Du true crime aux accents de Faites entrer l'accusé au récit littéraire d'enquête criminelle, le grand écart est exécuté avec souplesse par les éditeurs spécialisés. Pour Dark Side, label qu'il a fondé entre 2022 et 2023 chez Hachette Livres et qu'il codirige avec Mélanie Jean, Stéphane Rosa est parti d'une envie de comprendre ce que le fait criminel dit de nous, de la société. « L'ambition de la maison est de publier des textes qui explorent la face sombre de l'être humain sous toutes ses formes. »
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Recette à base de fait divers pur jus, avec le youtubeur McSkyz, dont le premier livre, Tremblez !, s'est vendu à plus de 44 000 exemplaires selon GFK, et de roman du réel avec la collection « D'après une histoire vraie ». On notera dans cette collection Anatomie d'une haine de Bertrand Puard, sur l'affaire Flactif, et plus récemment Le dépeceur de Cleveland, un serial killer dans l'Amérique post-krach boursier, de Jérémy Wulc. Dark Side publie aussi des récits d'enquêtes journalistiques, des documents plus scientifiques, ou encore du roman graphique. L'idée étant de s'étendre le plus possible et d'essayer de trouver des nouvelles pistes éditoriales.
Raconter le réel
La même envie anime Elsa Delachair, directrice éditoriale de 10/18, qui nous raconte avoir fait passer la collection historique de « Grands détectives à True detectives ». L'idée est, là aussi, de raconter le réel et de capter l'attention des lecteurs avides de faits divers. En 2023, elle entame un partenariat avec Society pour la collection « True crime », ambitionnant de cartographier le crime aux États-Unis. La collection compte dix titres à son actif, écrits par des journalistes de la revue partenaire.
Après ce succès, Elsa Delachair recentre l'offre sur la France en s'associant à Libération. Deux titres ont paru en 2025, et quatre sont prévus pour 2026. La rentabilité est de fait plus facile à atteindre. « Il faut sans cesse se remettre en question et trouver de nouvelles idées. Et faire de chaque sortie un événement. » C'est chose faite pour 2026, avec la parution en mars d'un feuilleton en quatre épisodes, signé Cyril Gay, sur L'affaire Eugène Weidmann, le dernier condamné guillotiné en public en 1939. Le récit paraît en quatre fascicules sur trois offices, tirés chacun à 10 000 exemplaires dans une maquette soignée, rappelant les codes graphiques de l'époque. Un événement, en effet, avec des rencontres en librairie. Qui permet de tester de nouvelles manières d'éditer le genre.
La créativité est aussi la marque de fabrique des éditions Marchialy, qui fêtent, elles aussi, leurs 10 ans cette année. Fondée en 2016 par Clémence Billault et Cyril Gay et très appréciée des libraires et de la critique, cette maison à l'univers graphique particulièrement soigné s'est forgé un succès dès son premier livre, Tokyo Vice de l'Américain Jake Adelstein. Marchialy, aujourd'hui dirigée par Clémence Billault, publie 8 titres par an et repose sur trois piliers : l'exploration de la société à travers ses crimes, les récits littéraires, et le reportage journalistique. En 2026, Jake Adelstein revient avec Code bleu (2 avril), une enquête sur un infirmier tueur dans les hôpitaux de l'armée, un nouveau Michael Finkel, Toute la vérité (7 mai), sur le rapport entre le journaliste et son sujet, et à l'automne, Le gang des voleurs de cornes, une enquête d'Hugo Nazarenko sur le vol de cornes de rhinocéros dans divers musées, salles de ventes et collections à travers le monde.
