Orange reconnaît l'abandon du projet MO3T | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, le 22.02.2016 à 19h37 (mis à jour le 22.02.2016 à 20h00) Numérique

Orange reconnaît l'abandon du projet MO3T

MO3T est un système de gestion de droits, permettant d’identifier qui peut faire quoi avec son livre numérique. - Photo PHOTOMONTAGE

La norme permettant la gestion des droits attachés aux livres numériques fonctionne mais les conditions nécessaires au lancement commercial du projet n'ont pas été réunies regrette l'opérateur de télécommunication. David Lacombled, directeur délégué à la stratégie des contenus d'Orange, explique les raisons de cet abandon.

"Les conditions qui devaient permettre la réalisation commerciale du programme MO3T n'ont pas été trouvées, et Orange a jugé préférable de ne pas donner suite à ce projet", déclare David Lacombled, directeur délégué à la stratégie des contenus d'Orange. "Le consortium devait réunir l'ensemble des acteurs du marché, mais cette condition n'était pas remplie", regrette-t-il dans un entretien à Livres Hebdo.
 
Le projet MO3T (pour "Modèle ouvert 3 tiers") prévoyait d'organiser un système de gestion de droits attachés aux livres numériques, afin qu'un acheteur puisse retrouver et conserver ses ebooks quel que soit son fournisseur d'accès, son terminal de lecture, son libraire numérique. D'autres fonctions étaient prévues, comme le prêt ou le cadeau de livres numériques. Il s'agissait d'assurer une interopérabilité complète des livres numériques, tout en les protégeant du piratage avec une technologie plus fluide que les DRM.

Réserves d'Hachette

Un consortium avait été créé, réunissant 18 acteurs du secteur, ou des nouvelles technologies. L'opérateur de télécommunication Orange était à l'origine de ce projet, qui avait aussi convaincu SFR, mais également Editis, La Martinière, Gallimard, les librairies Dialogues, Lamartine, La Procure, ou encore ePagine, Dilicom, l'Institut Mines Telecom, etc. "La norme fonctionne, les brevets appartiennent au consortium et sont ouverts à tous ceux qui voudraient le rejoindre", indique David Lacombled.
 
Une partie des éditeurs, dont le groupe Hachette, avait exprimé de sérieuses réserves sur ce projet. A une courte majorité, le lancement de son exploitation commerciale avait finalement été repoussé lors d'une consultation organisée chez Dilicom. Aucun des éditeurs participant au consortium n'a pu être joint.
 
"On nous a affirmé pendant des mois que ce ne serait pas abandonné, et finalement tout s'est délité de manière un peu abrupte, sans explication, déplore Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française (SLF). Je continue de penser que c'était un modèle vertueux pour la librairie, et viable".

7 millions d'euros
 
Le consortium a d'abord conduit les recherches nécessaires à ce programme. La valorisation de cette première partie était estimée à 7 millions d'euros, soutenue à hauteur de 3 millions d'euros sous forme de subventions ou d'avances remboursables par le Fonds national pour la société numérique dans le cadre des investissements d'avenir. La Direction générale des entreprises était chargée de superviser l'emploi des fonds. Personne n'a pu être joint dans cet organisme dépendant du ministère de l'économie.
 
Le projet avait officiellement été présenté en septembre 2012. Orange avait au préalable fait le tour des partenaires de la chaîne du livre, recueillant le soutien le plus enthousiaste du côté des libraires. Une partie des éditeurs s'interrogeait sur les motivations d'Orange dans le livre. Google avait auparavant annoncé un projet similaire, mais limité à son univers, et l'a abandonné sans fournir d'explication.
 
En direct ou via des partenariats, Orange propose aujourd'hui à ses abonnés (Internet ou téléphonie mobile) l'accès à des offres dans l'audiovisuel, la musique et la presse, mais pas dans le livre. "Ce n'est pas une situation qui peut  durer", note David Lacombled.
 

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