Les difficultés économiques rencontrées par Makassar, diffuseur-distributeur de dizaines de petites maisons d’édition indépendantes, ont déjà des conséquences très concrètes, alors que se prépare la rentrée en librairie. Si le sort de la société créée en 1995 n’est pour l’instant pas connu précisément (reprise, dépôt de bilan, redressement judiciaire…), son issue ne fait guère de doute, de l'avis de plusieurs sources concordantes. « C’est terminé, ils doivent se rendre au tribunal de commerce, et là ce sera la loterie, voire la roulette russe », glisse-t-on à Livres Hebdo. « Ils sont dans un moment de temporisation, pas très drôle, mais où ils font un travail remarquable et laissent aux éditeurs le temps de trouver des solutions », ajoute une autre source.
Une situation qui pousse en effet les éditeurs que la société diffusait et/ou distribuait à prendre les devants. Ceci en suivant des stratégies distinctes.
Les « deux jambes » de Makassar
« Makassar marchait sur deux jambes, qui ont chacune fait un choix différent pour la suite », résume à Livres Hebdo Benoît Vaillant, président de Pollen Diffusion, qui indique « toute sa solidarité et son respect à Vincent Dodivers et à Makassar, qui se sont battus jusqu’au bout ». « Le modèle économique s’écroule, mais ils n’y sont pour rien », estime-t-il.
D’un côté, la jambe « historique », celle du pôle image et bande dessinée. La quasi-totalité de ces éditeurs, soit une trentaine, rejoint Pollen, qui reprend leur diffusion et leur distribution. « Nous les accueillons dans de bonnes conditions, le hasard faisant que nous venons de nous doter d’un nouvel entrepôt de 2 000 m² en Vendée, à côté de notre premier entrepôt de 4 000 m² », indique Benoît Vaillant. « Quelques éditeurs du catalogue Hobo nous rejoignent également », précise-t-il aussi.
De l’autre côté, justement, la jambe plus récente, constituée des éditeurs du catalogue d’Hobo diffusion, soit une centaine de maisons d'édition. De ce côté, certains rejoignent la distribution de DOD&Cie, leur diffusion restant assurée par Hobo. Ce serait déjà le cas de plus de 30 maisons, à l'heure d'écrire ces lignes. « Il faut aussi ajouter des éditeurs de Makassar qui vont prendre la diffusion et la distribution chez nous », explique David Rupied, directeur général de DOD&Cie. « Nous avons commencé à en accueillir déjà plusieurs ces trois dernières années ».
MDS en embuscade
Trois des plus gros éditeurs du catalogue Hobo s’apprêtent pour leur part à rejoindre la distribution MDS (groupe Média Participations) : les éditions Nada (propriété de Hobo Diffusion), Bandes Détournées, et les éditions du Commun. « Les pourparlers se poursuivent pour leur intégration », confirme à Livres Hebdo Olivier Barbé, directeur général de MDS.
Mais les transferts ne devraient pas s’arrêter là. « Nous assurions déjà la distribution de plusieurs éditeurs BD / manga de chez Makassar, et ceux-ci basculeraient maintenant aussi en diffusion Média Participations », ajoute-t-il. « Dans tous les cas, nous allons renforcer notre partenariat avec des éditeurs Hobo. Nous essayons de les aider, et l’été va être chargé en négociations », résume-t-il aussi.
À noter enfin qu'une poignée d'éditeurs auraient fait le choix des services d'Harmonia Mundi Livre.
Un été au rythme des négociations… et des semi-remorques
De l'avis général, toutes ces négociations et transferts d'éditeurs en cours se sont accélérés ces derniers jours et vont se poursuivre tout l'été. Certaines passations, comme celles des éditions du Tiroir qui avaient rejoint DOD&Cie au printemps dernier, étaient déjà bien entamées, quand d'autres se font dans l'urgence. Ceci avec des contrats se négociant au cas par cas, ou de manière plus collective, comme ce fut le cas entre le Syndicat de l'édition alternative (SEA) et Pollen.
Dans tous les cas, le temps est compté avant la rentrée, les transferts ont débuté et impliquent des logistiques d'urgence. « Les opérations de transferts de palettes de livres ont déjà commencé. Les éditeurs du pôle images sont même venus donner un coup de main. Pas un n’a fait de reproches à Makassar, car ils ont conscience qu’ils ont bénéficié de conditions de contrats hors norme pendant des années » (le modèle de Makassar reposait sur une prise en charge de certains coûts, notamment de stockage, pour permettre à des éditeurs de petite taille d’exister, ndlr), raconte Benoît Vaillant. « Pour eux comme pour nous, l’été va maintenant se passer au rythme des semi-remorques, avec pour objectif de sauver la fin d’année. Nous enchaînons dans ce but les réunions de représentants », résume-t-il aussi.
« Nous avons dû nous occuper des transferts et des référencements des stocks pour 32 éditeurs en une semaine et demie... », souffle de son côté David Rupied entre deux allers-retours vers les entrepôts de DOD&Cie à Langres (Haute-Marne). « Mais quasiment tout le monde a déjà trouvé une solution, et c'est bien le plus important », conclut-il.
