En visite mardi 23 septembre au Lycée Sonia-Delaunay à Cesson (Seine-et-Marne) pour inaugurer des nouveaux bâtiments, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse a profité de son déplacement pour assister à un cours basé sur les manuels « libres de droits », financés par la Région et hébergés par la plateforme numérique unique dédiée, Pearltrees.
Cette présentation a été organisée quelques semaines après que l'Association des éditeurs d'éducation a fustigé la Région pour la mise en place de ce projet. Une action en justice est en cours pour distorsion de concurrence.
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« Nous avons pris une décision extrêmement généreuse en 2019 en Île-de-France, qui était de financer tous les manuels papier des lycées qui souhaitaient des manuels papier », a rappelé Valérie Pécresse à Cesson. Cette décision s'est concrétisée par un choix laissé aux conseils d'administration des lycées : devenir un établissement « papier » ou « numérique ».
L'échec des éditeurs traditionnels dans le numérique
Pour les lycées ayant opté pour le numérique, la Région a commencé par acquérir des licences numériques auprès des éditeurs traditionnels. Cependant, cette expérience s'est révélée décevante. « Les éditeurs ont un peu raté le coche parce qu'ils ont fait des manuels numériques qui n'étaient pas du tout ergonomiques, qui n'avaient pas du tout ces fonctionnalités qui permettaient aux enseignants de les enrichir, de faire du travail collaboratif », a expliqué la présidente.
Les élèves se connectent directement à leur interface pearltrees depuis les ordinateurs du lycée- Photo © EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Et de rappeler que seulement 25 % des licences numériques payées par la Région étaient utilisées sur l'année, et en moyenne hebdomadaire, ce taux chutait à 6 %. « Les manuels n'étaient pas du tout adaptés à l’usage », a-t-elle fustigé en expliquant un parcours utilisateur laborieux.
Face à cette situation, la Région a développé sa propre solution « EdTech » en partenariat étroit avec l'Éducation nationale. « Tout le contenu a été fait entièrement par l'Éducation nationale : ce sont les inspecteurs de l'Éducation nationale qui sont les directeurs de collection, ce sont les professeurs qui sont les auteurs de ces manuels », a insisté Valérie Pécresse, qui assure que la collectivité régionale n’intervient pas dans l’élaboration des manuels numériques.
Eleve de seconde réalisant une manipulation en cours de SVT avec supports numériques- Photo © EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Aujourd’hui, la Région a édité 50 manuels libres de droits, disponibles pour l’ensemble des enseignants français via la forge de ressources numériques de l’Éducation nationale. L’institution n’a pas précisé le budget d’élaboration de ces manuels, intégré aux 140 millions d’euros versés chaque année pour le développement du numérique dans les lycées.
Ces supports ne se limitent pas à de simples « granules » de contenu, mais se constituent comme des manuels avec cours, exercices, méthodologie, évaluation et corrections (lire ci-après).
Selon la région, seules 25% des licences numériques des éditeurs classiques payées par la Région étaient utilisées- Photo © EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L'objectif affiché par l’exécutif régional est de tirer parti des possibilités offertes par le numérique. « Si on est un lycée numérique, ça ne sert à rien si c'est juste pour faire un PDF de manuels papier projetés sur l'écran », a souligné la présidente. Selon cette dernière, l'innovation pédagogique passe par l'intégration de la 3D, de la vidéo et d'autres outils numériques.
Après avoir assisté à une partie d’un cours de SVT de classe de 2nde mêlant manipulations, explications orales du professeur et support sur Pearltrees, Valérie Pécresse a conclu en réfutant les critiques sur la limitation de la liberté pédagogique des enseignants. « C'est tout le contraire, ça leur offre un univers » s’est-elle exclamée.
Un engagement maintenu pour le livre papier
Selon l'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2022, cette approche permet notamment d'offrir un accès virtuel à la culture : étudier une pièce de théâtre en visionnant des représentations filmées, découvrir des œuvres de musée pour des enfants qui ne s'y rendent pas habituellement. « On leur donne envie d'y aller », a-t-elle précisé, ajoutant que « les ressources numériques peuvent être vraiment très attractives pour des publics qui ont besoin d'avoir des exercices un peu plus ludiques et sont éloignés des codes culturels » établis.
François Rocaboy présente la bibliothèque de 50 manuels libres de droits hébergés sur la plateforme Pearltrees- Photo © EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Au-delà d’établir une égalité d’accès aux ressources dans un territoire où 35 % des élèves sont boursiers, la présidente de Région a tenu à souligner l'engagement continu de sa collectivité en faveur de la lecture traditionnelle. « Cette année, nous avons mis 100 euros pour tous les lycéens d'Île-de-France, pour qu'ils aillent acheter des livres dans des librairies indépendantes », a-t-elle rappelé.
Une invitation à l'innovation pour les éditeurs
Loin de fermer la porte aux éditeurs scolaires traditionnels, Valérie Pécresse leur a lancé un défi : « Si demain un éditeur arrivait avec un manuel numérique ultra-attractif pour les enseignants, ultra-ergonomique avec de l’IA pour la résolution de cours ou aider les élèves à assimiler les cours, alors il pourrait être apprécié par les lycées numériques… », lance-t-elle, reconnaissant un investissement conséquent que la Région a pris l’initiative de faire. Aujourd’hui, 15 000 enseignants, soit un tiers des effectifs des lycées franciliens, ont été formés à la plateforme Pearltrees hébergeant ces manuels.
Pearltrees présente les manuels libres
À l’occasion de la visite de Valérie Pécresse au lycée Sonia-Delaunay de Cesson (77), ce mardi 23 septembre, François Rocaboy, directeur marketing et commercial de Pearltrees, a présenté les manuels libres, dont 50 sont actuellement accessibles sur la plateforme dans une bibliothèque numérique couvrant les grands domaines d'enseignement : mathématiques, sciences, histoire-géographie, lettres, philosophie, langues et enseignements professionnels.
Une conception collaborative
Chaque manuel est dirigé par un IA-IPR (inspecteur) de l'Éducation nationale et rédigé par trois enseignants des académies franciliennes, référencés dans les crédits. Le contenu respecte strictement les programmes officiels, avec une organisation chapitrale classique et un système de navigation progressif par flèches.
Richesse des contenus
Pour illustrer l’affranchissement des contraintes physiques, le responsable de la start-up fondée en 2011 a démontré que dans les manuels de français, les œuvres intégrales, dont les droits numériques ont été acquis pour cinq ans, sont disponibles dans leur totalité. Quant aux manuels de mathématiques, ils contiennent 85 % d'exercices avec différents niveaux : vérification des acquis, activités préparatoires, exercices d'automatisme et banque d'exercices avancés.
Intelligence artificielle intégrée
Un assistant pédagogique réservé aux enseignants génère des corrigés détaillés avec 98 % de fiabilité. Le système utilise plusieurs modes de langage IA qui analysent de manière collaborative les solutions avant de proposer une synthèse. Avec un accès restreint, les élèves n’ont pas d’option IA dans leur interface et un algorithme permet de modérer tout contenu intégré sur la plateforme.
Personnalisation et accessibilité
Les professeurs peuvent extraire des ressources pour créer des cours personnalisés adaptés à leurs classes. Un module d'accessibilité Canton permet l'adaptation aux dyslexies et la lecture audio des textes.
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