Après les fermetures de plusieurs magasins Furet du Nord et Decitre, c’est désormais une autre entité du groupe Nosoli, placé en redressement judiciaire en juin dernier, qui se trouve en difficulté. Rachetée par le groupe en 2023, La Générale Librest (anciennement la Générale du livre ou « GL » pour les professionnels du livre), qui se présentait jusque-là comme un grossiste et une plateforme mutualiste du livre, a récemment mis un terme à son activité de distribution pour le compte d’éditeurs, mais aussi à son activité de comptoir pour les librairies indépendantes de l'est parisien.
Si le transfert de l’activité logistique de la plateforme d’Ivry-sur-Seine vers le siège du groupe Tourcoing a débuté en 2024 dans le cadre de la restructuration du groupe, la cessation de l’activité de distribution, elle, n’a pourtant donné lieu à aucune notification officielle auprès des partenaires de La Générale Librest.
Des nouvelles du plan de redressement judiciaire qui touche Nosoli
Les activités liées aux collectivités et aux marchés publics ne sont pas concernées
Seule une poignée d’éditeurs, inquiétés par des relevés de ventes manquants, des factures impayées et le placement en redressement judiciaire du groupe, ont réussi à obtenir des explications. Dans un mail reçu par l’un d’entre eux le 10 août dernier, et consulté par Livres Hebdo, La Générale Librest annonce ainsi la fin de la prestation : « Dans le cadre de la transformation et de la réorganisation du groupe Nosoli, nous avons pris la décision de mettre fin à notre activité de distribution pour compte des éditeurs. Cette décision entraîne donc l’arrêt de la prestation que nous assurons actuellement pour votre maison d’édition. »
Contactée par Livres Hebdo, la direction a confirmé, indiquant que le transfert de l’activité de la Générale Librest dans le cadre de la réorganisation du groupe a entraîné « l’arrêt des seules activités historiquement rattachées au site parisien, comme l’activité de comptoir destinée aux librairies indépendantes ou encore l’activité de distribution pour le compte d’éditeur. » Elle précise également que cette décision ne concerne pas les autres activités, à savoir celles dédiées aux collectivités et aux marchés publics.
Pour les éditeurs concernés, essentiellement de petites structures dont l'activité éditoriale ne constitue pas toujours la première source de revenus, l’annonce n’a toutefois fait que confirmer une situation déjà latente sur le terrain, marquée par de nombreux dysfonctionnements et de longs mois de silence. Directement affectée par le redressement judiciaire du groupe, la Générale Librest a en effet vu ses créances gelées et ses dettes suspendues. Les ventes réalisées par les éditeurs avant le 1er juin ont donc été mises en suspens et leur recouvrement renvoyé à un calendrier judiciaire encore incertain.
« Depuis plusieurs mois, le contact avec La Générale Librest a été particulièrement difficile »
Or, pour les acteurs partenaires de la plateforme, c’est avant tout l’opacité de la manœuvre et le sentiment d'avoir été mis devant le fait accompli qui provoquent le plus de ressentiment. « Je travaille avec la GL depuis 2016 et ça s’est toujours très bien passé, mais depuis janvier, c’est du vrai n’importe quoi et personne ne répond à nos sollicitations », témoigne un éditeur jeunesse qui, après avoir recensé trois mois de factures impayées, se voit désormais contraint d’assurer lui-même sa distribution.
« Pendant plusieurs mois, le contact avec la GL a été particulièrement difficile. Pour obtenir des informations, il m’a fallu monter à Paris pour évoquer les retards de livraison, de paiements et ce qu’elle me devait sur les ventes », rapporte un autre éditeur basé à Caen, qui a préféré mettre un terme au contrat le reliant à la Générale Librest lors du placement en redressement judiciaire du groupe, et a depuis changé de distributeur.
Si l'ampleur des dégâts ne peut être comparée aux difficultés de Makassar, il reste que la perte de l'outil logistique a parfois fortement déstabilisé le fonctionnement des éditeurs concernés. Elle les prive en effet d’un dispositif de mise en place des nouveautés et de réassort, paralysant donc la commercialisation des ouvrages, et les contraint à se tourner, dans la mesure du possible et dans l’urgence, vers un autre distributeur, ou d'opter pour l'auto-distribution. Directeur général de Dod & Cie, David Rupied indique avoir été sollicité dès juin par un premier éditeur historique de la Générale Librest, suivi depuis par environ quatre autres structures.
« Il n’y a eu aucun accompagnement »
À défaut d’un courrier officiel formalisant l’arrêt de la distribution, certains éditeurs indiquent également avoir été informés, courant juillet, d’une possible réorganisation de l’activité, avec une distribution désormais envisagée non plus depuis Ivry-sur-Seine, mais depuis le siège social, à Lille. Une option qui n’aura finalement pas abouti.
« Il n’y a eu aucun accompagnement, on nous a pris au dépourvu et on nous a complètement plantés. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout confiance en cette société. La perte financière, je m’en remettrai, mais les méthodes sont, elles, très discutables », fulmine un autre éditeur, pourtant en lien avec la Générale Librest depuis une vingtaine d’années.
Par ailleurs, seuls les éditeurs ayant reçu le courrier de La Générale Librest au début du mois d’août se sont vu proposer un suivi de l’état de leur stock ainsi que la possibilité de le récupérer, sans qu’aucun calendrier ait toutefois été fixé. Invité à réagir, le groupe Nosoli n'a pas souhaité détailler la décision d'arrêt de l'activité de distribution de la plateforme.
Une plateforme mutualiste du livre
Plateforme technique et commerciale, la Générale Librest est née en 2009 du rachat de la Générale du Livre à France Télécom. À l’époque, le réseau de librairies parisiennes Libr’Est, sous l’impulsion de Renny Aupetit, avait repris l’entreprise et l’avait développé pendant près d’une dizaine d’années. En 2018, Renny Aupetit cédait sa place à Georges-Marc Habib.
Également distributeur et grossiste, la GL assurait jusque-là la mise en place des nouveautés et le réassort des titres de ses éditeurs partenaires. Installée dans un espace de 950 m² à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, elle exerçait trois activités : la vente aux collectivités, la distribution des ouvrages de petits éditeurs et diffuseurs de presse dans un réseau national, et la vente aux particuliers via le site Lalibrairie.com.
En 2023, année de son rachat par Nosoli, la GL employait encore une équipe d’une vingtaine de personne et réalisait un chiffre d’affaires estimé à 8 millions d’euros. Aujourd’hui, ses activités de vente aux collectivités, ainsi que la gestion de la plateforme de e-commerce et du portail internet Lalibrairie.com sont maintenues.
