3 septembre > Histoire France

Michel Pastoureau est l’un de nos médiévistes les plus originaux. A travers ses sujets de prédilection que sont les couleurs et les animaux (on lui doit une histoire du bleu, du noir, mais également de l’ours, "roi déchu", ou encore du cochon, "cousin mal aimé"), et l’héraldique qui marie ces deux passions, il nous fait relire l’histoire de manière passionnante, trouvant sans cesse un écho insolite du Moyen Age dans les temps présents. Si Peugeot a pour symbole le lion, c’est que cette entreprise franc-comtoise a repris l’emblème du comté de Bourgogne (l’ancêtre de la Franche-Comté) dont le comte, Othon IV, s’étant brouillé avec l’empereur d’Allemagne, avait remplacé sur son blason l’aigle impérial par le grand félin. L’anecdotique, chez l’auteur des Couleurs de nos souvenirs, qui paraît concomitamment chez Points, dévoile le profond. Pourquoi "Allez les bleus !" et non les rouges ? Pourquoi la fleur de lis représente-t-elle la royauté française ? A cause d’un cochon de ferme qui croisa un jour d’octobre 1131 la route d’un prince capétien. Philippe, "roi désigné" de quinze ans l’aîné de Louis VI le Gros, rentre à Paris à cheval, quand un de ces porcins gyrovagues qui, comme il était fréquent d’en rencontrer dans les faubourgs, fait tomber la monture et provoque la mort du cavalier… Le roi tué par un cochon est le récit fascinant de cet événement en plus d’une anatomie de ce moment charnière pour la consolidation de la dynastie fondée par Hugues Capet : le XIIe siècle, fin effective de la monarchie élective et affirmation du principe héréditaire.

Le fatal accident avait paru d’autant plus choquant que la cause du décès était un vulgaire cochon de ferme, doté dans l’imaginaire médiéval de toutes les turpitudes : saleté, gloutonnerie, colère, luxure… et non un noble sanglier, emblème de courage et gibier de choix de l’aristocratie. Signe patent d’une punition divine : Philippe Ier, grand-père du défunt, avait été excommunié par le pape à cause de ses errements matrimoniaux ; quant à Louis VI, son père, il s’était fâché avec ses évêques. La dynastie avait été souillée par cette "mort infâme" : comment laver cette tache laissée par le "porcus diabolicus" sinon en se mettant sous l’égide de la plus pure des pures : la Vierge Marie ? Sous la double influence de l’abbé Suger et de saint Bernard de Clairvaux, le vieux Louis VI, puis son successeur Louis VII, frère puîné de feu le jeune Philippe, se rapprochent de l’Eglise, mais c’est sous le règne du fils de ce dernier, Philippe Auguste, que sont établies les armoiries royales, "d’azur semé de fleurs de lis d’or", bleu céleste et fleur chaste, les attributs de la reine des cieux.

Sean J. Rose

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