Installées le long de la côte atlantique, trois librairies indépendantes ancrées dans le paysage culturel local s’apprêtent à changer de cap. Respectivement fondées en 2015, 2018 et 2023 à la Baule, Le Pouliguen et Pornichet, celles que leur fondatrice Catherine Gaultier surnomme « Les librairies de la Baie », cherchent aujourd’hui un repreneur.
Proche de la retraite mais prête à entamer un nouveau projet à l’étranger, la dirigeante espère transmettre ce trio d’enseignes à un tandem complémentaire - un profil de gestionnaire et un libraire confirmé -, capable d’en assurer la continuité et d’en prolonger la dynamique.
Trois librairies « plus fortes à trois que seules »
« Je crois que les librairies arrivent à une étape de développement qui nécessite l’intervention de quelqu’un qui a une expérience de la gestion d’entreprise. Il y a un travail de mutualisation à poursuivre, j’espère donc que le prochain repreneur reprenne ces trois librairies, plus fortes à trois que seules », confie Catherine Gaultier auprès de Livres Hebdo.
D’autant plus que la librairie du Pouliguen a pour habitude de mutualiser les commandes sur le site de Pornichet, ce qui permet aux deux commerces d’obtenir de meilleures conditions auprès des fournisseurs, mais aussi de minimiser le coût du transport. « À terme, la librairie de Pornichet, qui dispose d’une réserve, pourrait devenir le lieu où les réceptions de commandes ont lieu pour l’ensemble des librairies », suggère Catherine Gaultier.
Encore portée par l’ouverture du dernier magasin, lancé en décembre 2023, l’enseigne aux multiples librairies totalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,5 million d’euros. Elle embauche d’ordinaire six salariés et grimpe à une dizaine en haute saison, temps fort où la population est « multipliée par dix », assure Catherine Gaultier.
« On a la chance d'avoir un territoire très favorable à la lecture »
En dépit des difficultés liées à l’état déclinant du marché, la fondatrice l’affirme : « On a la chance d’avoir un territoire très favorable à la lecture. La population est plutôt âgée, aisée et éduquée. Autrement dit, elle a les moyens, le temps et le goût de la lecture, et est très attachée à la transmission de la pratique de la lecture aux enfants et aux petits-enfants. »
Mais pour comprendre la structuration de ces trois entités, il faut remonter en 2013, date à laquelle le Hall des informations, librairie de 400 m² installée à la Baule depuis 1965, perd brutalement sa propriétaire. Très attachée à l’enseigne, Catherine Gaultier, formée quelque temps plus tôt au métier de libraire, se rapproche du marchand de bien qui a repris le local pour y établir un restaurant de front de mer.
En 2015, Catherine Gaultier obtient finalement les clés de l’espace de 90 m² qui fût, à l’époque, l’ancienne réserve de la librairie, et la baptise la librairie Lajarrige. Par la suite, le projet, qui sera soutenu tout du long par le Centre national du livre (CNL), l’Adelc et l’École de la librairie, se déploie une première fois avec la librairie du Pouliguen.
Un modèle singulier
Lancée en 2018, l’enseigne cadette vient soulager le magasin initial, pris d’assaut par un important afflux de clientèle saisonnière qui a un temps compliqué les conditions d’accueil et de circulation. Initialement pensée pour une ouverture partielle, la librairie du Pouliguen, forte de son succès, accueille finalement la clientèle toute l’année. En décembre 2023, Catherine Gaultier renouvelle l’expérience. À Pornichet, elle repère un établissement de 133 m² de surface commerciale. « L’occasion fait le larron », s’amuse-t-elle.
Aujourd’hui, les librairies de la Baie défendent un modèle singulier : elles constellent la baie du Pouliguen, situées à quelques kilomètres seulement les unes des autres. « C’est un modèle généré par le territoire, une forme d’adaptation aux dynamiques saisonnières de la baie », analyse Catherine Gaultier.
Au fil du temps, chacune des trois enseignes indépendantes, d’ailleurs membres de l’Alip (Association des librairies indépendantes des Pays de la Loire) ont également affirmé leur identité : littérature et sciences humaines pour la première (12 000 références), régionalisme pour la deuxième (6 500 références), et jeunesse et BD pour la troisième (9 000 références) qui vise une clientèle plus familiale encore que les deux autres. Une opportunité locale à préserver des courants.
