Dans le cadre de son programme « Chapitres Responsables », consacré à la transition écologique du secteur de l’édition, le Syndicat national de l’édition (SNE) présentait ce mardi 29 septembre, dans ses bureaux du boulevard Saint-Germain à Paris, un nouvel outil destiné aux professionnels du livre : Livrempreinte, un calculateur carbone permettant de mesurer l’impact environnemental de la production éditoriale.
L’outil s’inscrit dans un programme plus large composé de trois initiatives, aux côtés notamment d’un parcours de formation et d’une étude en analyse du cycle de vie (ACV) de plusieurs types de livres. Déjà présenté au dernier Festival du livre de Paris, Livrempreinte est désormais ouvert aux préinscriptions. Face aux journalistes, le SNE a détaillé les principes qui ont précédé sa conception, son fonctionnement, son interface ainsi que les usages auxquels il est destiné. Le SNE rappelle que ce plan est cofinancé avec France 2030 et le Centre national du livre.
« La première chose à faire c’est de mesurer »
Renaud Lefebvre, directeur général du SNE, affirme : « La prise en compte des enjeux environnementaux par le SNE est ancienne, ce qui nous a semblé important ici, c’est d’outiller cette démarche en mettant à disposition un calculateur carbone ». En effet, le SNE œuvre depuis plusieurs années à produire des initiatives durables comme la charte environnement en 2021. « Il faut participer à une prise de conscience globale, si on veut piloter la première chose à faire, c’est de mesurer », explique-t-il.
Suivre toute la chaîne de production
Concrètement, Livrempreinte permet de mesurer les émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’un livre imprimé. Développé avec Ecographe, dirigé par Benoît Moreau, déjà actif auprès d’imprimeurs dans plusieurs pays européens, le calculateur croise les données des différents acteurs de la chaîne, du papetier à l’imprimeur. Il prend notamment en compte le type de papier, son grammage, son lieu de production et sa quantité, mais aussi la consommation d’encre, les procédés d’impression, le façonnage, les éventuels embellissements ainsi que les distances et modes de transport.
Pour chaque tirage, l’éditeur renseigne ces différentes informations afin de reconstituer au plus près son parcours de fabrication. Le calculateur peut notamment distinguer la quantité brute de papier fourni à l’imprimeur de la quantité nette retrouvée dans les exemplaires destinés à la librairie. Plusieurs centaines de données peuvent ainsi être nécessaires pour décrire une production. À partir de ces informations, Livrempreinte établit l’empreinte carbone du tirage, qui peut ensuite être rapportée à l’exemplaire. Lorsque certaines données manquent, l’outil s’appuie sur des moyennes plutôt hautes afin de ne pas sous-estimer l’impact.
Capture d'écran de Livrempreinte, simulation de résultats- Photo SNEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Un bilan global
« Sans mesures, nous sommes à l’aveugle sur les impacts », souligne le directeur du SNE, qui présente le dispositif comme novateur et « sans équivalent à l’étranger ». Les résultats peuvent enfin être regroupés dans un bilan périodique, permettant aux maisons d’édition de suivre leur empreinte dans le temps et de définir une trajectoire de réduction de leurs émissions. Le SNE souligne également que cet outil permettrait d'avoir une vision précise sur l'ensemble de la filière.
Uniformiser les données
L’un des enjeux est aussi de simplifier et de fiabiliser la mise à jour des données. Plutôt que de multiplier les demandes auprès des éditeurs, une seule mise à jour commune pourrait être effectuée chaque année auprès des fournisseurs référencés, afin qu’ils transmettent leurs données carbone. Le SNE indique avoir déjà fait le travail après de ces fournisseurs qui ont accepté de partager ces informations. Une démarche qui doit aussi permettre d’uniformiser les données et de les standardiser, tout en diminuant le poids administratif pour les éditeurs, confrontés à des volumes de saisie importants.
Cette standardisation doit également permettre au secteur de mieux faire face aux nouvelles obligations déclaratives, notamment dans le cadre de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, une directive européenne qui renforce et harmonise les obligations de publication d'informations extra-financières en matière environnementale, sociale et de gouvernance). « Un organisme tiers viendra vérifier tous nos calculs. Il faut des calculateurs fiables et certifiés », explique Pascal Lenoir, président de la commission Environnement et Fabrication, qui devra ensuite pouvoir publier ces données et les soumettre notamment à la vérification d’un commissaire aux comptes.
Un calculateur, avec ses limites
L’objectif affiché n’est toutefois pas de culpabiliser les professionnels : « L’outil n’est pas pour faire culpabiliser mais pour montrer qu’on a les moyens pour agir », résume Laurène Eichner, chargée de mission pour la commission environnement-fabrication.
Le calculateur présente néanmoins certaines limites. Il ne prend pas en compte les ouvrages produits mais finalement non distribués ou invendus. Il ne permet pas non plus, à ce stade, de calculer l’empreinte carbone du transport jusqu’aux librairies, les données étant jugées trop difficiles à quantifier pour chaque livre.
« Pour les éditeurs, ce qui va changer c’est la capacité de mesurer de façon globale la production et de pouvoir en tirer des expériences permettant d’améliorer la performance environnementale, c’est nécessaire et possible alors autant le faire », conclut Pascal Lenoir.

