L'écrivain breton Joël Raguénès est décédé le 29 juin à Brest, à 84 ans. Ses obsèques seront célébrées à Landivisiau, au pied de l'église Saint-Thuriau.
Il laisse une œuvre d'une vingtaine de romans qui ont contribué à faire entrer dans la littérature contemporaine les destins des goémoniers de Quéménès, des pêcheurs du Conquet, des marins de la baie de Saint-Brieuc ou encore des paysannes du Léon. À travers de vastes sagas familiales, il a fait de la mémoire populaire bretonne la matière d'un univers romanesque singulier. Son dernier livre achevé, Le Pardon en héritage, paraîtra en janvier 2027, à titre posthume.
Les côtes bretonnes au cœur de son œuvre
Né au bout du Finistère, face à la mer d'Iroise, Joël Raguénès est issu d'une famille de goémoniers. Cette filiation irrigue toute son œuvre. Enfant des côtes bretonnes, il conservera toute sa vie le goût du large, le souvenir des campagnes de récolte du goémon sur l'île de Quéménès et une connaissance intime des métiers de la mer, qu'il retranscrira avec précision.
Diplômé de l'École supérieure de commerce de Brest, il choisit une carrière dans le commerce international. Pendant plusieurs décennies, ses activités professionnelles le conduisent en Afrique, en Asie, dans le Pacifique, en Europe de l'Est et au Moyen-Orient. Ces années de voyages nourriront son regard sur les hommes et les sociétés, sans jamais l'éloigner de la Bretagne, qui restera le cœur de son inspiration.
Une vocation retrouvée
Joël Raguénès avait tenté très jeune l'aventure littéraire en écrivant un roman policier, resté inédit. Il faudra attendre les années 1990 pour que l'écriture retrouve sa place. La vente de la maison familiale et la redécouverte des carnets techniques de son grand-père goémonier agissent comme un déclencheur.
En 2002 paraît Le Pain de la mer, publié chez JC Lattès sous l'impulsion d'Isabelle Laffont. Le roman rencontre immédiatement son public et s'impose comme l'un des grands romans consacrés à la Bretagne contemporaine. Lorsque son éditrice rejoint Calmann Lévy, Joël Raguénès la suit et publie dans cette maison l'essentiel de son œuvre, notamment au sein de la collection « Territoires ».
Roman après roman, il construit une fresque où se croisent marins, paysans, industriels, femmes de caractère et familles confrontées aux bouleversements de l'histoire.
Une œuvre au long cours
Joël Raguénès écrivait des romans de transmission. Ses intrigues s'étendaient volontiers sur plusieurs générations, convaincu que les destins ne prennent tout leur sens que dans la durée. Guerres, exodes, héritages, ascensions sociales, secrets de famille et histoires d'amour composaient la trame de récits où la grande Histoire rencontrait les existences ordinaires.
Son écriture se distinguait par une documentation minutieuse et un vocabulaire précis, notamment lorsqu'il évoquait les métiers de la mer ou du monde rural, sans prendre le pas sur le romanesque.
Il revendiquait volontiers son goût pour les histoires vraies. « Je suis paresseux, et c'est beaucoup plus facile de créer des héros de roman à partir d'êtres réels que de les créer de toutes pièces », disait-il avec humour. Une formule qui résumait sa démarche : puiser dans les existences réelles la matière d'une fiction capable d'en révéler la portée universelle.
Les femmes au cœur de ses romans
Nombre de ses héroïnes occupent une place centrale dans son œuvre. Joël Raguénès reconnaissait volontiers ce qu'il devait aux femmes de sa vie : sa mère, son épouse Christiane, leurs deux filles, ainsi que les éditrices qui l'ont accompagné tout au long de son parcours. Cette proximité explique sans doute la place qu'il accordait aux personnages féminins, souvent moteurs de ses intrigues et porteuses de la mémoire familiale.
Parmi ses derniers succès figure Lady Mond (Calmann Lévy), consacré à l'extraordinaire destinée de la Bretonne Henriette Chrétien, devenue Lady Mond après avoir épousé l'industriel britannique Ludwig Mond.
Un passeur de mémoire
Installé ces dernières années à Brest après avoir longtemps vécu à Landivisiau, Joël Raguénès n'a jamais cessé de raconter son pays. Son œuvre aura offert une mémoire romanesque à des communautés, des métiers et des paysages souvent absents des grands récits nationaux.
