Mort d’une traductrice | Livres Hebdo

Par Fabrice Piault, le 05.05.2017 Édito par Fabrice Piault, rédacteur en chef

Mort d’une traductrice

Avec la mort de Sylvie Gentil, victime vendredi 28 avril à 59 ans d’un cancer foudroyant, c’est non seulement une traductrice majeure de la littérature chinoise qui disparaît, mais aussi une personnalité emblématique de son métier, trop souvent réduit à une prestation technique. Seule traductrice littéraire du mandarin en français installée à demeure à Pékin depuis plus de trente ans, elle a fait de sa connaissance intime du pays une force de découverte. Elle a réalisé, dès le début des années 1990, les premières traductions en français du futur prix Nobel de littérature 2012, Mo Yan, en commençant par Le clan du sorgho, avec Pascale Wei-Guinot. Elle a largement contribué à faire connaître une nouvelle génération d’écrivains qui a émergé en Chine au tournant des XXe et XXIe siècles avec une autofiction désabusée, voire une critique sociale radicale, traduisant Xu Xing, Mian Mian, Tian Yuan, Liu Suola, Feng Tang, Li Er ou Yan Lianke.

L’action de Sylvie Gentil, dans le contexte de bouleversement profond que la Chine a connu, donne tout son sens à la décision salutaire de Grasset. La maison va désormais inclure sur la jaquette de tous ses romans étrangers, sous la présentation de l’auteur, une brève présentation de son traducteur. Une initiative qu’on espère voir reproduite par les autres éditeurs de littérature étrangère.

Au terme d’une campagne présidentielle au cours de laquelle sont revenues au premier plan les questions des frontières, du rapport à l’autre et aux autres, et qui a vu progresser la tendance au repli, la vie de cette passeuse passionnée et scrupuleuse souligne également les enjeux culturels et économiques de l’ouverture et de l’échange. Ceux-ci sont de même au cœur du parcours, entre France et Belgique, de Maurice Olender. Livres Hebdo a visité à Bruxelles l’étonnante bibliothèque de ce polyglotte érudit. L’historien et éditeur publie dans quelques jours, avec Un fantôme dans la bibliothèque, son livre le plus intime depuis Les langues du paradis. Un livre qui, il y a vingt-huit ans, faisait déjà ressortir la matrice commune aux peuples des différentes régions de la planète.

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