Coopération et mutualisation sont bénéfiques pour les éditeurs | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, à Genève, le 26.04.2018 à 16h08 (mis à jour le 26.04.2018 à 17h00) Suisse

Coopération et mutualisation sont bénéfiques pour les éditeurs

Au Salon du livre de Genève, un atelier a présenté concrètement des exemples de coopération entre éditeurs et de mutualisation des moyens.

Entre le collectif des éditions Anne Carrière en France et l’Alliance des éditeurs d’Afrique centrale, en passant par un regroupement d’éditeurs jeunesse au Québec ou les Insécables et SWIPS en Suisse, les professionnels du livre présents à l’atelier sur la mutualisation des ressources ont découvert des expériences aussi concrètes que différentes dans les formes de coopération entre éditeurs.
 

« Nous sommes des producteurs de labels indépendants », a expliqué Stephen Carrière, P-DG des éditions Anne Carrière, qui regroupe autour de la maison fondée par ses parents cinq autres éditeurs indépendants. « Nous sommes un éditeur de taille moyenne, avec la nécessité d’entretenir une structure de services multiples pour conserver nos auteurs importants, que nous ne pouvions pas vraiment amortir sans nous développer. Mais le faire seul présentait des inconvénients, nous avons trouvé la solution du regroupement ». 

Le profil des éditeurs (Belle Colère, Emmanuelle Colas, Forges de Vulcain, Le Nouvel Attila, Plein jour) se caractérise par sa dimension : un chiffre d’affaires de 100 000 à 500 000 euros, une production annuelle de 8 à 10 titres. Le « collectif » se charge de toute la production, en fonction d’un accord commercial triennal, et reverse une part du bénéfice. Parmi d’autres avantages, ce groupement assure une économie de 2 à 3 points sur la diffusion-distribution, maintenant assurée par MDS, filiale de Média-Participations, qui a pris l’an dernier 51% d’Anne Carrière.

« Nous réalisons 5 à 6 millions d’euros de CA, nous pourrions atteindre 10 à 12 millions d’euros, avec une douzaine d’éditeurs dans d’autres secteurs, pratique, cuisine, jeunesse », prévoit Stephen Carrière, qui se dit très sollicité, et très prudent dans la maîtrise de ce développement.

J’ai créé ma maison faute d’avoir trouvé un éditeur. Sylvie Nstame


Au Gabon

Très différente est l’expérience de Sylvie Nstame, fondatrice des éditions du même nom à Libreville, au Gabon, et à l’origine de l’Alliance des éditeurs d’Afrique centrale, implantée dans 11 pays. « Je suis d’abord auteure, et j’ai créé ma maison faute d’avoir trouvé un éditeur professionnel. Nous sommes maintenant 8 auteurs regroupés, nous avons notre presse numérique pour fabriquer nos livres », explique l’éditrice, très déterminée en dépit des difficultés qu’elle énumère. Son catalogue compte 150 titres, dont 10 écrits par elle-même.

L’idée du groupement est venue de rencontres sur divers salons, constatant que les éditeurs d’autres pays rencontraient les mêmes difficultés, et jugeant nécessaire de partager les expériences pour améliorer la professionnalisation du secteur. Son témoignage montre que beaucoup reste à faire, ne serait-ce qu’une participation plus active de la trentaine de membres inscrits au groupe d’échanges fondé sur Whatsapp, mais quelques réalisations concrètes ont vu le jour, comme le salon du livre de Libreville, ou l’écoute (parfois) des pouvoirs publics locaux.

En Suisse

C’est sur des salons et festivals littéraires qu’est né en Suisse en 2016 le groupement des Insécables, où la convivialité des discussions autour de quelques bouteilles a joué un rôle important. Plus sérieusement, ces six éditeurs (Edition d’en bas, Editions art&fiction, Editions de la Marquise, Hélice Hélas Editeur, Editions A l’Envers, Editions de la Baconnière) mutualisent notamment la promotion de leurs ouvrages en se regroupant sur les salons, leur stand très convivial étant matérialisé par un carrousel, point d’attraction d’animations renouvelées. « L’an dernier, pour la première fois, la maison a pu payer tous les factures du salon de Genève, alors que nous avions toujours un déficit de quelques milliers de francs les années précédentes » se félicite Alexandre Grandjean, responsables d’Hélice Hélas, et président de ce groupement.

Au Canada

Au Canada, le comité Québec Edition remplit depuis trois décennies la même fonction de représentation sur les salons à l’étranger, qui consomme les trois quarts du budget de l’Association nationale dès éditeurs de livres (Anel) précise Richard Prieur, son directeur. L’investissement est reconnu : « Nous ne comptons plus les salons où Québec Edition a été invité d’honneur », note-t-il. Le prochain grand rendez-vous, ce sera la foire de Francfort en 2020, dont le Canada sera l’invité d’honneur.

Hors de cette dimension institutionnelle, un groupement transatlantique d’éditeurs francophones jeunesse s’est constitué pour prospecter le marché québécois, à l’initiative de Simon de Jocas, président de la maison Les 400 coups (et également président de Québec Edition). Les cinq partenaires, dont quatre éditeurs belges (Alice Editions, Editions Nord-sud, Editions Mijade, Ker Éditions), ont dépassé leur situation de concurrence naturelle pour présenter leurs nouveautés dans un catalogue trimestriel tout juste lancé et intitulé Je dirais même plus, qui met en scène auteurs et illustrateurs de leurs albums. C’est une sorte de surdiffusion, complétant le travail des représentants surchargés de titres, et qui font d’ailleurs partie d’équipes différentes.

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