Pocket réinvestit le terrain de l'horreur. L'éditeur lancera en mars « New Horror », une collection dédiée au genre horrifique, vingt ans après la disparition de « Pocket Terreur ». Angélique Joyau, responsable éditoriale en charge du polar depuis 2020, pilotera cette nouvelle ligne éditoriale avec neuf nouveautés prévues pour l'année.
Un genre reconfiguré par les plateformes
Le retour de l'horreur en poche s'appuie sur une mutation profonde du genre. « L'horreur qui est en train d'émerger en littérature, c'est l'horreur telle qu'on la voit déjà se dessiner sur les plateformes, dans les séries et au cinéma », explique à Livres Hebdo Angélique Joyau. Exit la domination des slasheurs sanglants des années 1990 : place à une littérature de l'angoisse psychologique, traversée de thématiques sociétales et féministes.
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Le constat s'impose depuis quelques années déjà lors des foires internationales. Les éditeurs et agents anglo-saxons annoncent une déferlante. En Angleterre, les rayons horrifiques côtoient désormais thriller et romance dans les librairies. « C'est Black Mirror, c'est The Substance », résume la responsable éditoriale, citant des références pop contemporaines destinées à un public jeune.
Six sous-genres identifiés
« New Horror » structurera son catalogue autour de six sous-genres : slasher, body horror, folk horror, horreur lovecraftienne, gothique et horreur psychologique. Cette classification vise à faciliter le conseil en librairie. Chaque titre sera accompagné d'un argumentaire précisant son degré de peur, sans mention sur la couverture.
Angélique Joyau est responsable éditoriale chez Pocket depuis 2020- Photo ESTELLE OUGIER-SIMONINPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La collection republie également des titres récents positionnés autrement. Catriona Ward, autrice britannique éditée chez Sonatine et classée en polar chez Pocket, rejoint « New Horror ». « Elle n'est absolument pas publiée en polar aux États-Unis mais en horreur, en gothique », souligne Angélique Joyau. Le Silence des agneaux de Thomas Harris, longtemps catalogué polar, intégrera aussi la collection.
Un lectorat jeune et féminin
Les premières études de lectorat dessinent un profil distinct du polar : un public très féminin, allant de 18 à 40 ans. Cette démographie guide la stratégie marketing. « On va vraiment pousser sur les réseaux », confirme la responsable éditoriale, ciblant les communautés de bookstagrameurs spécialisés dans l'horrifique.
La collection bénéficiera d'une identité visuelle forte : couvertures tournantes avec graphisme intégral, logo « New Horror », distinct des chartes argentées (imaginaire) et noire (thriller) de Pocket. Du matériel de PLV sera mis à disposition des libraires dès mars.
Lever les réticences
Selon l’éditrice, le terme « horreur » suscite encore parfois quelques réserves de la part de certains libraires, qui peuvent avoir besoin d’un accompagnement. « En fait, n'ayez pas peur de l'horreur, vous en lisez déjà », assure Angélique Joyau, assurant que Bernard Minier, Maxime Chattam ou Franck Thilliez flirtent avec le genre.
Le catalogue 2026 privilégie les titres grand format 2025, majoritairement issus du groupe Editis (Fleuve, Robert Laffont, Sonatine). Pour 2027, Pocket s’ouvrira aux éditeurs indépendants hors groupe. L'objectif : installer durablement une tendance sans inonder le marché.
« Pocket Terreur », collection mythique des années 1980-90 reconnaissable à sa charte rouge et noir, avait disparu au début des années 2000. New Horror vise à capter un public distinct rassemblant « tous les fans de mystère, d'angoisse, de suspense, d'étrange ». Rendez-vous en mars.

