Parmi les auteurs attendus, l'Irlandais Colum McCann est de retour chez Belfond avec Ce qui nous frôle sous la surface, tandis que l'Américaine Laura Kasischke revient, huit ans après son dernier roman, avec Baignade surveillée chez Gallimard.
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D'autres arrivent auréolés de distinctions, à l'instar de Lily King, finaliste du Pen/Faulkner Award et du Women's Prize for Fiction avec À cœur, l'amant (Albin Michel). Outre-atlantique toujours, Rabih Alameddine a remporté le National book award 2025 avec L'histoire, la vraie, de Raja le candide (et de sa mère) (Les escales).
Melania Mazzucco, L'Architecte romaine (tr. Vincent Raynaud, Calmann-Lévy)- Photo DRPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L'éventail des choix est particulièrement riche cette année, comme en témoigne l'échantillon des tirages les plus forts où se côtoient la fresque familiale Parle-moi de chez nous de Jeanine Cummins (Philippe Rey), l'Autobiographie de mon corps (Actes Sud) de Lize Spit, la biographie romancée de Sergueï Eisenstein de Gouzel Iakhina, Eisen (Noir sur blanc), ou encore le premier tome de la série épique L'empire de l'automne d'A. S. Tamaki, Le clan des feuilles mortes, qui se déploie sur 700 pages dans un univers inspiré du Japon médiéval. « Une folie » fièrement assumée par l'éditeur Oliver Gallmeister, qui prévoit de publier l'ensemble de la saga sur trois ans.
Premiers romans voyageurs
L'audace de cette rentrée, c'est aussi la déferlante de premiers romans, dont participe Tom Newlands avec Ici, maintenant (Métailié), une œuvre sur la famille et le besoin d'ailleurs ; ou Souvankham Thammavongsa avec La couleur qui vous plaira (traduit par Nathalie Bru, La Croisée), une réflexion sur les instituts de beauté et sur la vie des immigrés qui a reçu le prix Giller 2025 au Canada. L'Italien Michele Ruol, finaliste du prix Strega la même année pour Inventaire de ce qu'il reste après que la forêt a brûlé (traduit par Cécile Raulet, Paolo Bellomo, Le Tripode), nous immerge quant à lui, objet par objet, dans l'intimité d'une famille.
Rentrée littéraire des éditions Albin Michel. Lili King pour son roman À coeur ouvert entourée de son éditrice Anne Michel à gauche et de sa traductrice Marguerite Capelle à droite- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Ces premiers romans nous font voyager tous azimuts. Direction l'Ukraine, envahie par la Russie, auprès de deux sœurs activistes dans Dernier spécimen connu de Maria Reva (tr. Nathalie Bru, Dalva). On se retrouve sur les routes de l'Amérique MAGA dans Disgraceland de Nick Tooke (tr. Jean-Marie Jot, Phébus), et aux côtés d'une mère célibataire expulsée de sa caravane dans Dessine-moi un royaume d'Evanthia Bromiley (tr. Cécile Péronnet, Plon). On ouvrira En attendant Marky Moon de Natalie Adler (tr. Caroline Bouet, Phébus) pour une virée dans le New York queer des années 1980, et La femme morte dans l'ascenseur (Denoël) pour un polar à Buenos Aires, premier roman de Maria Angélica Bosco... en 1954.
L'Amérique côté Sud
L'autrice argentine n'est pas la seule représentante du sud du continent américain. Les maisons françaises leur font une (petite) place, donnant à lire une littérature imprégnée de mystère. Aux forges de Vulcain misent ainsi sur l'Argentine Salomé Esper qui signe Hilda Bustamante revient (tr. Hélène Serran), une histoire de résurrection. Du côté de Métailié, son compatriote Eduardo F. Varela livre avec Pampa (tr. René Solis) un roman ferroviaire dans lequel quatre personnages traversent des paysages envahis par le silence, jusqu'à ce qu'un objet tombé des montagnes bouleverse leur routine.
Prix du Meilleur livre étranger 2022, le Colombien Juan Gabriel Vásquez compose avec Les noms de Feliza (tr. Isabelle Gugnon, Seuil) un roman sur la vie de la sculptrice Feliza Bursztyn, « morte de tristesse » à Paris en 1982 en dînant avec Gabriel García Márquez. Álvaro Mutis, lui aussi ami de l'auteur qui lui dédicace Cent ans de solitude, est à l'honneur chez Zulma où est réédité La neige de l'Amiral (tr. Annie Morvan), prix Médicis étranger de 1989, dans lequel un vieux rafiot remonte le fleuve Xurando au pied de la cordillère des Andes. Bourgois publie, pour la première fois en France, l'auteur péruvien Gustavo Faverón Patriau dont Les lieux souterrains (tr. Robert Amutio) commence par un meurtre commis à Lima en 1992 pour se muer en odyssée à travers la face cachée de l'histoire de l'Amérique latine, des États-Unis et de l'Europe.
Kae Tempest, Toute une vie à chercher (tr. Madeleine Nasalik, L'Olivier).- Photo CLARA NEBELINGPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Deux écrivains cubains sont aussi de la partie : Carlos Manuel Alvarez pour Sale guerre (tr. Éric Reyes Roher, Mémoire d'encrier) qui raconte le calvaire des migrants et des sans-papiers entre Cuba, les États-Unis, le Mexique, et l'Europe ; et Mayra Montero avec Le soir où Bobby n'est pas venu jouer (tr. René Solis, Métailié) qui entrelace deux histoires d'amour et deux moments historiques, autour de la figure du joueur d'échecs Bobby Fischer.
Vigueur sociale
Du côté de la production européenne, les Îles britanniques ont toujours la cote auprès des maisons françaises qui parient notamment sur des premiers romans audacieux. Paru en anglais en 2001, Comme la viande aime le sel (tr. Ariel Masset, Monsieur Toussaint Louverture), de Maria McCann, se déroule en 1645 dans l'Angleterre déchirée par la guerre civile, changeant de forme - gothique, guerrier, historique, passionnel - selon la trajectoire de son protagoniste. Au Mercure de France, Imani Thompson met en scène dans Piège à miel (tr. Clément Baude) la soif de vengeance d'une jeune chercheuse. Aux éditions du Typhon, Dents noires et sourire radieux d'Adelle Stripe (tr. Claire Charrier) fait revivre Andrea Dunbar, autrice underground culte des sombres années Thatcher.
On remarque encore, chez les Britanniques, la prévalence du roman social qui n'a rien perdu de sa vigueur. Dans Toute une vie à chercher (tr. Madeleine Nasalik, L'Olivier), Kae Tempest livre un roman sur la famille et le pardon dans les pas de son personnage, tout juste sorti de prison.
Le primo-romancier gallois Liam Higginson nous entraîne quant à lui Au cœur des ombres (tr. Morgane Saysana, Rivages), sur le massif montagneux de Snowdonia, dans une ferme familiale où les dettes s'accumulent. Un milieu rural que donne aussi à voir l'Écossais Douglas Stuart dans John, fils de John (tr. Charles Bonnot, Globe) dans lequel un jeune homosexuel est confronté à l'intransigeance paternelle. Les relations pères-fils sont également auscultées par Michael Pedersen qui situe l'action du Phare de l'impossible (tr. Claire-Marie Clévy, Buchet-Chastel) dans l'archipel des Shetland.
Familles, à rire et à pleurer
Comme pour la rentrée francophone, la famille est traitée sur tous les tons. Tragique et hilarant, chez Paul Murray, dont La piqûre d'abeille (tr. Paul Matthieu) sera bientôt adaptée en série. Tiré à 10 000 exemplaires par Albin Michel, ce roman interroge ce qui fait tenir ou exploser un foyer, brossant un portrait de l'Irlande et de notre monde. La tonalité se fait plus dramatique chez l'autrice moldave Lavinia Braniste avec Camping (tr. Sylvain Audet, Des Syrtes), sur la vie d'une sexagénaire suspendue entre deux pays, la Roumanie et l'Espagne, et sur les liens familiaux abîmés par l'exil.
L'horreur est humaine
C'est une rentrée qui joue à se faire peur. La coloration gothique est manifeste dans Caesaria de la Suédoise Hanna Nordenhök (tr. Marina Heide, Cambourakis), un huis clos dans une ferme reculée sur la violence médicale et la soif de liberté ; mais aussi dans La route est bleue de Samantha Hunt (tr. Alex Ratcharge, Le Gospel), un conte contemporain peuplé d'orphelins, de fantômes, et d'excentriques à travers l'Amérique des démunis. Dans une ambiance de fin du monde, l'Argentin Diego Muzzio déploie quant à lui Ce qui tournoie dans la nuit (tr. Eric Reyes Roher, Phébus), soit trois novellas gothiques.
Après sa trilogie publiée chez Verdier, la poète catalane Eva Baltasar revient avec Déclin et fascination (tr. Annie Bats), dont la seconde partie fait basculer le roman dans une dimension presque fantastique, marquée par la folie meurtrière de la narratrice. Mysticisme, encore, aux éditions du Typhon avec l'Espagnole Pilar Adón. À travers De bêtes et d'oiseaux (tr. Michelle Ortuno), celle-ci conduit une artiste hantée par le décès de sa sœur jusqu'à une communauté de femmes lui ouvrant un monde étrange de rites, de terreur et de beauté. Un spectre de mère disparue plane par ailleurs sur La vallée des esprits vengeurs de Kim Fu (tr. Annie Goulet, Héliotrope), un roman aux confins de l'horreur qui explore la psyché d'une protagoniste habitée par les traumas et la culpabilité.
Retour aux frayeurs plus classiques du thriller chez Gallmeister, où l'Allemande Vera Buck est de retour avec Un sombre été. Tiré à 20 000 copies, il se déroule dans un village fantôme en Sardaigne à l'apparence idyllique trompeuse, comme le découvre une architecte allemande venue y rénover une villa.
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Au Vent des îles, la saga familiale néo-zélandaise de Tina Makereti, Le chant des Rekohu (tr. Deborah Walker-Morrison et Cendrine Jarraud-Leblanc), fait entrer le lecteur dans un univers quasiment inédit en France, auprès de deux familles se débattant avec un passé colonial déchirant.
D'autres drames familiaux nous conduisent aux États-Unis, à l'image des Porteuses d'eau de Sasha Bonnet (tr. Valérie Le Plouhinec, Les Léonides) qui tisse un récit matrilinéaire convoquant l'intime et la grande histoire des femmes noires aux États-Unis. Nouvelle voix du Sud, Addie E. Citchens inscrit Les révérentes (tr. David Fauquemberg, Bourgois) dans une communauté noire américaine, abordant la manière dont la peur, le patriarcat et la religion nous façonnent. Ce sont trois générations de femmes portoricaines entre héritage et assimilation que déploie Jeanine Cummins dans Parle-moi de chez nous (tr. Christine Auché, Philippe Rey).
Mémoires plurielles
La mémoire peut aussi être celle d'une communauté, comme dans Rejoindre la danse, premier roman d'Oscar Hokeah (tr. Nino S. Dufour, Rue de l'échiquier) sur le destin d'un jeune Cherokee, porté par une langue hybride, parsemée de mots autochtones. Près de quinze ans après Swamplandia, Karen Russell revient chez Albin Michel avec Quand vient la tempête (tr. Karine Lalechère), une parabole sur les réfugiés climatiques, l'amnésie collective et le sort réservé aux peuples autochtones, qui se déroule dans le Nebraska des années 1930.
Pour ne pas oublier le passé, la rentrée offre aussi son lot de romans historiques comme Ligne de feu d'Arturo Pérez-Reverte (tr. Cécile Pilgram) tiré à 25 000 exemplaires par Gallimard et plongeant au cœur de la guerre civile espagnole, ou encore Lázár, du jeune Nelio Biedermann (tr. Rose Labourie, Belfond), qui paraît dans 26 pays et qui retrace sur trois générations, à travers la figure d'un enfant né en Hongrie vers 1900, l'ascension et le déclin d'une lignée aristocratique à travers le xxe siècle.
Rentrée littéraire des Escales. L'autrice allemande Nora Bossong et son éditrice Sarah Rigaud- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Aux Escales, Ce que nous sommes de Nora Bossong (tr. Rose Labourie) raconte le destin d'un homme mêlé à celui de Magda Goebbels. Aux éditions Bleu & Jaune, Rues imprévues d'Ivanka Moguilska (tr. Marie Vrinat-Nikolov) suit Max, qui fuit la Bulgarie communiste dans les années 1950 puis entreprend de bâtir une ville imaginaire au bord de la mer Noire, ainsi qu'une autrice chargée d'écrire un scénario de cette histoire au début des années 2010. Le xxe siècle n'est pas le seul invité de la rentrée étrangère. Melania G. Mazzucco évoque dans L'Architecte romaine (tr. Vincent Raynaud, Calmann-Lévy) l'histoire de Plautilla, la première femme architecte qui vécut au xviie siècle. Le gourdin du Prince Marko d'Ante Tomić (tr. Marko Despot, Noir sur blanc) revisite un épisode épique de l'histoire de la Croatie, à l'aube du XVIIIe siècle. Enfin, le romancier allemand Nils Minkmar dévoile dans Le chat de Montaigne (Presses de la cité) un Montaigne inattendu alors que les guerres de Religion déchirent la France.
Livres de résistance
D'autres talents germaniques sont à saluer, en particulier Markus Thielemann dont le second roman, Au nord gronde l'orage (tr. Céline Maurice, JC Lattès), aborde le retour du loup dans une campagne du nord de l'Allemagne ainsi que les tensions qui en surgissent dans la famille d'un jeune berger, tout en explorant l'histoire plus sombre de la région, l'extrémisme de droite, et les difficultés de l'adolescence. Lucy Fricke est quant à elle publiée au Quartanier pour La fête (tr. Isabelle Liber), un retour sur une jeunesse dans les années 1990 à Berlin.
L'amour et l'amitié restent de puissants moteurs en littérature. Révélant tout à la fois une idylle impossible, une enquête policière et une radiographie de l'Europe contemporaine, Tzigane, mais le plus beau de tous de Kristian Novak (tr. Chloé Billon, Les Argonautes) est une fresque où se croisent quatre voix, à partir d'un fait tragique survenu dans une région rurale du nord de la Croatie. L'amitié est célébrée par Elizabeth Strout, dans Racontez-moi tout (tr. Pierre Brévignon, Flammarion) où, dans une petite ville côtière du Maine, deux femmes se confient les histoires de ceux qui ont croisé leur chemin. Exhumant un roman paru en arabe en 2014, Globe publie Le livre de la disparition d'Ibtisam Azem (tr. Leïla Tahir), récit d'une amitié entre un Palestinien et un Israélien qui découvre le journal de son ami après la disparition mystérieuse de toute la population palestinienne d'Israël.
« Difficile de ne pas se sentir accablés dans une actualité où les conflits s'enchaînent et où la peur nous paralyse », admet la directrice des éditions Belfond, Caroline Ast, dans son édito de rentrée, voyant dans la lecture « une forme de résistance ». Les pouvoirs de la littérature sont d'ailleurs célébrés par plus d'un romancier, dont Enrique Vila-Matas qui fait rimer le mystère d'écrire et celui de vivre dans Un canon de chambre noire (tr. Claude Bleton, Actes Sud). Comme il l'explique lui-même, il pousse le lecteur à s'interroger : « Le narrateur construit-il réellement son canon littéraire personnel et intempestif, ou y a-t-il une autre intelligence auprès de lui, qui œuvre dans l'ombre ? ». Un questionnement à l'écho tout contemporain, qui n'est pas près de s'épuiser.




