Clap de fin pour le cinéaste Bernardo Bertolucci | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 26.11.2018 à 17h27 (mis à jour le 26.11.2018 à 18h00) Cinéma

Clap de fin pour le cinéaste Bernardo Bertolucci

Bernardo Bertolucci - Photo ELISA CALDANA / CINEMAZERO / CC BY-SA 2.0

Immense cinéaste, l'italien Bernardo Bertolucci a adapté Borges, Moravia, Bowles ou encore Ammaniti, et laissé des œuvres comme 1900 et Le dernier empereur.

Le réalisateur et scénariste italien Bernardo Bertolucci est mort à l'âge de 77 ans ce lundi à Rome. Né le 16 mars 1941, le fils du poète Attilio Bertolucci, a laissé derrière lui 17 longs métrages en 50 ans de carrière, parmi lesquels Le conformiste, Le dernier tango à Paris, 1900, Un thé au Sahara, Little Buddha, Innocents: The Dreamers et surtout Le dernier empereur, couronné par 9 Oscars et un César.

En 2014, Le Seuil avait publié Mon obsession magnifique: écrits, souvenirs, interventions (1962-2010), un recueil de textes critiques et autobiographiques du cinéaste italien, dans lesquels il revient sur certains tournages, évoque sa vie, sa carrière, ses films fétiches, explique son esthétique et sa psychologie, et dresse le portrait d'acteurs et de réalisateurs qui ont compté pour lui.

Les autres livres qui lui étaient consacrés sont désormais indisponibles, notamment son autobiographie Bertolucci par Bertolucci, publié chez Calmann-Lévy en 1987.

Adaptations

Sinon le cinéaste a régulièrement adapté des livres: Partner, son film tourné en 1968, est une adaptation très libre du roman de Fiodor Dostoïevski, Le double. Pour La stratégie de l'araignée, en 1970, le réalisateur s'est inspiré de la nouvelle Thème du traître et du héros issue de Fictions de Jorge Luis Borges, que vient de rééditer Folio il y a dix jours. Le Conformiste, la même année, est l'adaptation du roman éponyme d'Alberto Moravia.

En 1987, le marxiste Bernardo Bertolucci est le premier cinéaste à tourner dans la Cité interdite à Pékin. Le dernier empereur sera son plus gros succès. Lors de la sortie du film, plusieurs biographies sur l'empereur Pu yi avaient été publiées (et aujourd'hui indisponibles). Il y a quatre ans, Danielle Elisseeff avait écrit Puyi: le dernier empereur de Chine (Perrin). Le scénario, de son côté, avait été écrit à partir de l'autobiographie du dernier fils du ciel devenu maoïste: J'étais empereur de Chine: l'autobiographie du dernier empereur de Chine (1906-1967), parue chez Flammarion en 1975 et ressortie en poche chez j'ai lu en 1987.
 

En 1990, il adapte le roman éponyme de Paul Bowles, Un thé au Sahara. Son ultime film, Moi et toi (2012), est la transposition du roman éponyme de Niccolo Ammaniti (Robert Laffont, 10-18).

L'affaire Maria Schneider

L'œuvre cinématographique de Bernardo Bertolucci est incontestablement marquante pour le 7e art, traversée par des obsessions comme le désir et le conflit, l'engagement politique et le conditionnement social, la transmission et la désillusion.

Mais la fin de vie du cinéaste a été abimée par les révélations de Maria Schneider, son actrice du Dernier tango à Paris, sans aucun doute l'un des films les plus sulfureux du cinéma des années 1970. L'actrice a régulièrement décrit comment son partenaire Marlon Brando et le réalisateur avaient comploté pour tourner de manière le plus réaliste possible une scène de viol par sodomie. Maria Schneider a vécu cette séquence comme une agression sexuelle brutale. Le succès du film, phénoménal, avait, par la suite, écrasé l'existence de la jeune comédienne. Depuis le décès de l'actrice, Bertolucci tentait de s'excuser, réparer, justifier son comportement de l'époque.

Dans son récit, Tu t'appelais Maria Schneider (Grasset, 2018), sa cousine, la journaliste Vanessa Schneider écrit: "Tu es morte depuis six ans, le Tango, lui, est toujours là. Dans tous les milieux, les femmes "balancent leur porc" sous le hashtag du même nom. Ton porc, tu l'aurais trouvé pathétique, ce vieux Bertolucci se contredisant des années plus tard. Tu te serais amusée sans doute de le voir traqué ainsi, de sentir sa peur, lui qui t'a terrorisée."

Cela n'empêche pas les Festivals de Cannes et de Venise, la maire de Rome ou le ministre de la Culture français de rendre hommage au "maestro" italien.
 
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