Les Français en force à la 4e Foire du livre de jeunesse de Shanghai | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Shanghai, le 20.11.2016 à 20h33 (mis à jour le 21.11.2016 à 17h15) Chine

Les Français en force à la 4e Foire du livre de jeunesse de Shanghai

Foire de Shanghai 2016 - Photo CLAUDE COMBET / LH

Présent pour la première fois à la China Children's Book Fair de Shanghai, le stand français du Bureau international de l'édition a été un des pôles d'attraction de la manifestation, miroir d'une édition pour la jeunesse chinoise plus professionnelle.

Le stand du Bureau international de l'édition (Bief) a été pris d'assaut pour sa première présence à la Foire internationale du livre de jeunesse de Shanghai (CCBF, China Children's Book Fair), organisée par la Shanghai Press and Publication Administration (SPPA) et Reed Exhibition China, du 18 au 20 novembre.

Pas moins de 25 maisons étaient représentées sur les 108 m2 de l'espace, idéalement situé à l'entrée de la foire, dont les tables n'ont pas désempli. Les visiteurs feuilletaient tous les livres, se les disputaient ou photographiaient chacune des pages comme celles des pop-uns des Grandes personnes. "C'est le stand le plus fréquenté et il y a un réél intérêt pour la créativité de l'édition de jeunesse française" constate Jean-Guy Boin, directeur du Bief.
 
Photo CLAUDE COMBET / LH

Plus dans le classicisme

"Les éditeurs chinois n'ont plus peur des nouveaux graphismes, des grands formats, des constructions littéraires qui ne sont pas linéaires. Ils ne sont plus dans le classicisme" déclare l'agente Hannele Legras qui représente les éditions Courtes et longues, Les fourmis rouges, MeMo et Rue du monde. "Ils réclament des choses qu'ils m'ont refusées à la Foire de Pékin il y a cinq ans" ajoute-t-elle. "Ils ne reculent pas devant des beaux livres chers à fabriquer. D'ailleurs, ils possèdent le savoir-faire en matière de pop-up. Mais ils s'intéressent même à nos titres avec découpe laser" souligne Anne Vignol, responsable des droits d'Hachette Jeunesse. "On sent une curiosité extrêmement large, y compris pour la collection "Philo Ado", avec sa vulgarisation des textes classiques" confirme Thomas Bout, des éditions Rue de l'échiquier.

"J'ai renouvelé mon carnet d'adresse de 20 à 30 %. Pas seulement avec des rendez-vous mais avec des gens qui passaient et se sont arrêtés. Certains s'arrachaient les livres des mains tellement ça leur plaisait. On a affaire à des gens cultivés, qui parlent bien anglais" souligne Marie Dessaix, responsable des droits de Nathan Jeunesse, qui regrette de "ne pas avoir assez de titres à vendre". De fait, la Chine est le premier acheteur de droits pour la littérature jeunesse française (1031 cessions en 2015) et même les titres du fonds ont souvent été vendus.

Comme la Corée il y a 20 ans

"La Chine explose comme la Corée il y a 20 ans. Les éditeurs se sont professionnalisés et sont en compétition" renchérit Sabine Louali, responsable des droits des Grandes personnes. On a même vu des enchères autour de certains titres. "Les éditeurs chinois sont très professionnels, recherchent des titres pointus mais ils ont parfois besoin d'être rassurés et sont à l'affût des prix littéraires", précise Isabel Finkenstaedt, fondatrice de Kaléidoscope, invitée dans le cadre du fellowship. "Il fut un temps où les éditeurs chinois se contentaient d'acheter les best-sellers. Ils doivent désormais développer leur expertise. Si vous n'êtes pas Penguin Random House, vous devez chercher des produits de niches" explique Lu Jun, de Citic Publishing.

"Ils vont très vite. Ils adhèrent sur le stand et j'ai signé trois contrats parce que les éditeurs voulaient imprimer le livre tout de suite. Il y a un grand salon des distributeurs à Pékin en janvier et ils voulaient qu'il soit disponible" raconte Sally Mak (Flammarion/Père Castor et Casterman). "Un éditeur m'a dit qu'il envoyait les contrats dès lundi" raconte de son côté Sylvain Coissard qui a fait découvrir la BD jeunesse aux éditeurs chinois. "Ils étaient 300 il y a 8 ans, ils sont 547 à publier des livres pour enfants" précise Yang Lei, de G.M. Open Book.
 
Photo CLAUDE COMBET / LH


Des secteurs inexplorés

Si les meilleures ventes jeunesse chinoises se font avec la fiction, l'album et la vulgarisation scientifique, il reste encore des secteurs à explorer comme les romans pour les adolescents qui n'existent pas en Chine. "Ces dix dernières années, on a eu une production massive avec beaucoup de produits identiques pas toujours de qualité. L'industrie du livre a mûri. Si on veut réussir les dix prochaines années, il faut comprendre les besoins des lecteurs, comprendre comment segmenter le marché par spécialités et s'attacher à la qualité du contenu. Notre succès futur, c'est de devenir un grand éditeur de vulgarisation scientifique, le Dorling Kinderlsey ou le Usborne chinois" analyse Kan Ninghui, vice-président de Shanghai Century Publishing Group, qui publie 12 000 titres par an sous 19 marques, chacune ayant sa spécialité (musique, art, littérature, etc.). La qualité du contenu, quelque soit le support, a d'ailleurs été le mantra de toutes les interventions des rencontres professionnelles.

Politique du deuxième enfant, nouvelles technologies et une nouvelle génération plus ouverte sur le monde : les éditeurs chinois sont confiants pour l'avenir. De fait, l'édition chinoise a déjà pris le virage et réclame des titres bilingues ou en anglais. "Nous n'avons pas la licence pour importer des titres mais dès que nous voulons proposer des titres en anglais mais aussi en français, en allemand, en japonais" dévoile Yang HaiFeng, de J.D. Com, l'une des plus importants détaillant de livres, leader de la librairie en ligne dans le pays. Le succès d'Harry Potter et l'enfant maudit dans sa version originale en anglais en est un preuve.

La moitié des importations

"50 % des titres importés sont des livres jeunesse" confirme Yang HeiFeng. "Shanghai est une ville ouverte, très attachée à une culture internationale et les parents de Shanghai sont prêts à donner à leurs enfants des livres en anglais. Le but est de bâtir une société multiculturelle" explique Xu Jiong, directeur de la Shanghai Press et Publication Administration (SPPA). Une ouverture que la foire a concrétisé par ses stand étrangers (outre français, anglais, américains), et par ses prix, le Chen Bochui et le Golden Pinwheel Youngstown Illustrators (décerné à un jeune illustrateur) et surtout par une opération hors les murs pour la première fois.

Shanghai rêve d'être la "Bologne de l'Asie" où viendraient des éditeurs de Malaisie, du Japon, d'Asie du sud-est. Fort de ses 30 % supplémentaires de superficie et de ses 135 nouveaux stands, de ses 350 exposants et ses 9 000 professionnels de 40 pays, et de ses 30 000 visiteurs, Xu Jiong a conscience qu'il lui faut construire sa foire "pas à pas", et d'être dans un "processus d'apprentissage, y compris pour les éditeurs chinois". "Nous préparons avec Ibby une exposition d'illustrateurs qui se déroulera à Shanghai d'avril à juillet et la Chine sera le pays invité à la Foire du livre de jeunesse de Bologne 2018" annonce-t-il, tout en donnant rendez-vous pour la 5ème édition du 17 au 19 novembre 2017.
 
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