« Nootilus, c’est un exercice assez simple : créer des liens entre les livres et la BD, et surtout entre les lecteurs », introduit Maxe L’Hermenier, directeur du nouveau label des éditions Bamboo et ancien directeur de la collection « Pépites » chez Jungle.
Pour Nootilus, l'éditeur a pour ligne directrice l’adaptation en bande dessinée de classiques du patrimoine littéraire et de romans contemporains. Il en cosigne d'ailleurs le titre inaugural, L’Odyssée, avec Thomas Labourot à l'illustration. L'album adapté de l'œuvre d'Homère paraîtra en juillet et devrait bénéficier d'un premier tirage de 15 000 exemplaires. Sept à huit titres devraient paraître chaque année.
Couverture de L’Odyssée de Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot (Nootilus)- Photo NOOTILUS (BAMBOO)Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Un pont entre les lecteurs
Nootilus entend s’adresser aux jeunes en adaptant des œuvres, non seulement classiques, mais aussi inscrites au programme de l’Éducation nationale. Pensées comme un véritable outil d’apprentissage, les BD comporteront 8 à 10 pages de carnets pédagogiques, réalisés par des professeurs.
Précisant qu’il s’agit d’une « expérience de lecture complémentaire », Maxe L'Hermenier explique qu’il n’y a aucune volonté de détourner les jeunes lecteurs des œuvres classiques, au contraire : « Nous voulons créer une passerelle entre les lecteurs de bande dessinée et les lecteurs de roman, pour qu’ils puissent échanger autour d’une même œuvre ».
En plus de rapprocher deux lectorats, Maxe L’Hermenier détaille l’engagement du label pour la lecture chez les jeunes : « Ce label est aussi là pour aider les petits lecteurs. Pour les ados, c’est de plus en plus compliqué de lire : la bande dessinée peut permettre d’ouvrir des portes et donner envie de découvrir l’œuvre originale ».
Partant d’une liste officielle de l’Éducation nationale qui recense les livres étudiés au programme, le label se développe au contact des professeurs : « Ce qu’aiment les professeurs et le grand public, c’est qu’il s’agit d’une autre façon de lire les classiques et les romans : le récit prend vie graphiquement et c’est un levier pédagogique assez puissant. »
« C’est un label qui ne part pas de zéro »
Ce concept éditorial n’est pas nouveau pour l’éditeur. Pour la collection « Pépites » chez Jungle, il avait déjà adapté plusieurs romans classiques en BD, dont La rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat, qui s’est vendu à plus de 65 000 exemplaires. L’Île au crâne d’Anthony Horowitz s’est quant à lui vendu à près de 30 000 exemplaires.
Lui-même auteur de plus de 70 bandes dessinées, Maxe L’Hermenier raconte s’être rapproché de l’Éducation nationale depuis dix ans, ce qui l’a conduit à décrocher des partenariats avec les éditions Belin et Hatier : « Certaines de mes adaptations sont étudiées à l’école, comme La Ferme des animaux, par exemple. » Fort d’une solide expérience dans cette niche éditoriale, l’auteur et éditeur embarque avec lui son équipe de dessinateurs et dessinatrices.
Saluant l’esprit familial chez Bamboo, il précise : « Mon nom a commencé à marquer les gros éditeurs, Nootilus est un label qui ne part pas de zéro ». Il ajoute : « On a eu la chance qu’Hatier et Belin se soient intéressés à ce que je faisais, le reste, c’est du bouche-à-oreille. Sur Nootilus, je n’ai pas eu de difficultés à expliquer le concept et à obtenir les droits. »
Un atout commercial
L’enjeu de ces adaptations est de convaincre les romanciers et éditeurs de deux choses : que l’œuvre originale soit respectée et qu’il y ait un marché : « Ce type d’adaptation encourage la lecture et a un potentiel commercial assez solide pour les libraires : il y a un public scolaire important. » L’Éducation nationale représente la moitié des ventes et constitue un levier pour faire connaître les adaptations : « C’est un moteur assez fort qui nous a permis de nous imposer avec une image professionnelle et sérieuse. »
Le processus d’adaptation
Maxe L’Hermenier raconte son processus d’adaptation, y compris comme auteur : « J’essaie de me mettre à la hauteur d’un enfant qui découvre l’œuvre pour la première fois. J’essaie de vulgariser certains dialogues, de rendre l’œuvre grand public, tout en expliquant bien qui est Ulysse. Je retire certains éléments qui, pour moi, ne sont pas essentiels à la compréhension de l’œuvre, tout en gardant exactement les mêmes bases. » L’auteur explique que, dans ce cas, le travail de coordination avec le dessinateur est particulièrement important pour « incarner certaines scènes ».
Une proposition unique
« Au collège, j’aurais bien aimé avoir la bande dessinée de L’Odyssée. Ce n’est pas que j’ai pris en grippe le récit d’Homère, mais quand c’est un cadre qu’on nous impose, c’est toujours particulier. Le Maxe adolescent aurait apprécié la BD et j’aurais peut-être lu le roman davantage avec le sourire ». Le label précise que la sortie de L’Odyssée concordera avec celle du film de Christopher Nolan afin de capter un public plus large. Les prochaines sorties prévues sont pour 2027 : des adaptations de La Balafre de Jean-Claude Mourlevat, Sans famille d’Hector Malot et, évidemment, Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne.

