Publié en mai dernier aux éditions Privat, Quand Vichy jugeait Léon Blum, ouvrage cosigné par Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, et l’historienne Marie-Luce Nemo, revient sur le procès de Riom, intenté en 1942 par le régime de Vichy contre Léon Blum. L’ouvrage, qui s’inscrit dans la commémoration des 90 ans du Front populaire, confirme le rôle de la maison toulousaine comme espace éditorial de diffusion d’une histoire nationale, nourrie par son territoire.
Fondées en 1839 par Édouard Privat, les éditions Privat se sont d’abord illustrées avec L’Histoire générale du Languedoc, socle d’un catalogue d’érudition locale, attaché au patrimoine occitan et marqué à l’origine par une dimension religieuse. Une ligne qui s’est depuis élargie et diversifiée pour que la maison puisse continuer d'appartenir à un paysage éditorial en perpétuelle mutation.
Vers une diversification du catalogue
En 1995, un véritable tournant s’opère lorsque Pierre Fabre reprend la maison, et l’émancipe de la librairie Privat. « À ce moment-là, Privat s’est spécialisée dans les villes, les régions, et pas seulement au niveau local », résume Dominique Auzel, propulsé en 2019 à la tête de la maison, à la suite de Philippe Terrancle. Aujourd’hui, cet Aveyronnais d’origine, ancien directeur littéraire chez Milan, où il a impulsé les collections jeunesse « Les Essentiels Milan » ainsi que « Les Goûters de Philo », et ex-directeur de la Cinémathèque de Toulouse, y pilote une équipe de six personnes.
Sous sa tutelle, l’identité de la maison reste fidèle à elle-même, tandis que le segment jeunesse, lancé il y a une petite dizaine d’années, s’affirme. Fort du succès de la saga Violette Mirgue, petite souris imaginée par Marie-Constance Mallard (130 000 exemplaires écoulés tous albums confondus), le segment se dote aujourd’hui d’un spin-off centré sur l'un des personnages secondaires.
Au catalogue jeunesse figure également la collection documentaire « J’ai toujours compris », qui aborde des sujets complexes comme le racisme, avec de nouveaux titres attendus sur l’antisémitisme et la biodiversité. Ou encore les ouvrages jeunesse de Michel Pastoureau, habituellement publié au Seuil mais qui, aux éditions Privat, s’illustre avec des titres tel que Quel est ton animal préféré ?, attendu pour la rentrée.
Entre fiction et non-fiction
Plus globalement, le catalogue des éditions Privat se structure aujourd’hui autour de cinq axes : le patrimoine, l’histoire, les sciences humaines ou sujets de société, la jeunesse, ainsi que l’aviation et l’espace, composantes qui résonnent avec l’identité de Toulouse, capitale européenne de l’aéronautique. En histoire, la maison s’appuie sur un riche réseau d’institutions locales, telles que la Fondation Bemberg, le Centre national d’études spatiales (Cnes), qui compilent archives et documentations.
« Privat a toujours réussi à aller vers les structures régionales, locales, qui évoquent des choses transformables en livre », indique Dominique Auzel. La maison publie donc aussi bien des figures reconnues comme Michel Roquebert, documentariste du catharisme, que des essais contemporains, à l’image des Tueuses de Minou Azoulai et Véronique Timsit, qui évoque les femmes allemandes ayant activement contribué à la Shoah par soif de pouvoir.
Mais la fiction n’est pas en reste. Haut fonctionnaire au ministère de la Culture, Damien Roger y a publié son premier roman, Aryennes d’honneur (2023), sur les femmes juives exemptées du port de l’étoile, pendant la Seconde Guerre mondiale, parce que mariées à de grands aristocrates catholiques, tandis que Reine Andrieu a publié en septembre dernier Nous, les Alonso Peral, vaste fresque d’une famille espagnole déchirée par la guerre civile.
Moderniser l'héritage pour élargir l'audience
Le patrimoine, qui demeure un socle solide, est quant à lui évoqué à travers des ouvrages tels que la biographie du grand photographe Jean-Marie Perrier, qui a élu domicile dans la région toulousaine pendant 25 ans. Écoulée à 8 000 exemplaires, celle-ci sera réactualisée en octobre prochain, tandis que L’orchestre national du Capitole de Toulouse de Francis Grass et Stéphanie Scuderio lui succédera en novembre.
Parallèlement, la maison se modernise et renforce son agilité. Outre le recrutement d’un directeur artistique pour retravailler la charte graphique des couvertures, les éditions Privait tâchent de développer une offre en phase avec les attentes du public, parfois en s’adossant à des structures locales en pleine ébullition. C’est ainsi que la maison a noué une collaboration avec le studio toulousain TAT, à l’origine d’Astérix pour Netflix, pour décliner en album la série animée Les As de la jungle.
« Notre catalogue est diffusé de façon assez large. Nous sommes présents un peu partout, sur les sites marchands comme dans les librairies parisiennes », ajoute Dominique Auzel, évoquant le recours à un agent pour gérer les échanges de droits internationaux. Avec une trentaine de nouveautés par an, soigneusement pensées dans cette direction, les éditions Privat confirment ainsi une stratégie visant à conjuguer fidélité à leur identité d’origine et dynamique de croissance.
