Le Femina 2019 pour Sylvain Prudhomme, Manuel Vilas, Edna O'Brien et Emmanuelle Lambert | Livres Hebdo

Par Isabel Contreras, le 05.11.2019 à 12h56 (mis à jour le 05.11.2019 à 16h22) Proclamation

Le Femina 2019 pour Sylvain Prudhomme, Manuel Vilas, Edna O'Brien et Emmanuelle Lambert

Sylvain Prudhomme - Photo OLIVIER DION

Le grand prix d’automne exclusivement féminin a couronné, mardi 5 novembre, Sylvain Prudhomme. Manuel Vilas remporte le Femina étranger, Edna O'Brien reçoit un prix spécial et Emmanuelle Lambert, le Femina essai. 

Présidé par Camille Laurens, le jury du Femina a dévoilé au Cercle de l'Union Interalliée, mardi 5 novembre, le nom de ses lauréats.

Le prix Femina a couronné au premier tour  Sylvain Prudhomme pour Par les routes publié dans la collection "l’Arbalète" de Gallimard.

"C’est un jury composé de grandes figures de la littérature et de notre vie intellectuelle à tous, je suis infiniment honoré", a réagi, visiblement ému, le lauréat. Déjà distingué par le prix Landerneau des lecteurs 2019, Sylvain Prudhomme évoque ici la force de l'amitié et du désir ainsi que le vertige devant la multitude des existences possibles.
 
J’essaie de parler du désir de liberté qu’on a tous. Sylvain Prudhomme

Dans sa critique, notre collaborateur Olivier Mony salue "un roman d'amour (et même un roman d'amours, celui que se portent les personnages avec une grâce qui n'appartient qu'à eux). On y regarde les hommes partir, revenir, une femme à sa fenêtre, les plaisirs et les jours, les saisons. On pense parfois à la légèreté endeuillée du Patrick Lapeyre de La vie est brève et le désir sans fin."

"J’essaie de parler du désir de liberté qu’on a tous. Les personnages essaient à chaque fois d’inventer un équilibre, de construire des choses, de s’aimer en essayant, en même temps, d’accueillir la vie dans ce qu’elle a de plus ouvert, de pas figé", a souligné Sylvain Prudhomme.
 
L'écrivain a été remarqué par la critique et les prix littéraires de la saison. S’il reste en lice pour l’Interallié, il a aussi figuré dans les listes du Renaudot et du Grand prix du roman de l’Académie française.  Son roman s'est écoulé à 8000 exemplaires selon GFK.
 
Manuel Vilas - Photo OLIVIER DION
Le Femina étranger a distingué Manuel Vilas pour Ordesa, traduit par Isabelle Gugnon (Sous-Sol), lui aussi élu dès le premier tour. Dans cette plongée dans le passé de sa famille et de l'Espagne, l'écrivain "ratiocine, tourne en rond, autour d'une figure essentielle de la littérature contemporaine : la disparition. Il y a dans ce texte quelque chose de la hauteur altière d'un W. G. Sebald" explique Olivier Mony dans sa critique.

Présent à la remise du prix, l’écrivain espagnol a tenté d’expliquer le succès de son livre. «Il s’agit d’une histoire universelle autour des liens de filiation. L’accueil en France ou en Italie a été le même qu’en Espagne : ce roman touche la classe moyenne occidentale. On partage les mêmes obsessions, ce désir de réussite, cette envie de prospérité, dans l’achat d’une voiture comme d’une maison de vacances », a-t-il déclaré.
 
Edna O'Brien - Photo OLIVIER DION
Un prix spécial a été remis pour l'ensemble de son œuvre à Edna O'Brien, dont le livre Girl, traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat (Sabine Wespieser), était dans la sélection finale. L'écrivain irlandaise immerge le lecteur en Afrique, dans une région conquise par Boko Haram. A son arrivée dans le camp, une adolescente est contrainte de revêtir le hijab et connaît la faim, la terreur et la perte de repères. Après son évasion avec l'enfant qu'elle a eu de l'un de ses bourreaux, elle peut enfin rentrer chez elle. Mais là-bas, elle affronte sa propre famille parce qu'elle a introduit dans la descendance du sang souillé par l'ennemi.
 
La jurée, écrivaine et journaliste Paula Jacques a salué « la jeunesse » du palmarès. « Alors que Sylvain Prudhomme est un jeune écrivain, Edna O’Brien, à 93 ans, a écrit un livre digne d’un tout jeune écrivain dévoré d’idéalisme qui veut plaider à tout prix la cause des femmes martyrisées. Ce livre est d’une fraicheur, d’une ambition et d’une réussite extraordinaires ».
 
Emmanuelle Lambert - Photo OLIVIER DION
Le Femina essai a récompensé Emmanuelle Lambert pour Giono, Furioso publié chez Stock. Pour avoir été chargée de réaliser une exposition sur Jean Giono, l'auteure, devenue intime de la vie de l'écrivain, a imaginé une rencontre entre la narratrice de ce roman et l'écrivain, mort en 1970. Elle dresse de lui un portrait surprenant, nourri de lectures, d'anecdotes biographiques et historiques ainsi que de détails significatifs sur sa vie et son art. Notons qu'Emmanuelle Lambert est commissaire de l'exposition "Giono" au MuCEM (Marseille), qui a été lancée le 30 octobre (jusqu'au 17 février 2020). le catalogue d'exposition, sous sa direction, a été préfacé par J.M.G. Le Clézio, et coédité par les éditions du MuCEM et Gallimard.
 
Michel Desmurget - Photo OLIVIER DION
Une mention spéciale a distingué La fabrique du crétin digital : les dangers des écrans pour nos enfants de Michel Desmurget (Seuil).
 
Cette année, la sélection d’essais s’est caractérisée par la présence importante d’éditeurs indépendants tels Premier parallèle ou Anamosa. « Nous gardons l’œil sur ces petits éditeurs pionniers et audacieux et en même temps d’excellence», a réagi Anne-Marie Garat en référence notamment à Arpenter le paysage de Martin de la Soudière (Anamosa) qui a reçu plusieurs voix en finale.
 
Le jury du prix Femina réunit Evelyne Bloch-Dano, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Camille Laurens, Mona Ozouf, Josyane Savigneau et Chantal Thomas. Le secrétariat est assuré par Anne de Caumont. En 2020, le prix sera présidé par Anne-Marie Garat.

L'année dernière, le Femina avait couronné Philippe Lançon (Le lambeau, Gallimard), Alice McDermott (La neuvième heure, La Table ronde) et Elisabeth de Fontenay (Gaspard de la nuit, Stock).
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