Gare aux vieux. Il ne fait pas très bon vivre en France dans l’avenir très proche – à moins qu’il s’agisse d’un présent alternatif ? – imaginé par Cédric Fabre. Le romancier et journaliste, collaborateur régulier à Livres Hebdo, boucle avec L’invention du futur (après Spoil ! en 2023 et La Fabrique des héros en 2024) sa trilogie d’anticipation pour la jeunesse. Situant l’action à Marseille, il y dépeint une société du contrôle qui s’est donné pour but premier de « broyer les différences » et de défendre l’art « bleu-blanc-rouge ».
Dans cette dystopie au style enlevé et qui laisse toute leur place aux émois adolescents, le corps professoral est mis à contribution pour promouvoir la doctrine de Gildas de Meyreuil, effrayant ministre de la Jeunesse et des Avenirs désirables. À commencer par le programme « Le vieux qui grandit en toi », d’après lequel des jeunes se voient attribuer pour leur 17ᵉ anniversaire un vieux « qui serait comme leur double ». En réalité, le but est de remettre dans le droit chemin ceux qui pourraient s’en éloigner et devenir des contestataires.
Une jeunesse imperméable aux injonctions autoritaires
Ballotté entre ses deux parents en pleine séparation, Noah fait partie des jeunes sélectionnés : il hérite de Joseph, un vieux qui s’immisce dans sa vie mais « chiant comme la pluie ». Sauf que Joseph n’est peut-être pas celui qu’il prétend… Alors quand d’autres alternatives se présentent à Noah, le jeune homme n’hésite pas, trop heureux de contribuer à casser la dynamique d’un régime finalement moins orwellien qu’on pouvait le craindre.
Dans ce court roman qui fourmille de références aux années 1980 – celles de l’adolescence de Cédric Fabre, né en 1968 –, le désir d’émancipation opère comme une boussole intangible et contagieuse pour une jeunesse imperméable aux injonctions autoritaires. Et les vieux, si décriés, ne sont pas les derniers à participer à la résistance joyeuse et impertinente d’un récit dont le leitmotiv pourrait être : « Aiguisez votre esprit critique ».
