Rizzoli Libri et Média Participations: deux visions européennes | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Francfort, le 20.10.2016 à 19h29 (mis à jour le 22.10.2016 à 09h52) Francfort 2016 - CEO Talk

Rizzoli Libri et Média Participations: deux visions européennes

Claude de Saint-Vincent (Média Participations) et Massimo Turchetta (Rizzoli Libri). - Photo OLIVIER DION

Développement à l’international, défense auprès de Bruxelles du droit d’auteur et de la TVA, mutation du lectorat et du métier...  Massimo Turchetta (Rizzoli Libri) et Claude de Saint-Vincent (Média Participations) ont présenté leur stratégie jeudi 20 octobre lors des 2e CEO Talk de la foire de Francfort.

Massimo Turchetta, P-DG de Rizzoli Libri (48e groupe du classement mondial de l'édition) et Claude de Saint-Vincent, directeur général de Média Participations (38e) étaient les invités du "CEO Talk" organisé cette année par six journaux professionnels à la Foire du livre de Francfort, jeudi 20 octobre, modéré par Rüdiger Wischenbart. En accompagnement du classement mondial de l’édition publié par les six journaux professionnels Livres Hebdo, Buchreport (Allemagne), Publishers Weekly (Etats-Unis), The Bookseller (Royaume-Uni), PublishNews (Brésil), Bookdao (Chine), ils se sont expliqués sur leur stratégie et ont répondu aux questions de Fabrice Piault (Livres Hebdo), Andrew Albanese (Publishers Weekly), Carlo Carrenho (PublishNews) et Han Yu (Bookdao).
 
Le cas italien

" En 2010, Mondadori représentait 31 % du marché italien. Le nouveau groupe, avec Rizzoli, représente toujours 31 % du marché selon GFK. La constitution du groupe n’a pas vraiment changé le paysage de l’édition italienne " a expliqué Massimo Turchetta, interrogé par Fabrice Piault sur la constitution du leader italien. Il a rappelé qu’il connaissait bien les deux groupes puisqu’il avait été directeur chez Mondadori jusqu’en 2010, puis chez Rizzoli. " C’est une nouvelle période intéressante pour l’édition italienne. Amazon, Planeta, Random House sont entrés sur notre marché, qui était réputé petit. Mais je n’ai pas peur ", a-t-il poursuivi. A la question de Fabrice Piault sur la fusion des deux entités, il a précisé qu’il s’agissait de deux entreprises différentes, aux directions et aux stratégies distinctes. " Mondadori absorbe les maisons et les transforme en marques alors que Rizzoli préfère les garder telles quelles sur le long terme " a-t-il commenté.

Une galaxie multimédia
 
Interrogé sur le développement international de Média Participations, " peu connu en dehors de la France ", Claude de Saint-Vincent a précisé : " Média Participations n’est pas un éditeur, c’est un groupe comportant plusieurs maisons comme Dargaud, Dupuis, Fleurus, Mango, etc.". " Les stars sont nos auteurs et nos héros. Tout le monde connaît Lucky Luke, Thorgal, Largo Winch. Nous sommes de plus en plus producteurs de contenus développés dans différents médias et sur différents supports. Nous déclinons Lucky Luke sur sept ou huit supports différents, nous avons produit 4 séries animées, 3 dessins animés, 2 longs métrages, des jeux vidéos, des livres d’activités et un site " a-t-il ajouté, soulignant que l’organisation du groupe était " multimédia depuis quarante ans puisque nous publions du texte et des images et que nous avons fait nos premiers pas dans l’animation il y a longtemps ".
 
L'internationalisation

A la remarque d’Andrew Albanese (Publishers Weekly) " Rizzoli est une marque très populaire en Italie et aux Etats-Unis ", Massimo Turchetta a répondu : " Nous avons trouvé une niche avec nos beaux livres, en art et en mode, qui ont beaucoup de succès aux Etats-Unis, avec notamment des corners dans les boutiques de luxe. Mais nous n’avons pas encore arrêté notre stratégie à l’international, nous réfléchissons. C’est trop tôt pour en parler ".
 
" Qu’est-ce qui vous attire sur le marché chinois ? " a demandé Han Yu. Média Participations, qui possède un bureau à Shanghai depuis cinq ans, y vend surtout ses licences (Tintin, Gardfield, Martin Matin) et ses droits audiovisuels audiovisuels, et négocie même l’ouverture de deux parcs d’attraction.  " Vous êtes très nombreux. Même si Boule et Bill, Lucky Luke et Garfield, sont découverts par un 1% de la population, ça suffira à faire mon bonheur! Nous luttons pour du temps disponible de nos lecteurs. Nos ennemis sont les jeux vidéos, les films, Facebook, Twitter. L'enjeu réside dans l'élargissement du lectorat. " a précisé Claude de Saint-Vincent.
 
Les défis

" Notre métier est de publier, vendre, promouvoir non des livres mais des droits. Dans le futur, on vendra moins de livres et plus de droits. On se doit d’être éditeur et agent " a déclaré Claude de Saint-Vincent. " Nous devons jouer différentes partitions : agent, éditeur, producteur " a confirmé Massimo Turchetta.

La rencontre a aussi été l’occasion d’évoquer les négociations avec Bruxelles sur la TVA et le droit d’auteur. " La France a choisi d’adopter le même taux de TVA pour le livre papier mais ce n’est pas encore une loi européenne. L’Europe prend du temps ", a répondu Claude de Saint-Vincent. Tandis que Massimo Turchetta a souligné que  "le prochain combat serait celui des droits d’auteur".
 
Pour contrer les géants Google ou Amazon, il faut aller chercher les gens où ils sont à savoir devant leurs écrans et utiliser les outils comme Facebook et Twitter pour leur rappeler que le livre existe. " Google se moque des livres, il veut du trafic. Amazon veut surtout vendre du matériel. En France, on dit diner avec le diable, il faut être attentif en restant sur ses gardes " a conclu Claude de Saint-Vincent. Massimo Turchetta est totalement d'accord, si ce n'est qu' "en Italie, on dit coucher avec le diable " .  
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