Livres Hebdo : Pourquoi un label de littérature à la Découverte, maison dédiée aux sciences humaines ?
Sandra Lucbert : Stéphanie Chevrier [présidente des éditions La Découverte] avait lu mes livres, et m'a proposé d'ouvrir un espace éditorial inédit, où publier ce que j'appelle des figures (Défaire voir, Amsterdam, 2024) : des textes de littérature, qui, par leur forme, s'emparent du social-historique. Ni démonstration, ni sermon, ni lamento : une forme chaque fois ajustée à son objet, une forme capable de dérégler les automatismes sociaux qui nous organisent et nous tiennent captifs d'un certain ordre politique. Une affaire pour la littérature, qui, elle, travaille à même la langue.
Et le choix du nom « Catabase » ?
Dans la catabase de la littérature antique, le personnage descend dans les soubassements du monde et en remonte habité par une complète révision du monde. Ainsi le cortège de tête du label : Caroline Knecht a mis à nu la Cour nationale du droit d'asile par sa situation d'énonciation ; Antoine Hummel a conçu une performance sur la condition attentionnelle produite par internet ; Lucia Etchart une narration qui plonge l'impérialisme dans la corrosion d'une langue française déplacée par la langue espagnole.
Des sujets qui touchent au réel tout en étant formellement littéraire...
Le « réel » est un sac à malices : tout y entre indistinctement. Les résidences secondaires avec glycine, c'est du réel - celui de la bourgeoisie. Les parties du réel qui nous intéressent sont au contraire celles que l'hégémonie "infigure" et défigure : nous les remettons en forme. Ce qui passe par la plastique des textes. Catabase a sa graphiste attitrée : Adèle Orain. Chaque livre, chaque maquette est fabriquée sur mesure - réintroduction de l'artisanat littéraire dont nous sommes fières.
