Suite au décès du militant d’extrême droite Quentin Deranque, plusieurs commerces situés dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon, ont été la cible d’actes de vandalisme et de dégradations dans la nuit du 14 au 15 février. Parmi ces lieux, la librairie militante et autogérée La Plume Noire, liée à l’Union communiste libertaire (UCL), dont la devanture a été taguée par des messages tels qu’« assassin » et des croix celtiques.
À ce stade, aucun suspect n’a été identifié. Un membre de la librairie, interrogé par Livres Hebdo, attribue toutefois ces actes à « un groupe de militants d’extrême droite », qu’il estime responsable de l’ensemble des dégradations commises dans le quartier.
Des tags vindicatifs sur la devanture
« On a vu différents tags : des croix celtiques, des messages du type "Mort à Raphaël Arnault" (député de la France Insoumise et fondateur du groupe antifasciste lyonnais La Jeune Garde, ndlr), des inscriptions 161 ou 1161 qui signifient "anti antifascistes", et plus précisément, sur la devanture de La Plume Noire, des croix celtiques et le message "assassin". Ces tags étaient tous de la même couleur ; nous avons donc su qu’il s’agissait du même groupe », détaille-t-il.
Lieu de rassemblement des milieux anarchistes et antifascistes lyonnais, la librairie n’en est pas à sa première attaque. En 1997, à son ancienne adresse, elle avait été victime d’un incendie criminel alors qu’elle s’apprêtait à accueillir un rassemblement de soutien au Monde libertaire, publication de la Fédération anarchiste poursuivie en justice par Jean-Marie Le Pen pour un dessin satirique.
En 2016, La Plume Noire était de nouveau attaquée en marge d’une manifestation catholique traditionaliste. Quatre ans plus tard, deux bénévoles avaient été tabassés, en marge d'une collecte associative, devant la librairie. En 2021, une cinquantaine de militants d’extrême droite avaient attaqué la vitrine de l'enseigne à coups de projectiles, alors même qu’une dizaine de personnes se trouvaient à l’intérieur. Si aucun blessé n’avait été constaté à l’époque, l’équipe en charge de la librairie avait néanmoins déposé une plainte, ayant conduit à l’ouverture d’une enquête pour identifier les auteurs de l’attaque.
« Au vu de l'actualité, on craint que les attaques ne reviennent en force »
« Entre ces différentes attaques, il y a eu différentes pressions, des séances photos devant la librairie, des stickers, des affiches, des tags. Ces deux dernières années, la situation s’était plutôt calmée mais au vu de l’actualité, on craint que ça ne revienne en force », confie le militant.
Interrogé sur une éventuelle procédure judiciaire, le militant récuse. « On sait d’expérience qu’il n’y aura pas de suites engagées. Malgré les vidéos qui avaient filmé l’attaque de 2021, notre plainte avait été classée sans suite », précise-t-il. Alertée, la municipalité a néanmoins procédé à l’effacement d’une partie des inscriptions visant les commerces du quartier.
Ces nouveaux incidents pourraient-ils affecter l’activité du lieu ? Le militant s’en défend : « Cela ne nous a jamais empêchés d’ouvrir nos permanences, de mener à bien nos activités politiques et culturelles, y compris le soir ».
Fonctionnant exclusivement grâce à ses bénévoles, la librairie a un rythme d’ouverture limité. D’ordinaire, elle n’accueille le public que deux fois par semaine dans une plage horaire restreinte. Dans le contexte actuel, l’équipe de la librairie a décidé de n’ouvrir que le samedi. « Le climat est un peu particulier en ce moment, complète le militant. Nous restons vigilants, d’autant plus que nous accueillons du public que nous ne souhaitons pas mettre en danger.
