Le 32e salon du livre de Genève ouvre dans un contexte plus favorable | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, à Genève , le 26.04.2018 à 02h04 (mis à jour le 26.04.2018 à 03h00) Suisse

Le 32e salon du livre de Genève ouvre dans un contexte plus favorable

Alors que le marché du livre se redresse depuis le début de l’année, les organisateurs de la principale manifestation de Suisse romande ont renouvelé leur formule avec l’espoir réaffirmé de faire revenir des exposants importants.

Inauguré comme chaque année au son des roulements des Vieux grenadiers de Genève, le 32e salon du livre de la capitale de la Suisse romande, qui se tient du mercredi 25 au dimanche 29 avril, ouvre avec le soutien réaffirmé des pouvoirs publics, des fondations culturelles et de Palexpo, propriétaire de la manifestation, qui apportent à des degrés divers une contribution essentielle à sa pérennité. Il réunit cette année environ 250 marques ou éditeurs, souvent regroupés pour les maisons romandes, afin de mutualiser les frais. Mais l’enjeu pour les organisateurs est de faire revenir les grands groupes français (Editis, Hachette Livre, Media-Participations) absents depuis plusieurs années.

Pour soutenir la fréquentation, les plages de gratuité ont été étendues : tout le mercredi, jour d’ouverture et celui des classes, tous les jours à partir de 17 heures, et en permanence pour les moins de 26 ans. Plus de 1000 auteurs sont annoncés, dont plusieurs porteurs de best sellers (Joël Dicker, Douglas Kennedy, Marc Lévy, Agnès Martin-Lugand, Romain Puertolas, Marc Voltenauer, etc.). Cette année, tous seront rémunérés lorsqu’ils interviendront dans des débats, sur une des multiples scènes soutenues par la Fondation pour l’écrit.

La soirée du samedi, organisée à leur attention après la fermeture,  souvent animée par Frédéric Beigbeder, un des fidèles du salon et DJ à ses heures parmi ses multiples talents, exerce aussi un attrait certain sur les écrivains. Le prix du public des lecteurs du salon (5000 CHF), aussi bien installé, a été remis cette année à Gaëlle Josse (Une longue impatience, Noir sur blanc). Un très grand stand, à la fois ludique et culturel, est consacré à New York, et plus largement à la littérature américaine, dont le pouvoir d’attraction est espéré assez fort pour relancer l’intérêt des visiteurs-lecteurs.

Ce 32e salon démarre dans un contexte plutôt favorable par rapport à la même période de l’an dernier, en raison d’une amélioration de l’offre éditoriale. Très dépendants de la production française, qui détiendrait environ 80% du marché du livre romand, les libraires locaux avaient pâti au premier semestre 2017 des reports de titres importants que les grands groupes parisiens ne voulaient pas jeter au milieu de la campagne électorale en France.

« Le début de l’année 2018 paraît meilleur » estime Olivier Babel, secrétaire général de l’Association suisse des éditeurs, diffuseurs et libraires (Asdel), en fonction des déclarations des adhérents. Faute d’outil de mesure du marché, les tendances sont toujours incertaines, mais quelques signes apparaissent néanmoins porteurs, telle la publication début mars de La Disparition de Stéphanie Mailer, de Joël Dicker, écrivain genevois dont les intrigues pourtant délocalisées aux Etats-Unis font toujours un tabac en Suisse. « C’est un titre hors norme, nous devrions en vendre 45000 exemplaires ici », se félicite Frédéric Auburtin, directeur commercial de Diffulivre, la filiale suisse du groupe Hachette, qui diffuse les Editions de Fallois, son éditeur. La publication du nouveau Guillaume Musso devrait également se ressentir dans les comptes des différents réseaux, que ce soit les libraires indépendants, Payot, la Fnac ou la grande distribution.

« Les librairies sortent d’une année difficile, avec des trésoreries un peu à plat », » note Luc Feugère, fondateur d’Heidiffusion, qui représente notamment Auzou (jeunesse), en forte croissance en Suisse. La baisse du franc suisse par rapport à l’euro, qui dissuade (un peu) les Suisses d’aller acheter en France, devrait leur redonner quelques moyens : elle a permis à certains diffuseurs de remonter leur tabelle, marge d’importation qui finance la diffusion-distribution locale, assurant une meilleure remise aux revendeurs, en rapport avec leurs frais et le niveau de vie du pays. Le monopole de diffusion au coeur de cette organisation est toutefois toujours sous le coup d’une condamnation de la Commission de la concurrence (Comco), en appel depuis 2013.

Soucieux de se donner une dimension professionnelle, le salon organise ses 4e assises de l’édition. La première journée était consacrée à l’édition en Afrique, avec notamment la présentation de l’étude en cours menée par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, sur une cartographie des politiques publiques du livre conduites sur le continent. Le bilan complet devrait être disponible à la fin de l’année. Des projets transversaux ont aussi été présentés, tel celui des éditeurs québécois pour l’exportation de leurs livres en s’appuyant sur l’impression à la demande, ou la plateforme d’édition collaborative Wespr, qui utilise la blockchain pour gérer les droits et les ressources, à partir de sa propre cryptomonnaie. Les deux journées suivantes seront notamment consacrées aux échanges dans le bassin francophone, avec la présence de libraires et d’éditeurs français.

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