Cette année, Livres Hebdo s’est rendu à Angoulême pour couvrir un événement inédit : le Grand Off, manifestation collective née de l’annulation du Festival international de la bande dessinée 2026. L’événement, qui s’est déroulé du 29 janvier au 1er février, est une première dans l’histoire de la cité angoumoisine.
L’édition officielle du FIBD a été annulée à la suite d’un boycott massif d’auteurs, d’autrices et d’éditeurs, dénonçant la gestion de son ancien organisateur, 9e Art+, accusé notamment d’ingérence financière, de management toxique et d’un manque de considération envers les créateurs, en particulier les autrices. Une disparition brutale, lourde de conséquences pour une ville habituée depuis des décennies à vivre, chaque hiver, au rythme de la bande dessinée.
Une ville au rythme des Offs
Face à ce vide inquiétant, notamment pour les commerçants et les habitants, une vague d’initiatives locales a surgi dans l’urgence. En à peine deux mois, expositions, tables rondes, ateliers, concerts dessinés, projections, dédicaces et stands d’éditeurs ont essaimé aux quatre coins de la ville. Bars, restaurants, ateliers et lieux culturels arborent désormais le logo du Grand Off, tandis que l’affiche signée Élodie Shanta accueille les visiteurs dès leur sortie de la gare. Partout, la radio locale ZaiZai rythme l’événement, diffusant dans plusieurs quartiers le programme et les temps forts du week-end.
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Si la rue Hergé s’est vidée du flot habituel de visiteurs à cette période, l’ambiance festive n’en est pas moins présente, rappelant celle de festivals à taille humaine comme ceux d’Amiens ou de Blois. Plus timide le jeudi et le vendredi, la fréquentation remplit finalement les attentes des organisateurs le samedi.
Le public au rendez-vous du Grand Off
Selon Gérard Desaphy, conseiller municipal d’Angoulême et vice-président de GrandAngoulême délégué à la culture, les chiffres d'entrée (et non de festivaliers) s'élèvent, dimanche 1er février à 17 heures, à plus de 88 000 personnes pour l'ensemble des quatre jours : 13 000 le jeudi, 17 000 le vendredi et 58 000 le week-end. « On peut penser que les chiffres d’entrée stabilisés demain seront à 90 000 entrées », anticipe-t-il.
Pour les scolaires, venus le jeudi et le vendredi, le Grand Off recense 3 500 inscrits sur des animations avec des jauges toutes complètes et 2 500 scolaires non inscrits mais présents en déambulation.
Pour mémoire en 2025, le FIBD avait attiré plus de 200 000 personnes.
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Les visiteurs sont nombreux dans les librairies et l’espace Franquin pour rencontrer les auteurs, tandis que le village des éditeurs, installé au Studio Paradis, ne désemplit pas, et ce malgré les averses qui rincent par intermittence les rues d’Angoulême.
Une entrée gratuite qui fait l’unanimité
Le Grand Off est entièrement gratuit, pour le public comme pour les exposants. Un détail en apparence, mais qui transforme profondément les usages. « Les gens sont contents de ne plus payer d’entrée, et certains disent en riant que ça leur laisse plus d’argent pour acheter des livres », observe Anaïs Combeau, co-gérante de la librairie Lilosimages. Toutes les rencontres qu’elle programme affichent complet, tout comme les tables rondes organisées au Théâtre d’Angoulême.
Le stand de la librairie Manga Kat dans le sous sol de l'espace Franquin- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les libraires confirment une fréquentation soutenue, malgré l’incertitude initiale. « On a tout fait à l’aveugle, et c’est une très bonne surprise », résume Hélène Labussière, de L’Autre Librairie, depuis l’espace Franquin où elle vend des livres au côté des équipes de la librairie Manga Kat. Le public, lui, se réjouit : « Ce qui fait vraiment chaud au cœur, c'est la reconnaissance des clients. Ils trouvent ça super qu'un événement se soit maintenu et sont contents de découvrir Angoulême autrement », se réjouit Anaïs Combeau.
Les indépendants au centre du jeu
Autre bascule majeure : la place accordée aux éditeurs indépendants et à l’autoédition, longtemps relégués en marge du FIBD. Le village des éditeurs, porté par l’association Les Colocs de la BD, rassemble 82 stands gratuits et 150 à 200 auteurs en dédicace, tous rémunérés.
Allée centrale du village des éditeurs dans les Chais Magelis- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Pour cette édition spéciale, finis les chapiteaux : les indépendants ont quitté la bulle du Nouveau Monde pour les Chais Magelis, et Le Monde des Bulles est absent du paysage, tout comme les grosses maisons d’édition qui la composaient.
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Côté ventes, si la majorité constate une baisse évidente, certains font d’agréables surprises. Les éditions Ici même évoquent des chiffres équivalents à un jeudi ou vendredi du FIBD. D’autres, comme les éditions Blouson Noir, notent le retour d’achats multiples, disparus ces dernières années avec l’augmentation du prix des billets. Dans l’ensemble, les éditeurs saluent un retour à la communication avec leur public, loin de la « cohue » habituelle.
Sur la place des indés, une trentaine d'éditeurs.- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une parenthèse dans l'histoire du festival
Pour ce qui est des institutions publiques, contraintes de faire profil bas pour des raisons juridiques, la posture est restée volontairement en retrait sur le plan artistique. Les collectivités ont accompagné financièrement et logistiquement un mouvement porté avant tout par les auteurs, les éditeurs, les libraires et les collectifs locaux. En quatre jours, le Grand Off a rassemblé environ 150 rendez-vous sur plus de 70 lieux, accueilli des milliers de visiteurs et près de 150 classes scolaires.
Le Grand Off n’a pas vocation à se pérenniser sous cette forme. Il se présente comme un one shot, un laboratoire à ciel ouvert. Reste désormais à savoir si le futur événement, annoncé pour 2027 et porté par l’ADBDA, saura tirer les leçons de cette parenthèse collective.
Prix littéraires remis lors du Grand Off d'Angoulême 2026
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Prix Tournesol de la BD écologique : Le Génie de la forêt de Francis Hallé et Vincent Zabus (Albin Michel)
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Prix Charlie Schlingo : Guillaume Bouzard pour Les vacances chez Pépé-Mémé (Fluide Glacial)
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Prix d'Elvis d'or : Magali Le Huche pour Punk à sein (Dargaud)
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