À 4,90 euros pour 260 pages, Magnificat Humanitas, la première encyclique de Léon XIV consacrée à l'intelligence artificielle, ne ressemble à aucun autre best-seller. Trois semaines après sa publication le 25 mai, le titre cumule plus de 30 000 exemplaires écoulés en France en deux semaines selon les données de NielsenIQ BookData, répartis entre cinq éditeurs habilités.
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Le Cerf, associé à Bayard et Mame, domine avec près de 23 000 exemplaires vendus. Salvator suit avec près de 4 000 sur un tirage de 32 000 exemplaires en deux vagues, dont 16 000 déjà diffusés. Un démarrage exceptionnel, que Jean-François Colosimo, directeur des éditions du Cerf, qualifie sans détour de « succès prodigieux ».
« Avoir des antennes à Rome »
Pourtant, le modèle économique qui sous-tend ce succès est singulier. Les éditeurs publient un texte sur lequel ils n'exercent aucun travail éditorial. « On n'y touche absolument pas, ça fait partie des accords minimaux », rappelle Marc Leboucher, directeur de Salvator.. et pour lequel ils ont acquis les droits à la Librairie éditrice vaticane.
Ils assument par ailleurs des frais d'impression en urgence, une logistique de diffusion hors circuits normaux, et une mise en place sans référencement préalable sur Electre (société éditrice de Livres Hebdo) car le texte tombe sous embargo total jusqu'à la signature pontificale, ne laissant que quelques jours pour mobiliser imprimeurs, diffuseurs et libraires. « Il faut avoir des antennes à Rome, travailler avec un imprimeur capable d'aller très vite, un diffuseur-distributeur et des libraires disposés à le recevoir », détaille Jean-François Colosimo.
Des versions commentées qui font la différence
Tout cela pour un livre vendu à 4,90 euros. « C'est un choix politique de diffusion, pas un choix capitalistique », rappelle le directeur du Cerf. D'autant que le texte intégral de l'encyclique est librement accessible en ligne. Ce qui n'entame pas, paradoxalement, les ventes de l'objet imprimé. « Quand les gens se rendent compte que c'est agréable de lire sur un objet », note Marc Leboucher, la version papier garde toute sa pertinence, notamment pour les groupes de lecture et cercles d'études qui s'en emparent dans la durée.
C'est là que les éditeurs trouvent leur vrai levier de valeur ajoutée : l'édition commentée. Le Cerf annonce pour début juillet, via son département Loyola, une version annotée par des théologiens spécialistes de l'IA, un produit cette fois pleinement éditorialisé. Car si l'encyclique brute se vend comme un tract militant, c'est l'édition savante qui, sur la durée, fera la différence économique.
