Elle est la première librairie de Marmande, dans le de Lot-et-Garonne. Installée dans une ancienne papeterie, la librairie Libellule a été fondée en 1992 par le couple formé par Antoine et Valérie Le Chevallier. À la retraite depuis quelques années, les deux libraires ont néanmoins continué à accompagner la librairie avec passion, jusqu’à son dernier souffle. Car malgré une dizaine de propositions échelonnées sur près de quatre ans, aucun projet de reprise n’a abouti, conduisant à la fermeture définitive de la librairie le 31 mai.
« Il y a eu de nombreuses propositions de la part de salariés de la librairie, d’habitants de la ville ou de personnes extérieures mais elles n’ont jamais abouti. Nous avons atteint le point de final, nous ne pouvions plus continuer ainsi… » soupire Stacey N’Gahon, dernière employée de l’enseigne, qui a elle-même tenté de sauver le commerce avec l’aide d’un potentiel repreneur il y a encore deux semaines.
« Les institutions financeront une nouvelle création, mais pas la nôtre »
Ce dernier avait obtenu le soutien financier de l’agglomération, via le réseau régional Initiative, ainsi que celui des banques. Pourtant, en 48 heures, tout a basculé : l’organisme et la municipalité ont finalement fait machine arrière, sans fournir d’explications « claires, satisfaisantes, ou même compréhensibles ». « Cela a été la même chose pour toutes les tentatives de reprise. Les institutions disent qu’elles financeront une nouvelle création en centre-ville, mais pas la nôtre », poursuit Stacey N’Gahon.
D’après Antoine Le Chevallier, également interrogé par Livres Hebdo, la municipalité préfère concentrer ses efforts sur l’animation du centre-ville, qu’elle limite à trois axes principaux : la place du Marché, la place Clemenceau et la rue Charles-de-Gaulle. Théo Halary, l’un des potentiels repreneurs, confirme sur Facebook : « On nous a clairement dit que la librairie n’étant pas sur ces rues, il n’y aurait pas d’aide. »
Pourtant, la librairie Libellule, historiquement située rue de la Libération, a toujours bénéficié d’un emplacement attractif, à proximité de La Poste et à quelques pas de la place du Marché. « Mais la municipalité estime qu’elle n’est pas assez « dans le centre-ville » pour recevoir son soutien », explique Stacey N’Gahon. « On s’est senti relativement seul, mais ce qui me fait vraiment mal au cœur, c’est de voir la librairie disparaître », ajoute Antoine Le Chevallier. D’autant que la librairie affichait une situation économique viable, en dépit des difficultés du secteur et la fermeture progressive de nombreux commerces du centre-ville.
La disparition d'une institution
« J’ai tout de même offert à Marmande, ville d’environ 15 000 habitants, sa première librairie », se souvient celui qui a surmonté un redressement dès les années 2000, avant de contribuer à la vie culturelle locale en participant à la création du festival la BD dans le pré en 2014 et au salon du livre de Marmande, Lire au Jardin, en 2016.
Surtout, la librairie Libellule s’est imposée au fil du temps comme une véritable institution fréquentée de génération en génération. Dotée d’une surface de 300 m², elle a évolué, intégrant un rayon papeterie, une offre de jeu et un vaste espace manga, atteignant jusqu’à 15 000 références. « Désormais, la clientèle devra aller dans les grandes surfaces commerciales ou sur Internet pour trouver une offre similaire », déplore Antoine Le Chevallier, soulignant l’incapacité de la seule autre librairie de la commune, Le Gang de la Clef à Molette, de taille plus modeste, à proposer une diversité comparable.
« Peut-être que c’est le métier qui a changé, que nous n’avons pas vraiment su l’accompagner, mais ce qui est certain, c’est que le secteur s’enlise depuis des années dans une longue pente descendante, sans rebond », poursuit le fondateur. Face à la contraction du marché et à la baisse des budgets alloués aux écoles et médiathèques, le libraire se console en pensant qu’il était peut-être temps de passer la main. En attendant la fin mai, lui et Stacey N’Gahon planifient ainsi le retour d’une partie du fonds de la librairie, et organisent un vaste déstockage avec remises et vente du mobilier.
