Antoine Gallimard solidaire d'Erri de Luca | Livres Hebdo

Par Marine Durand, le 22.09.2015 à 20h23 (mis à jour le 22.09.2015 à 21h00) Justice

Antoine Gallimard solidaire d'Erri de Luca

Antoine Gallimard - Photo © DION

Le P-DG de Madrigall "s'associe sans réserve" aux déclarations de l'auteur italien qu'il édite en France et qui, réagissant aux réquisitions du parquet de Turin dans la procédure qui le vise pour "incitation au sabotage", lui a fait parvenir  un court texte revenant sur son "droit à la parole contraire".

Erri de Luca, contre lequel le procureur du parquet de Turin a requis huit mois de prison ferme lundi 21 septembre, alors qu'il est jugé depuis plusieurs mois pour "incitation au sabotage", a réagi sans attendre la décision du tribunal, mise en délibéré au 19 octobre. Dès mardi l'écrivain italien, accusé d'avoir appelé à "saboter" le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin a transmis à Gallimard, son éditeur français, un court texte réaffirmant son droit à la "parole contraire", du nom de l'essai qu'il a signé sur le sujet en janvier dernier.

Dans un communiqué transmis le même jour à Livres Hebdo, Antoine Gallimard, le PDG de la maison et du groupe Madrigall, manifeste sa solidarité à l'égard de son auteur. "Éditeur d’Erri De Luca en France, je tiens à exprimer mon entière solidarité à l’homme et à l’écrivain que nous accompagnons depuis longtemps, souligne Antoine Gallimard. Le parquet de Turin a requis une peine de prison ferme. Sans préjuger de l’issue du procès, nous voulons affirmer que la parole contraire ne doit en aucun cas être bâillonnée et je m’associe sans réserve aux déclarations qu’Erri De Luca vient de nous faire parvenir."

Pas de circonstances atténuantes

Pour sa part, évoquant la journée d'audience de lundi, Erri de Luca décrit dans son texte ses sentiments à l'écoute des réquisitions du procureur. "Je reviens dans une salle de justice pour entendre les conclusions de mes accusateurs, leurs raisons et la réquisition d’une peine à charger sur le temps à venir. Le parquet tente de démontrer le danger que je représente en tant qu’écrivain, la responsabilité pénale de mes paroles", raconte l'intellectuel, qui encourt jusqu'à cinq ans de prison ferme. "Je m’attends à la réquisition la plus sévère, après le profil criminel brossé par le réquisitoire. Et j’entends en fait prononcer la réquisition minimum, un an et avec en plus l’application des circonstances atténuantes génériques, qui ramènent la peine à huit mois. Je ne comprends pas. À ma demande, mes avocats ne plaideront pas les circonstances atténuantes en cas de condamnation. Elles ne peuvent être appliquées aux paroles, sinon elles en réduisent la valeur."

"Mes paroles resteront libres de circuler"

Réaffirmant sa volonté de ne pas faire appel de la décision de justice à venir, l'auteur poursuit : "Pour la quatrième fois cette année, j’étais dans une salle où mes paroles étaient le chef d’accusation, j’étais là pour les défendre et les redire. Elles, mes paroles, sont à l’abri des condamnations, des détentions. Elles sont un peu partout sur des étagères, elles sont prononcées en plein air par des centaines de rendez-vous où les lecteurs décident de témoigner leur soutien en les lisant à voix haute, en y mettant leur souffle et leurs pulsations. Si une condamnation pénale doit peser sur elles, je m’en charge moi qui suis leur porteur. Elles, mes paroles, restent et resteront libres de circuler."

Alors que se tiendra, lundi 19 octobre, la dernière audience, Erri de Luca conclut sa déclaration en opposant une nouvelle fois son droit à la liberté d'expression. "Je ne fais pas de pronostics. Quel qu’il soit, en ce qui me concerne ce sera le mot fin de cette dispute entre l’État et un de ses citoyens sur le droit d’utilisation de la parole contraire."

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