Disparition

Liban : l'assassinat de l'éditeur et auteur Lokman Slim, entre hommages et interrogations

Lokman Slim - Photo CAPTURE D'ÉCRAN F24

Liban : l'assassinat de l'éditeur et auteur Lokman Slim, entre hommages et interrogations

L'éditeur, écrivain et cinéaste a été retrouvé tué par balle le jeudi 4 février, dans le sud du Liban. En parallèle des tribunes et rassemblements en hommage à ce militant anti-Hezbollah, la question de l'assassinat politique est soulevée par ses proches.

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Par Dahlia Girgis,
Créé le 08.02.2021 à 16h37,
Mis à jour le 08.02.2021 à 17h56

"Lokman Slim pourfendait la pensée unique imposée dans la communauté chiite au Liban par le Hezbollah", réagi ce lundi 8 février, la journaliste Maya Khadradans dans une tribune publiée dans Le Monde. Elle rend hommage à l'éditeur, écrivain et cinéaste retrouvé tué par balles dans la tête et le dos jeudi 4 février, dans les environs de Nabatieh, au sud du Liban.

Âgé de 58 ans, l'éditeur dénonçait régulièrement la mainmise du Hezbollah, parti politique chiite. Les partisans du parti avaient menacé à plusieurs reprises l'écrivain, notamment à son domicile. Ses proches ont émis dans la presse locale un lien entre sa disparition et ses opinions politiques. Ils ont également souhaité l'ouverture d'une enquête internationale.

Lokman Slim assassiné : au Liban, il incarnait le courage de dire «non», reprend pour sa part Jean-Pierre Perrin dans Libération. Le journaliste poursuit « C’est vrai qu’il était bien seul, tel Don Quichotte en guerre contre les moulins du sectarisme religieux ». Même son de cloche dans L’Orient Le Jour, où la rédaction parle d’un homme « libre ». Sa liberté par exemple d’évoquer dans les médias locaux l’implication du Hezbollah (Partie de Dieu), dans l’explosion du port de Beyrouth en août dernier. Une partie de la cargaison de nitrate, qui avait causé l’accident, avait pu être transférée en Syrie pour servir dans la guerre civile syrienne avait expliqué l’éditeur.

Choc international

Des dizaines de manifestants se sont réunis samedi sur la place Samir Kassir à Beyrouth, afin de rendre hommage à cet intellectuel. Un autre rassemblement est annoncé le 11 février, tandis que des réactions venues du monde entier se sont multipliées.

Bodour-Al-Qasimi, présidente de l'Union Internationale des Editeurs, exprime ainsi ses interrogations: "Nous avons été attristés d'apprendre la perte de Lokman Slim, un membre estimé de la communauté internationale de l'édition. Son meurtre, apparemment pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression, appelle une enquête internationale sur sa mort. Nous devons veiller à ce que les autres n'aient pas peur de se taire."

Parcours d'un intellectuel engagé

Né au Liban dans une famille chiite en 1962, Lokman Slim est venu en France étudier la philosophie à la Sorbonne. Il est retourné à Beyrouth en 1988, où deux ans plus tard, il a fondé la maison d'édition Dar-al-Jadid. Dans une interview dans Les clés du Moyen-Orient, l'éditeur déclarait : "je souhaitais faire avec cette maison des prototypes de livres d’un haut standard de qualité, dans tous les sens du terme...on a publié des livres brise-tabou."

Documentaliste, Lokman Slim dirigeait avec sa campagne Monika Borgmann, l’Umam Documentation et Recherche. L'organisation regroupe journaux, livres et publications, en lien avec la guerre civile de 1975 à 1990. Egalement cinéaste, il avait co-réalise Massaker (2004), consacré au massacre de Sabra et Chatila, (1982) et Tadmor sur le bagne syrien de Palmyre.


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