Notre-Dame de Paris en 18 livres | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 16.04.2019 à 15h34 (mis à jour le 17.04.2019 à 10h48) Bibliographie

Notre-Dame de Paris en 18 livres

Victor Hugo, « Œuvres illustrées de Victor Hugo », Paris: J. Hetzel, 1853. - Photo DOMAINE PUBLIC

Immortalisée par Victor Hugo, la cathédrale Notre-Dame de Paris, victime d'un incendie ravageur dans la soirée du 15 avril, a toujours été un monument qui a inspiré poètes, dessinateurs et photographes.
 

L'incendie survenu à la cathédrale Notre-Dame de Paris dans la soirée du 15 avril a ému le monde entier, entraînant des reportages en direct sur toutes les chaînes de télévision et mettant la catastrophe patrimoniale en une ce matin dans l'ensemble des quotidiens. Ce mardi matin, les deux tours sont toujours debout, la couronne d'épine a migré à l'Hôtel de Ville et la rosace et le bourdon sont apparemment sauvés.

Plus de 850 ans après son édification, ce chef-d’œuvre du gothique primitif a traversé l'Histoire de France, devenant un symbole culturel et touristique de la capitale. Notre-Dame est le monument le plus visité du monde, avec 12 millions de personnes chaque année qui franchissaient ses portes. L'écrivain britannique Ken Follett raconte à l'AFP ce qu'il a ressenti: "Elle incarne notre relation avec l'Histoire. La construction de Notre-Dame a commencé en 1163, il y a presque 1000 ans. Quand on voit un tel édifice être détruit, c'est comme si quelqu'un mourrait."

Du cinéma à la comédie musicale en passant par les arts plastiques et la chanson (Edith Piaf notamment), la cathédrale est également un lieu qui a inspiré les artistes. C'est évidemment la littérature qui lui a donné ses lettres de noblesse, la rendant intemporelle grâce au roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, publié en 1831.

Depuis hier, les réseaux propagent cet extrait prémonitoire : "Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée."

Ce grand classique de la littérature française, adapté par le 7e art comme sur la scène, est publié chez tous les éditeurs. Les quatre dernières rééditions sont parues chez Pocket (février), Thélème (décembre 2018), en version lue, L'école des loisirs, en poche, abrégé par Bernard Noël (août 2018), et Classiques Garnier dans une édition critique de Marius François Guyard (mars 2018). En 2016, les éditions des Saints-Pères avaient édité le manuscrit dans un ouvrage rare.

Extrait de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo

Les grands édifices, comme les grandes montagnes, sont l'ouvrage des siècles. L'art nouveau prend le monument où il le trouve, s'y incruste, l'assimile, le développe à sa fantaisie et l'achève s'il peut. La chose s'accomplit sans effort, sans réaction, suivant une loi naturelle et tranquille. C'est une greffe qui survient, une sève qui circule, une végétation qui reprend. Certes, il y a matière à bien gros livres, et souvent histoire universelle de l'humanité, dans ces soudures successives de plusieurs arts à plusieurs hauteurs sur le même monument. L'homme, l'artiste, l'individu s'effacent sur ces grandes masses sans nom d'auteur ; l'intelligence humaine s'y résume et s'y totalise. Le temps est l'architecte, le peuple est le maçon.
 

Citons aussi Sylvain Tesson, " chat de gouttière " qui aime passer du temps dans les clochers, a également rendu hommage au bâtiment, et à ses vertus rédemptrices, dans Une très légère oscillation (Les Equateurs, 2017, et en poche chez Pocket, 2018). Il y écrit notamment " Je crois à la mémoire des pierres. Elles absorbent l'écho des conversations, des pensées. Elles incorporent l'odeur des hommes. Les pierres sauvages des grottes et les pierres sages des églises rayonnent d'une force mantique. On est toujours saisi quand on pénètre sous une voûte de pierre qui a abrité les hommes. "

Le parvis de Notre-Dame et l'île de la Cité ont souvent été le décor de romans, policiers ou plus littéraires. Gérard de Nerval a dédié un poème à l'édifice dans Odelettes (1834), disponible dans Sylvie (Librio, en poche, 2012).

"Notre-Dame de Paris" - Gérard de Nerval

Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu'elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d'une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !
Bien des hommes, de tous les pays de la terre
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,
Toute ainsi qu'elle était, puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l'ombre d'un mort !

 

Notre-Dame glorifié aussi par Théophile Gautier, en 1838 (La comédie de la mort, Le chat rouge, 2010). Toujours en poésie, Charles Péguy avait écrit La Tapisserie de Notre-Dame, présentation de la ville à sa cathédrale. Poème que l'on retrouve dans Œuvres poétiques et dramatiques de l'auteur (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2014).

La bande dessinée s'est aussi emparée de ce patrimoine avec Dans les coulisses de Notre-Dame de Paris d'Elodie Font et Joël Alessandra (Jungle, 2017). Dans un autre registre, Gotlib a parodié le film adapté du roman de Victor Hugo dans Cinémastock vol. 2 (Dargaud, 1976). Toujours d'après Hugo, la série Notre-Dame de Paris de Benjmain Lacombe est éditée en intégrale chez Soleil (2013). Jean-Claude Servais faisait étape sur l'île de la Cité dans le troisième tome des Chemins de Compostelle (Dupuis, 2016). Sans oublier le premier volume des Voyages de Jhen: Paris, série d’Yves Plateau et Jacques Martin (Casterman, 2006).

Enfin, il y a les beaux livres ou les ouvrages historiques et architecturaux sur Notre-Dame de Paris et ses joyaux. Les éditions du Signe ont réédité en décembre dernier Notre-Dame de Paris : au carrefour des cultures, beau livre photographique de Marie-Jeanne Coloni et Frantisek Zvardon. Si les ouvrages autour des photos de Daguerre, qui figea Paris à l'époque du roman de Victor Hugo, sont introuvables aujourd'hui, on retrouve la cathédrale dans le beau livre Les plus belles églises d'Europe de Guillaume de Laubier et Jacques Bosser (La Martinière, 2018) ou dans la somme de référence Notre-Dame de Paris – la grâce d’une cathédrale (Place des victoires/NuéeBleue, 2012).

Jacques Charles-Gaffiot avait de son côté retracé le parcours de la relique de la couronne d'épines du Christ dans Une passion française : la couronne d'épines (Cerf, 2014). N'oublions pas au passage les légendaires gagouilles, dont un document compile toutes celles de la capitale: Les gargouilles de Paris de Claude Tuot (CREER, 2016). Puisque l'on évoque les gargouilles, il y a aussi le beau-livre illustré de Michael Camille, paru chez Alma en 2011, qui présente Les gargouilles de Notre-Dame et ce qu'elles symbolisent.

On peut aussi flâner autour de l'église avec Cité, nef de Paris, récit de voyage d'André Suarès (Les éditions de Paris - Max Chaleil, février dernier). Ou on peut vouloir tout savoir sur elle dans le guide historique de Francis Lecompte et Jacques Guillard, Notre-Dame de Paris, Île de la Cité et Île Saint-Louis (Massin, 2017). Les éditions de la Sorbonne et le Comité d'histoire de la ville de Paris ont retranscrit et 2016 le colloque Notre-Dame et l'Hôtel de ville : incarner Paris du Moyen Âge à nos jours, préfacé par Anne Hidalgo. De même, le colloque tenu au Collège des Bernardins à l'occasion des 850 ans de la cathédrale, Notre-Dame de Paris, 1163-2013, a été publié par Brepols en 2013.


 

 
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