Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018 | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, avec AFP, le 10.10.2019 à 16h38 (mis à jour le 12.10.2019 à 12h33) Proclamation

Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018

Olga Tokarczuk - Photo MARTIN J. KRAFT - CC BY-SA 3.0

La poétesse et romancière polonaise aux dreadlocks a été récompensée pour son "imagination narrative". Les éditeurs annoncent déjà quelques réimpressions de ses livres.

Le prix Nobel de littérature 2018 a été attribué, jeudi 10 octobre 2019, à la romancière, essayiste et poétesse polonaise Olga Tokarczuk, 57 ans. L’Académie suédoise a salué "l’imagination narrative" de l’auteure qui "symbolise la subversion comme une forme du vivant". Elle est la 15e femme à recevoir cette récompense, la 4e lauréate d’expression polonaise, mais la 5e personne de cette nationalité à être décorée. Récompensé en 1978, l’écrivain juif polonais Isaac Singer écrivait en yiddish.

"Le fait que ce prix revienne à Peter Handke [le lauréat du prix Nobel de littérature 2019, décerné le même jour] et moi, deux auteurs d'Europe centrale, cela nous donne de l'optimisme en ces temps où nos démocraties rencontrent certains problèmes. Cela montre que nous avons toujours des choses profondes à dire au monde et que nous sommes actifs," a réagi l'auteure dans une conversation téléphonique avec le comité Nobel. Engagée politiquement à gauche, écologiste et végétarienne, l'écrivaine critique régulièrement la politique de l'actuel gouvernement conservateur nationaliste de Droit et Justice (PiS).

Réimpressions
 

En France, Olga Tokarczuk a récemment publié Dieu le temps, les hommes et les anges paru en mars en Pavillon poche chez Robert Laffont (traduit du polonais par Christophe Glogowski). Ses écrits sont disponibles chez Robert Laffont, Noir sur Blanc et aux éditions La contre allée. Après l’annonce du prix, Libretto a amorcé une réimpression au format poche de son roman Sur les ossements des morts, paru en 2014 et traduit du polonais par Margot Carlier. De son côté, Noir sur Blanc lance une réimpression du roman Les livres de Jakob (2018, traduit du polonais par Maryla Laurant).
 
Reconnaissable à ses dreadlocks, l’écrivaine a reçu en mai 2018 le Man Booker International prize pour la traduction anglaise du roman Les pérégrins (Noir sur Blanc, 2010, traduit du polonais par Grazyna Ehrard). Elle détient également le prix Nike, l’équivalent en Pologne du Goncourt français, pour son roman Les livres de Jakob, qui lui a également rapporté le prestigieux prix Jan Michalski de la littérature 2018 ou encore le prix Transfuge 2018 du meilleur roman européen.
 
Une écrivaine populaire et variée
 
Née le 29 janvier 1962 dans une famille d'enseignants à Sulechow dans l'ouest de la Pologne, Olga Tokarczuk est l’auteure d'une douzaine d'ouvrages. Diplômée de psychologie à l'Université de Varsovie, elle s'intéresse aux travaux de Karl Jung. Pendant un temps, elle travaille comme psychothérapeute à Walbrzych (sud-ouest) et s'essaie à l'écriture. Elle publie un recueil de poèmes, avant de se lancer dans la prose.
 
Après le succès de ses premiers livres, elle se consacre entièrement aux lettres et s'installe dans le village de Krajanow dans les monts Sudètes (sud-ouest). Aujourd'hui, ses livres sont des bestsellers en Pologne, traduits dans plus de 25 langues, dont le catalan et le chinois. Son œuvre, extrêmement variée, va d'un conte philosophique, Les Enfants verts (La contre allée, 2016, traduit du polonais par Margot Carlier), à un roman policier écologiste engagé et métaphysique, Sur les ossements des morts, à un roman historique de 1000 pages, Les livres de Jakob.
 
Une "mystique" en quête de vérité
 
Dans l’univers poétique d’Olga Tokarczuk, le rationnel se mêle à l'irrationnel. Son monde est en mouvement perpétuel, sans point fixe, avec des personnages dont les biographies et les caractères s'entremêlent et, à la manière d'un puzzle géant, créent un splendide tableau d'ensemble. Le tout décrit dans un langage à la fois riche, précis et poétique, attentif au détails.
 
"Olga est une mystique à la recherche perpétuelle de la vérité, vérité qu'on peut atteindre uniquement en mouvement, en transgressant les frontières. Toutes les formes, institutions et langues figées, c'est la mort", explique à l'AFP une de ses amies, Kinga Dunin, elle aussi écrivaine et critique littéraire.
 
Tokarczuk elle-même se décrit comme une personne sans histoire fixe: "Je ne possède pas en propre de biographie bien claire, que je pourrais raconter de façon intéressante. Je suis composée de ces personnages que j'ai sortis de ma tête, que j'ai inventés. Je suis composée d'eux tous, j'ai une biographie à plusieurs trames, énorme", explique l'écrivaine dans une interview pour l'Institut du livre polonais.
 
Plusieurs de ses ouvrages ont été portés à l'écran, dont Sur les ossements des morts, rebaptisé Spoor, auquel elle a participé en tant que coscénariste, aux côtés de la réalisatrice Agnieszka Holland. Entre polar écologiste et conte philosophique, le film sorti en février 2017 a remporté le prix Alfred-Bauer à la Berlinale la même année et a représenté la Pologne dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
 

Plusieurs réimpressions

Les éditions Libretto et Noir sur Blanc ont annoncé plusieurs réimpressions des ouvrages d'Olga Tokarczuk à la suite de l'annonce du prix :

Les livres de Jakob (Noir sur Blanc) : 20000 exemplaires
Les Pérégrins (Noir sur Blanc) : 10000 exemplaires
Sur les ossements des morts (Libretto) : 10000 exemplaires
Récits ultimes (Noir sur Blanc) : 5000 exemplaires
Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc) : 5000 exemplaires
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