Photosensible | Livres Hebdo

Par Véronique Rossignol, le 20.04.2018 Avant-portrait > Sébastien Berlendis

Photosensible

Sébastien Berlendis. - Photo PHOTO ALBAN MORO

Venu à l’écriture par l’image, Sébastien Berlendis construit une œuvre à la mélancolie solaire.

L’image a précédé le texte. La photographie, que Sébastien Berlendis, professeur de philosophie depuis dix-huit ans à la ville, a pratiquée plus qu’en simple amateur, a comblé ses élans créatifs jusqu’à la fin des années 2000 avant que l’écriture ne lui "tombe dessus". Les mots longtemps n’ont été que les légendes qui accompagnaient les tirages de ses clichés argentiques, pris avec des appareils vintage, "plus vieux que moi", plaisante celui qui préfère ne pas préciser son âge (devinez). C’est justement à une exposition de ses photos à Lyon, où vit ce garçon du Sud né à Avignon, qu’il a rencontré Brigitte Giraud. La romancière et éditrice a publié en 2013, dans la collection "La forêt" qu’elle avait créée chez Stock, Une dernière fois la nuit, un texte qui en réalité n’était pas le premier écrit mais le deuxième. Quant à l’essai inaugural, plusieurs fois réécrit, il est devenu L’autre pays, paru en 2014.

"Je continue à faire des images mais je ne les expose plus", dit-il, même si l’une de ses photos est reproduite sur le bandeau de couverture de Revenir à Palerme, son quatrième livre accueilli toujours chez Stock mais désormais dans la "Bleue" après le départ de la maison de Brigitte Giraud, restée sa première lectrice. C’est aussi une photo accompagnée d’une lettre qu’il a déposée en 2012 à l’intention de Claudio Magris, au café de Trieste où l’écrivain italien a ses habitudes, qui a inauguré une rencontre et une correspondance, qui dure depuis.

Hantise de la disparition

Si l’écriture, pratique désormais quotidienne, "a supplanté tout", l’image est présente partout dans l’œuvre que, livre après livre, Sébastien Berlendis cherche à construire comme "une autobiographie imaginaire", selon la formule de Modiano, au panthéon de ses admirations. Les photos déclenchent les souvenirs personnels ensuite enveloppés de rêves et de fantasmes, elles donnent leur forme à une mémoire intime dont il assemble les fragments aux contours floutés par l’oubli. Ses territoires littéraires: l’Italie, où "les routes amoureuses croisent les routes familiales", a-t-il écrit, et où il est parti sur les traces d’un arrière-grand-père monté de Calabre vers la Lombardie, puis exilé dans les Corbières; les rives de la Méditerranée; l’adolescence. Et l’été, les fins d’été surtout, l’été, derrière soi.

Habités par la hantise de la disparition, les romans suggestifs et sensuels de Sébastien Berlendis cadrent les corps - désirants, dansants, corps fantômes hantant des lieux laissés à l’abandon. Il s’en dégage une mélancolie intemporelle qui tient moins du regret que du désir de rendre présent ce qui n’est plus. Il se défend d’ailleurs de toute nostalgie passéiste: "Je ne veux pas revenir en arrière."

Le cinéma est l’autre grande affaire de sa vie. La première, en fait. "J’ai sans doute fait de la photo car je n’avais pas le courage de faire du cinéma", avoue-t-il. Dans Revenir à Palerme, il imagine des projections de films des années 1960 dans l’arrière-salle d’un café. Et ce retour en Sicile, où le narrateur se souvient d’une femme aimée, a le grain des films de Pasolini ou d’Antonioni, ses cinéastes de cœur. Depuis l’été 2015, il filme avec une caméra Super 8 les Maures, ce bord de mer varois où il a passé toutes ses vacances avec ses grands-parents, théâtre de son troisième récit. "J’emmagasine les images. Je vais bien finir par les monter." Rendez-vous à la prochaine séance.

En dates

2000 : capes de philosophie.

2013 :Une dernière fois la nuit (Stock).

2016 :Maures (Stock).

2018 : signe la postface de Ricochets du photographe Stéphane Ros (éditions du Territoire).

Véronique Rossignol

Sébastien Berlendis

Revenir à Palerme

Stock

Prix: 13,50 euros; 112 p.

sortie: 25 avril

ISBN: 978-2-234-08575-6

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