Le philosophe Carlo Strenger s’est éteint | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 28.10.2019 à 18h10 (mis à jour le 28.10.2019 à 19h00) Disparition

Le philosophe Carlo Strenger s’est éteint

Carlo Strenger, philosophe, en 2010 - Photo OFER CHEN - CC BY-SA 3.0

Le penseur suisso-israélien, figure de la gauche intellectuelle israélienne, est décédé le 25 octobre à l’âge de 61 ans.

Le philosophe et psychanalyste helvético-israélien Carlo Strenger est décédé, vendredi 25 octobre, à l’âge de 61 ans. Il était l’une des figures majeures de l’intelligentsia de gauche en Israël, dont il critiquait le virage vers le conservatisme et le repli sur des valeurs nationalistes. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont trois ont été traduits en France aux éditions Belfond. Son dernier essai, Allons-nous renoncer à la liberté ?, paru en février 2018, offre une réflexion sur les événements tragiques et les mutations qui agitent les sociétés contemporaines : attentats, fondamentalisme, Brexit et populisme, entre autres.
 
Né en 1958 à Bâle, en Suisse, Carlo Strenger a grandi dans une famille juive orthodoxe mais se convertit plus tard à l’athéisme laïque, une décision qui influencera grandement son parcours académique, tourné vers l’analyse psychologique et philosophique de l’identité. Enseignant, puis titulaire d’une chaire à l’université de Tel-Aviv, il développe une théorie moderne de la psychanalyse influencée par la sociologie, l’économie et les neurosciences.  Il montre notamment que le processus de mondialisation et l’effacement progressif des traditions altèrent largement les modèles psychanalytiques antérieurs. Dans cette réalité globalisée, Carlo Strenger démontre que l’homme doit lutter davantage pour définir son estime de soi et développe une peur accrue de l’insignifiance.

"Une pensée d'une grande érudition"
 
A partir de 1997, il travaille également comme journaliste politique pour le quotidien de gauche israélien Haaretz et ponctuellement pour le quotidien britannique The Guardian. Critique de la politique de colonisation d’Israël, il assiste à la montée en puissance des forces de droite, voire d’extrême-droite, dans son pays. D’abord partisan de la solution à deux Etats, il estimait toutefois depuis 2013 que la gauche avait perdu le combat politique et devait maintenant réfléchir à une solution à un seul Etat regroupant les peuples palestiniens et israéliens.
 
"C’était un homme extraordinaire, l’un des penseurs les plus originaux de notre temps. Il n’est pas si souvent donné de rencontrer dans une seule et même personne la simplicité, l’humour, la gentillesse et une pensée profonde portée par une grande érudition", ont déclaré les éditions Belfond dans un communiqué.

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