Andreï Guelassimov, « La rose des vents » (Éditions des Syrtes) : La conquête de l'Est

Andreï Guelassimov - Photo © ARKADY BOGATYREV

Andreï Guelassimov, « La rose des vents » (Éditions des Syrtes) : La conquête de l'Est

Andreï Guelassimov signe des aventures sur fond de guerre froide à laquelle se livrèrent au XIXe siècle Russes et Britanniques à l'embouchure de l'Amour.

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Par Sean Rose,
Créé le 23.07.2021 à 10h00,
Mis à jour le 23.07.2021 à 10h30

La prose d'Andreï Guelassimov est inventive, car ce Protée de la littérature russe contemporaine ne cesse chaque fois de se réinventer. Ou plutôt de rebondir avec des protagonistes aux péripéties aussi diverses en termes de décor que variées en cocasserie. On se souvient de L'année du mensonge (Actes Sud, 2006), où un coureur de jupons dipsomane était chargé d'enseigner la biture et la drague au fils introverti de son ex-patron. Dans La rose des vents, l'auteur de La soif - son premier roman, véritable best-seller, tiré à 22 000 exemplaires et porté à l'écran avec un scénario de l'écrivain - imagine des tribulations sur fond de guerre froide à laquelle Russes et Britanniques se livrèrent au XIXe siècle à l'embouchure du fleuve Amour.

Dans les années 1840, Guennadi Ivanovitch Nevelskoï, navigateur au service du tsar, dirige une mission qui a pour but de tracer une route navigable qui déboucherait sur les marches orientales de la Russie, en face de l'île Sakhaline. Ayant signé des traités inégaux avec la Chine et imposé à la dynastie Qing sa volonté, l'Angleterre, puissance occidentale rivale de l'empire tsariste, veut dominer cette partie du monde et n'entend pas que les Russes aient aisément accès à l'Asie et au Pacifique. De Lisbonne au détroit de Tartarie, en passant à Piccadilly Circus à Londres ou en mer Baltique, Guelassimov nous fait évoluer d'Ouest en Est sur l'échiquier de la politique étrangère russe... Pour accompagner Guennadi Ivanovitch dans ses pérégrinations, des personnages hauts en couleur tel le romantique grand-duc Constantin, fils cadet de Nicolas Ier dont le héros est le précepteur, un certain « baron écossais » ressemblant à « un gros sanglier qui se serait non seulement dressé à la verticale sur ses pattes arrière, mais qui aurait aussi appris à s'asseoir dans un fauteuil en croisant les jambes, à boire du vin, à s'habiller d'une redingote bien coupée, d'une chemise et d'une cravate de soie et à parler politique. » Une jolie danseuse danoise et une escouade de bras cassés d'espions sont aussi de la partie... Guelassimov détourne le roman historique afin de mieux nous aspirer dans l'ample narration de cette légendaire expédition extrême-orientale. S'il se place dans le sillon de la fiction russe au long cours (Nevelskoï, figure de la conquête de l'Est, même du temps de l'URSS, avait fait l'objet d'une épopée en trois volumes), c'est avec moult distance amusée - Bond meets Borat sous les lambris de Guerre et paix.

Andreï Guelassimov
La rose des vents Traduit du russe par Raphaëlle Pache
Éditions des Syrtes
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 23 € ; 448 p.
ISBN: 9782940628957

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