C'est une institution qui renaît. Fondée en 1955, la Sadel d'Angers rouvre ses portes le 17 juin au 7 rue Vaucanson, dans le quartier Saint-Serge, après avoir été mise en vente par sa maison mère, la Scop SavoirsPlus, en même temps que la librairie Contact d'Angers et le magasin Sadel d'Orvault. Quatre anciens salariés ont repris le magasin sous forme de Société Coopérative d'Intérêt Collectif.
Un projet né de la solidarité
L'idée n'a pas germé immédiatement. C'est début juillet 2025 que le projet prend forme, porté par Enrica Fourès, Frédéric Guinehut, Séverine Lelong et Christophe Alzon, aujourd'hui président de la SCIC, qui avait quitté le magasin depuis plusieurs années avant d'y revenir pour cette aventure. « Dès l'annonce de la fermeture, il avait été dit par SavoirsPlus que si des salariés comptaient reprendre le magasin, il y aurait un accompagnement », précisent Enrica Fourès et Frédéric Guinehut, joints par Livres Hebdo et revenant sur les conditions de départ.
Face à l'ampleur du soutien reçu, les repreneurs ont opté pour la SCIC plutôt que la Scop, jugée trop restrictive car limitée aux seuls salariés. « On a eu un gros mouvement de solidarité de nos clients, des collectivités avec lesquelles on travaille depuis un certain nombre d'années. C'est là qu'on s'est dit que la Scop c'était bien mais c'était restreint aux salariés », explique Frédéric Guinehut. « Le format SCIC permettait justement d'inclure toutes les personnes qui souhaitaient nous soutenir », complète Enrica Fourès.
Environ 500 personnes s'étaient déclarées prêtes à s'engager, avec des montants allant de 20 à 2 000 euros, indiquent les deux repreneurs. Angers Loire Métropole a voté en février 2026 une entrée au capital à hauteur de 25 000 euros, soit un quart du capital de départ fixé à 100 000 euros minimum, précise un communiqué de presse de la Sadel. La SCIC compte aujourd'hui une cinquantaine de souscripteurs, et son capital reste ouvert.
Réinventer sans renier
Le partenariat avec le Secours populaire, actif depuis plus de 15 ans, illustre ce que les repreneurs entendent par continuité. Frédéric Guinehut et Séverine Lelong sont dans le magasin depuis plus de 25 ans. « C'est l'une des raisons qui nous motivent à poursuivre l'aventure, c'est qu'on est très attachés au modèle économique de la Sadel », confie le cofondateur. Le groupe initial était plus large, certains ayant renoncé face à l'investissement requis. « Il faut tenir sur la durée. Il y a des gens qui se sont dit : non, ce n'est pas pour moi, c'est trop d'investissement », rappelle-t-il. Sur le plan opérationnel, le statut coopératif ne change pas grand-chose dans la relation avec les fournisseurs. « Ça reste une entreprise, une librairie papeterie, au niveau de son fonctionnement, comme les autres », souligne Enrica Fourès.
Un lieu de vie repensé
Sur plus de 1 000 m² entièrement réaménagés en plus d'un mois, la Sadel ambitionne, comme le formule le communiqué, de devenir « un véritable lieu de vie et de partage ». « On change quasiment tous les univers de place. On a revu tout l'agencement pour le rendre plus aéré, plus accueillant », décrit Enrica Fourès. Le rayon librairie adulte, jusqu'ici marginal, devient un vrai secteur animé par un libraire qualifié, aux côtés d'un univers beaux-arts repensé. « L'idée, c'est de casser un petit peu cette image strictement scolaire en proposant des choses vraiment tout public », précise-t-elle.
L'offre destinée au monde enseignant, noyau historique de la clientèle, est maintenue. Un espace atelier couplé à un coin café complète le tableau. « Le coin café a un espace atelier où on peut faire des ateliers créatifs, des lectures, des signatures. On veut qu'il se passe toujours quelque chose », détaille Enrica Fourès.
« Plutôt que de voir disparaître la Sadel, nous avons préféré la réinventer. Reprendre ce magasin, c'était refuser de laisser partir 70 ans d'histoire, et surtout écrire la suite, tous ensemble », concluent les quatre repreneurs. Les clients souhaitant devenir associés peuvent dès à présent souscrire des parts sociales à partir de 40 euros.
