Georges Borchardt, « l’agent qui lit » comme l’appelait Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, est décédé le 18 janvier. Il avait 97 ans.
Figure majeure de l’édition internationale, il fut un agent d’exception et un passeur essentiel entre les littératures, notamment transatlantiques. Dès l’après-guerre, il a contribué de manière décisive à faire connaître des auteurs français sur le marché américain, avant de consacrer son engagement à la représentation d’écrivains, notamment américains, avec une exigence et une fidélité rares.
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Rescapé de la Shoah, il nourrissait par son histoire personnelle, singulière et marquante, une vision profondément humaniste de la littérature. Pendant plus de 60 ans, il a défendu des voix fortes, convaincu que les livres comptent, qu’ils transforment et qu’ils laissent une empreinte durable. Jusqu’aux dernières semaines, il transmettait encore aux nouvelles générations, accompagnait, conseillait, fidèle à cette idée que la littérature est avant tout une aventure collective.
« Pour la profession, Georges Borchardt était bien plus qu’un agent légendaire : un mentor, un homme d’une grande intégrité, animé par une curiosité intacte et un sens aigu de la transmission », lui rend hommage France Livre dans un communiqué.
« Les vies individuelles jouaient un rôle central dans ce milieu »
Auprès de Livres Hebdo en octobre 2025, il était revenu sur son parcours d’agent arrivé à 19 ans aux États-Unis. « Les vies individuelles jouaient un rôle central dans ce milieu. Cela rendait les rapports humains passionnants », nous expliquait-il, évoquant aussi ses débuts difficiles : « Je n’avais pas de quoi payer mon loyer. J’ai d’ailleurs organisé la vente aux enchères des mémoires de De Gaulle… dans mon salon qui me servait aussi de chambre ! Je recevais ainsi les éditeurs dans la salle de bain, c’était étrangement la seule pièce présentable. Puis Anne a commencé à travailler avec moi. J’ai alors osé représenter aussi des auteurs anglophones. Beaucoup de choses dans ma vie se sont faites par hasard. »
On doit à Georges Borchardt l’introduction aux États-Unis d’auteurs majeurs comme Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Elie Wiesel, Monique Wittig, Marguerite Duras ou encore Samuel Beckett. Homme discret mais central, l’agent littéraire, incarnait un lien vivant entre la littérature française et le monde anglophone, entre mémoire et transmission.
