Trophées de l'édition 2026

Anne Berest, lauréate du Trophée de l'autrice de l'année avec le CNL et le Figaro 2026

Anne Berest - Photo Pascal Ito/Albin Michel

Anne Berest, lauréate du Trophée de l'autrice de l'année avec le CNL et le Figaro 2026

Les Trophées de l'édition ont été remis, lundi 30 mars, sur la scène de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, à Paris. Anne Berest a reçu le Trophée de l'autrice de l'année 2026 pour Finistère, publié chez Albin Michel.

Par Jacques Braunstein
Créé le 30.03.2026 à 21h05

« Voilà 25 ans que j'évolue dans le monde littéraire, tour à tour stagiaire, assistante d'édition, biographe puis romancière. Être choisie par les lecteurs de Livres Hebdo est une immense joie : j'y vois le signe que mon parcours n'a pas été en vain. Je ne me suis pas trop mal comportée ! » se réjouit Anne Berest en terrasse d'un café du Boulevard Saint-Germain. « La rentrée littéraire c'est une tornade qui rend fou. Bien sûr, ne pas recevoir de prix à l'automne m'a déçue. C'était un chagrin, mais certainement pas un sentiment injustice : les livres couronnés étaient de bons livres », enchaîne-t-elle en évoquant son dernier roman, Finistère (Albin Michel), sorti en août 2025.

Le titre a déjà été plébiscité dans notre palmarès des libraires de la rentrée 2025, ce qui lui a valu de figurer sur la liste des auteurs et autrices nommés pour les Trophées. « La thématique de la famille s'est imposée comme un thème majeur de la rentrée 2025, notamment porté par Emmanuel Carrère, qui a ouvert une voie en littérature. Pour ma part, c'est un sujet que j'explore depuis près de dix ans. Découvrir la manière dont mes "confrères", souvent des amis d'ailleurs, s'emparent de cette matière est passionnant. J'ai écrit Gabriële avec ma sœur Claire, livre consacré à notre arrière-grand-mère, puis La carte postale, sur les Rabinovitch. Finistère prend racine dans les coopératives agricoles fondées par Eugène Bérest à Saint-Pol-de-Léon. Ces trois livres constituent les premiers tomes d'une œuvre littéraire qui déplie ce que j'appelle "un arbre généalogique littéraire". Un jour, j'écrirai aussi sur les marins de cette famille, je veux aussi écrire sur mon arrière-grand-père Francis Picabia... C'est une œuvre au long cours, qui va se déployer sur toute ma vie d'écrivaine. »

Un livre comme une réconciliation

Comment revenir, déjà, après le succès de La carte postale, qui évoquait la terrible histoire de sa famille maternelle, (un demi-million d'exemplaires en France tous formats confondus et Renaudot des lycéens 2021). « Ma terreur n'était pas de vendre moins. Ce que je redoutais, c'était d'être l'autrice d'un seul livre. Mais avec Finistère, j'ai l'impression que les lecteurs m'ont suivie. Certains m'ont même confié l'avoir préféré, le jugeant plus abouti sur le plan littéraire. Dès le 20 août, je me suis lancée dans une tournée des librairies bretonnes - avec parfois deux signatures par jour ! J'ai proposé cela à Albin Michel, car je connais cette région, je savais qu'à la fin de l'été, les librairies étaient pleines, d'un public qui a déjà envie des livres de la rentrée. J'aime travailler étroitement avec les différents services d'une maison, proposer des initiatives : cela porte ses fruits. »

Un livre pour elle comme une réconciliation. Son père, un scientifique très engagé à gauche, y est un personnage central. « Nous sommes un peu passés l'un à côté de l'autre. Il ne m'a sans doute pas comprise - ou peut-être n'a-t-il pas aimé qui j'étais devenue. Mais sa rigueur, son exigence m'ont poussée à me dépasser. Il m'a obligée à être solide. Je me suis réconciliée avec lui après sa disparition. J'aime croire qu'il aurait été fier de ce livre. » Puis elle ajoute, comme pour clore un débat entre eux : « J'appartiens à la génération X, souvent perçue comme détachée de la politique, convaincue que l'Histoire appartenait au passé. Mais la hache de l'histoire nous a rattrapés : elle commence maintenant. »

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