« Transformer la lecture et le livre en événement » : telle est l'ambition affichée par les éditions La Martinière. Dimanche 7 juin, une centaine de passionnés d’Acotar (La Martinière), la saga de fantasy de Sarah J. Maas, se sont retrouvés dans le SO/ Paris Club pour partager un moment de lecture organisé en partenariat avec Audiolib. Portées par les réseaux sociaux et les communautés de lecteurs en ligne, les reading parties, s'imposent progressivement comme l'une des nouvelles tendances du monde du livre, au point de séduire désormais les maisons d'édition.
Vivre une expérience
Nées aux États-Unis dans les années 2010, les reading parties proposent aux participants de se retrouver dans des lieux souvent atypiques (hôtels, musées, opéras ou librairies…) pour lire dans un temps de silence partagé avant d'échanger autour de leurs découvertes. Une manière de faire de la lecture, traditionnellement perçue comme une pratique solitaire, une expérience collective : « Il s'agit de faire vivre une expérience émotionnelle aux lecteurs », résume Aude Marin, responsable presse de La Martinière Fictions.
Renouer avec le public
Alors que les professionnels du secteur cherchent à renouer avec les publics lecteurs, ces rassemblements apparaissent comme un nouvel outil de médiation et de promotion. Plusieurs maisons d'édition se sont déjà emparées du format. Le 29 mai dernier, par exemple, les éditions L'Iconoclaste ont organisé une reading party à la Fnac Bercy Village autour du roman Un jour sans femme de Lætitia Colombani, accompagnée d’un showcase de Liza Parente. L’événement a rassemblé 120 lecteurs, qui se sont réunis autour du livre de la romancière et pour échanger.
La maison a voulu développer ces rencontres dans les librairies. Au total, elles sont 40 à avoir répondu à l’appel. Pour faciliter la mise en œuvre de ces rencontres, L’Iconoclaste leur a fourni un kit d’animation comprenant les éléments nécessaires à l’organisation de l’événement.
À Plaisir, dans les Yvelines, la librairie Plaisir de lire fait état d’une première expérience concluante : « Nous étions huit, majoritairement des femmes de toutes générations, mais un monsieur a également participé. L'échange qui a suivi était très intéressant, tout le monde a grandement apprécié l'expérience et est partant pour réitérer avec plaisir. Nous avons donc proposé aux participants de se réunir dans quelques semaines, une fois la lecture terminée, pour poursuivre cet échange », rapporte l’équipe de la librairie.
Ces initiatives semblent attirer un public relativement diversifié. Adèle Leproux, directrice commerciale à l’Iconoclaste, observe néanmoins une prédominance des jeunes adultes parmi les participants. Un constat qui rejoint l’une des ambitions de ces événements : « Nous avons besoin d’embarquer les jeunes lecteurs et lectrices », souligne-t-elle.
Une forte croissance à Paris
En effet, popularisé sur TikTok, Instagram et au sein des communautés de jeunes lecteurs en ligne, le phénomène s'est rapidement imposé en France. Parmi les acteurs qui contribuent à son développement figure The Offline Club, une organisation spécialisée dans les activités favorisant la déconnexion numérique, à qui les maisons d’édition font souvent appel, à l’image de l’Iconoclaste.
À Paris, la demande ne cesse de croître : « Nous sommes passés d'un événement par mois à trois. Paris a connu une croissance incroyable depuis septembre 2025 et nous avons dû ajouter de nouveaux créneaux », souligne Stefania Tsakiraki, directrice de la branche parisienne de The Offline Club.
Miser sur une communauté déjà constituée
Les maisons poursuivent néanmoins certaines stratégies pour attirer du monde. Pour cette première expérience, La Martinière Fictions a choisi de s'appuyer sur une licence déjà solidement installée « avec une communauté de lecteurs déjà constituée et donc un succès presque assuré », explique Aude Marin. Les cinq premiers tomes de la saga de Sarah J. Maas seront réédités entre juin et septembre. Véritable phénomène sur le BookTok, la série rassemble une vaste communauté de lecteurs à travers le monde. Après cinq ans d'attente, les fans découvriront aussi la suite de la saga avec la sortie du tome VI en France le 28 octobre 2026, suivie du tome VII le 13 janvier 2027.
L'événement réunira également plusieurs intervenants ayant participé à l'adaptation française de l'œuvre. Shirley Coquaire, la comédienne ayant prêté sa voix au livre audio pour Audiolib, ainsi que la traductrice de la saga seront présentes pour échanger avec le public. « Nous voulons offrir aux lecteurs la possibilité de rencontrer les personnes qui ont travaillé sur le livre », précise-t-elle.
Un outil de promotion à l'approche de la réédition
Au-delà de l'expérience proposée aux lecteurs, l'événement s'inscrit dans une stratégie de valorisation de la saga à un moment clé de son calendrier éditorial, peu avant la réédition de la série.
« Nous souhaitons créer un véritable événement autour de cette saga », indique Aude Marin. Comme de nombreuses opérations de ce type, la maison d'édition mise également sur la visibilité offerte par les réseaux sociaux grâce à la présence d'influenceurs spécialisés dans le livre. « Nous espérons naturellement des retombées sur les réseaux », ajoute-t-elle.
Tremplin pour la rentrée littéraire
La Martinière n'est pas la seule maison à investir ce nouveau format. En 2025, les éditions Points avaient déjà organisé une reading party d'envergure à l'Opéra Bastille. « Nous étions les premiers éditeurs de poche à le faire à grande échelle », affirme Charlotte Clavreul, responsable marketing. L'initiative répondait à une demande exprimée par la communauté de la maison sur Instagram : « Nos abonnés nous réclamaient davantage d'événements physiques. »
Le choix de la date n'était pas anodin. Organisée pendant la rentrée littéraire, l'opération visait à donner une visibilité particulière à une période traditionnellement moins chargée pour les éditeurs de poche : « Nous avons décidé de voir grand en organisant un événement à l'Opéra Bastille », explique-t-elle.
Près de 250 lecteurs et lectrices avaient répondu présent. Chaque participant recevait un ouvrage sélectionné parmi six titres, attribués selon ses centres d'intérêt : romans de la rentrée littéraire, essais féministes ou encore ouvrages consacrés à la musique, en écho au lieu de l'événement.
« Faire connaître la maison »
Si l'impact direct sur les ventes demeure difficile à mesurer, l'objectif était ailleurs. « Cela n'a pas forcément une influence importante sur les ventes, mais l'enjeu est surtout de faire connaître la maison et de marquer le coup de la rentrée littéraire », souligne Charlotte Clavreul.
La responsable met également en avant la forte présence de jeunes lecteurs parmi les participants, un public particulièrement recherché par les éditeurs : « Plus de la moitié des personnes présentes étaient jeunes. Pour nous, c'est un pari réussi. »
Fort de ce premier succès, Points prévoit déjà de renouveler l'expérience à la fin du mois de septembre, confirmant ainsi l'intérêt grandissant des éditeurs pour ces nouvelles formes de médiation autour du livre.
Une tendance appelée à durer
Pour La Martinière Fictions, il s'agit d'une première incursion dans l'univers des reading parties. Si la maison reste prudente quant à la multiplication de ce type d'événements, elle se montre optimiste au regard de l'engouement suscité par cette première édition. « La demande est déjà très importante, c'est très encourageant », souligne Aude Marin.
