (après vérification), on peut toujours acheter des lecteurs/reproducteurs de microformes.
 
Il n’est pas assuré que le grand retour, salué par les commentateurs, de la photographie argentique – désormais qualifiée, signe des temps, de « slow photographie » - vaille aussi pour un support excellent pour ce qui de ses caractéristiques de conservation, mais qui paraît désuet pour ses capacités limitées de consultation. Cependant, et les numérisations de masse faites pour Gallica à partir des collections de microformes de la Bibliothèque nationale de France l’ont prouvé, il peut au moins être un facilitateur de numérisations, comme celles faites en Utah. Ainsi, entre flux et éternité, les microformes auront trouvé leur place dans l’épistémologie des supports de la connaissance.

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