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Décès de l'écrivain Vassilis Alexakis

Vassilis Alexakis - Photo JOHN FOLEY/SEUIL

Décès de l'écrivain Vassilis Alexakis

Grand prix du roman de l'Académie française et prix Médicis, l'écrivain franco-grec Vassilis Alexakis laisse une œuvre protéiforme où la langue, l'identité et l'exil traversent des récits humanistes.

Par Vincy Thomas,
avec AFP,
Créé le 12.01.2021 à 10h16,
Mis à jour le 12.01.2021 à 11h00

L'écrivain franco-grec Vassilis Alexakis est mort lundi à l'âge de 77 ans, a annoncé son éditeur, le gouvernement grec saluant "un grand créateur". Couronné par le prix de la Langue française en 2012, Vassilis Alexakis avait entre autres été récomponsé du prix Médicis en 1995 pour La Langue maternelle (Fayard) et du Grand prix du roman de l’Académie française en 2007 pour Ap. J-C. (Stock). Il a également reçu le Prix Alexandre Vialatte et le Prix Albert Camus pour Avant (Le Seuil). En 1997, il a été distingué par le prix de la nouvelle de l’Académie française pour Papa et autres nouvelles (Fayard).

Son œuvre portait sur l'altérité, l'exil, les religions, l'identité européenne ou le destin des langues, entre biographie et Histoire, roman policier et fantastique. Proche de l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras, il avait figuré symboliquement sur la liste de la coalition de gauche radicale Syriza à des élections européennes et municipales dans les années 2000. L’ancien chef de gouvernement lui a rendu hommage : "Ses livres nous accompagneront toujours dans nos voyages imaginaires dans son Paris bien-aimé ou dans les profondeurs de l’histoire humaine, où il a voyagé pour découvrir les origines du langage et des mots."

"C'est avec douleur que le groupe d'édition Metaixmio dit ses adieux à son cher ami et grand écrivain Vassilis Alexakis ", a indiqué la maison. Il était né le 25 décembre 1943. "Nous nous souviendrons pour toujours de son humour original, de sa générosité et sa gentillesse, et préserverons comme legs précieux sa brillante oeuvre littéraire, qui restera intemporelle à l'instar de son esprit éternellement jeune", a ajouté Metaixmio.

D'après la ministre de la Culture grecque Lina Mendoni, citée dans un communiqué de son ministère, la littérature "a perdu un grand créateur, une voix indépendante, aimée et spéciale", et "un écrivain qui a gagné l'estime de ses confrères et l'amour des lecteurs dans les deux pays entre lesquels il a partagé sa vie, la Grèce et la France".

Ecrivain en deux langues

Né à Athènes, Vassilis Alexakis était arrivé en France à 17 ans à la faveur d'une bourse d'études. Il ne parle pas français. Après un diplôme à l'École de journalisme de Lille, il y était devenu journaliste, au Monde des Livres, à La Croix , à la Quinzaine littéraire, et à France Culture. Il regagne son pays pour y accomplir son service militaire mais revient en France peu après le coup d'état militaire de 1967 et se lance dans la littérature.

Il est l'auteur d'une vingtaine de romans, dont le premier, Le Sandwich, paraît en 1974 chez Julliard, qui publie aussi Les Girls du City-Boum-Boum. Le Seuil édite La tête du chat, Talgo, Contrôle d’identité, Paris-Athènes, et son dernier roman La Clarinette, hommage à son éditeur décédé Jean-Marc Roberts sur fond d'une Grèce ravagée par la crise socio-économique. Stock a publié de son côté Le cœur de Marguerite, Les mots étrangers, Je t’oublierai tous les jours, Le premier mot et L’enfant grec.

Il était également auteur de recueils de nouvelles, de livres d’aphorismes, d’un guide de Voyage (Les grecs d’aujourd’hui, Balland, 1979), mais aussi scénariste de pièces radiophoniques, dessinateur (L’aveugle et le philosophie, Quiquandquoi, 2006) et cinéaste, réalisateur en Grèce de comédies comme Les Athéniens, Grand Prix du Festival du film d'humour de Chamrousse en 1991.

Racines et exils

Vassilis Alexakis  a passé sa vie à aller et venir entre deux cultures et deux langues, la française et la grecque. Cet humaniste, fumeur de pipe, qui souhaiterait bien un cendrier sur sa tombe pour qu’on y écrase des cigarettes, vivait entre Paris et Athènes. Il a d'abord écrit en français avant de "reprendre contact" avec son pays et de se mettre à privilégier le grec, à la fois enraciné et exilé entre deux cultures et deux langues. "Toutes les langues nous apprennent que nous avons des racines un peu partout" écrivait-il. Dans La clarinette, il rappelait que "Les immigrés font sûrement davantage travailler leur mémoire que ceux qui n'ont jamais quitté leur pays."

Depuis les années 80, même si, comme il disait, sa "mémoire était davantage grecque que française", il écrivait en fait ses livres deux fois. "Je commence par la version qui correspond à mes personnages, à leur identité et à la géographie du roman, a-t-il expliqué à L'Orient Littéraire en 2010. Puis je traduis cette version dans la seconde langue. Mais cette traduction est en réalité un enrichissement, un re-travail du texte original". "Cette double appartenance est source de fatigue mais elle est aussi une chance", résumait-il.

Langue, identité et humanité se reliaient entre elles à travers sa vision du monde. Toujours dans L'Orient Littéraire, il affirmait : "On ne peut pas définir une identité, car l’identité est ce qu’il y a de plus complexe au monde et tout essai de définition est illusoire. Les deux tiers des Français ont des origines étrangères. Les langues ne sont pas le produit d’un pays. Le français n’est pas le produit de la France ni des Français. C’est le produit d’une centaine de langues. (…) La réflexion aboutit toujours à constater que chaque peuple doit énormément à d’autres peuples ; elle ne peut donc déboucher que sur le dialogue et l’ouverture, et c’est là la seule définition possible de l’identité."

Mensonges et imagination

Ecrivain parce qu'il a "découvert de bonne heure que la vie n'avait rien de plus beau à offrir que des mensonges" comme il le justifiait dans L'Enfant grec: "Je l'ai su grâce aux lectures que me faisait ma mère le soir. Je ne rêvais pas encore d'écrire, pour la bonne raison que je ne savais même pas lire, j'envisageais cependant de devenir un grand menteur".

Il doit tout à l'imagination insistait-il dans Le premier mot. "Sans elle, aucun de ces ouvrages n'aurait vu le jour. Elle est indispensable même aux textes qui se limitent apparemment à la transcription de faits réels. L'écriture crée inévitablement sa propre réalité."
 
"Je suis fasciné par l'idée que les romans ont une influence sur la vie, qu'ils peuvent constituer le point de départ d'histoires véritables qui à leur tour deviendront des livres. J'imagine qu'il y a une sorte d'échange entre la littérature et la vie, et que chacune rend à l'autre ce qu'elle lui doit" confiait Vassilis Alexakis dans Le cœur de Marguerite (1999).
 

 

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