19 août > Roman France

Ecrivaine sensible et éditrice avisée, Brigitte Giraud avait sobrement intitulé son roman, paru il y a dix ans, J’apprends. L’affirmation pourrait sortir de la bouche d’Olivio, le narrateur de Nous serons des héros, son onzième livre. Lui aussi apprend. D’abord "trop tard et trop loin", sur la route de la France, la mort de son père, opposant politique emprisonné par la Pide, la police secrète de Salazar. Il apprend la fuite et la vie à Lyon, seul avec sa mère et un chaton baptisé Oceano, dans l’appartement d’un couple d’amis de son père. Il apprend la perte et le français. On est en 1969, l’enfant va avoir 9 ans.

En quatre temps, le roman déploie les cinq premières années de l’exil d’Olivio et de sa mère jusqu’à la "révolution des œillets" et au premier été suivant en 1974. La mère, qui a été embauchée dans une usine de feux d’artifice, et l’enfant vivent dans un appartement HLM dans la Zup près d’une caserne et d’un camp militaire. Solitaire et discret, il se rapproche d’un camarade d’école, Ahmed, algérien. Puis sa mère lui présente Max chez qui ils s’installent. Il a 12 ans. Il grandit en cherchant à se souvenir d’une histoire parcellaire, dans l’ombre de deux figures viriles oppressantes : le père manquant, ce héros inconnu, et un beau-père pied-noir, divorcé et père d’un fils plus jeune, qui travaille à la maintenance des lignes électrique et s’énerve facilement. La mère, qui s’emploie à amortir les conflits, n’évoque jamais le Portugal. Tout se tend doucement, la colère monte avec le dépit, le sentiment de rester un étranger, un intrus.

On admire une nouvelle fois la phrase sans apprêt de Brigitte Giraud, la dramaturgie simple de ces scènes qui n’ont pas d’épilogue, n’assènent aucune leçon, sa façon de donner l’impression qu’elle n’en sait pas plus que son personnage, qu’elle avance à son rythme sur les traces d’un passé mouvant. V. R.

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