Disparition

Massin, maître du graphisme et de la typo, est mort

Massin - Photo OLIVIER DION

Massin, maître du graphisme et de la typo, est mort

Il a révolutionné les couvertures, la mise en texte et la typographies depuis les années 1950. Massin, est mort, laissant derrière lui une œuvre considérable qui remplit nos étagères avec son style visuel unique.

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Par Vincy Thomas,
Créé le 09.02.2020 à 22h59,
Mis à jour le 10.02.2020 à 05h51

Le graphiste, directeur artistique, typographe et auteur Robert Massin est mort le 8 février 2020 à l’âge de 94 ans, a-t-on appris par Gallimard. Sa compagne, Monique Langlois-Ducourneau, nous indique qu'il "a été victime d'un hématome cérébral."

Né le 13 octobre 1925, dans l’Eure-et-Loir, dans la plate Beauce, pas loin d’Illiers, patrie proustienne, il signait sous le nom de Massin, mais utilisait également plusieurs pseudonymes comme Claude Menuet, Jacques Brells, leslie Grant, Laurent Dherbécourt. Formé par Pierre Faucheux, il débute avec le Club français du livre et le Club du meilleur livre.
 
La cantatrice chauve par Massin
Engagé par Gallimard

En 1958, le nouveau directeur général de Gallimard, Claude Gallimard, le fait entrer dans la maison. Il va marquer le début d’une longue collaboration, transformant l’image de la maison, redessinant le logo « NRF », supprimant le terme librairie des couvertures. Il commence à imposer son style avec les collections de poésie et de théâtre. Exercices de style ou Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau et La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco deviennent des classiques en matière de direction artistique.  Il ouvre la voie vers une nouvelle manière de mettre en scène les livres, 30 ans après Cassandre.
 
Les couvertures de Proust par Massin pour Folio
Claude Gallimard l’invite, lors du lancement de la collection poche de l’éditeur, Folio, à imaginer l’identité visuelle des couvertures : fond blanc et illustration. Il lancera par la suite la charte de la collection l’Imaginaire, qui a été reliftée il y a deux ans mais qui a conservé son fond blanc, et celle des poches Poésie. « Il n’y a que deux choses que je n’ai pas contrôlées : les couvertures de la "Série noire", sur lesquelles il n’y avait rien à redire, et "L’univers des formes", une collection de beaux livres en coédition internationale, qui a duré près de trente ans » expliquait-il il y a quatre ans dans un entretien à Livres Hebdo.

Débauché par Hachette

Début 1979, « Massin est débauché par Hachette-Réalités au grand dam de Gallimard dont il était le directeur artistique. C'est une fantastique prise de guerre pour la maison, car ce type-là est un as du graphisme » rappelle dans Livres Hebdo Jean-Loup Chiflet. Massin explique dans son entretien à Livres Hebdo : « j’étais encouragé au départ par Bernard Fixot, alors directeur commercial de Gallimard, qui m’incitait à le suivre chez Hachette où il était parti prendre la direction  des Editions N° 1 ». La séparation avec Gallimard fut « violente ». Cela ne dure qu’un an puisque Lagardère reprend Hachette.
 
"L'imaginaire" par Massin
Il revient chez Gallimard indirectement. Claude Gallimard, qui ne lui parlait plus, lui propose la direction artistique de Denoël, où il reste deux ans. Il travaille alors en freelance, pour une dizaine d’éditeurs comme Albin Michel, Robert Laffon, Hoëbeke.

En liberté

Il a également crée l'association Typographies expressives, qui publie Les Zazous en 2009 sous le nom de Claude Menuet. Il a écrit de nombreux ouvrages de réflexions sur le graphisme (La mise en page, chez Hoëbeke, Azerty, l'alphabet du monde chez Gallimard, entre autres), des essais  (notamment Comment je suis devenu graphiste, autoédité, et Style et Écriture : Du rococo aux arts déco, chez Albin Michel), quatre romans (La branle des voleurs et Les compagnons de Marjolaine à La table ronde, La dernière passion, chez Albin Michel et La cour des miracles, chez Payot), des livres de mémoires (Une enfance ordinaire et Le pensionnaire chez Gallimard).. On lui doit aussi des livres jeunesse (Jouons avec les lettres, Jouons avec les chiffres, tous deux au Seuil jeunesse, Le monde sens dessus dessous et Le Piano des couleurs, chez Gallimard jeunesse), un Journal en désordre 1945-1995 (Robert Laffont). Sans oublier son autobiographie, D’un moi l’autre : une traversée du siècle, publiée chez Albin Michel en 2016.
 
L'or de Blaise Cendrars dans sa monographie publiée par Phaidon
Son travail a fait l’objet d’une sublime monographie de Laetitia Wolff, Massin, parue chez Phaidon en version bilingue en 2007.

De son art, il analysait les tendances actuelles ainsi : « J’ai toujours eu une admiration pour le travail des Suisses - notamment les éditions Diogenes -, des Italiens, des Allemands et même des Hollandais. Mais, depuis quelques années, j’éprouve un sentiment d’uniformité. Par exemple, les collections de romans étrangers, qui épousent toutes les mêmes contraintes, y répondent en se ressemblant toutes plus ou moins. Chaque couverture prise séparément est souvent réussie, mais quand vous regardez de loin une table en librairie, vous avez un peu l’impression que tout est pareil. »
 

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