Le metteur en scène Julien Gosselin lancera en juillet le 80e festival d'Avignon, une édition qui entend faire découvrir les arts vivants coréens et à laquelle participera la romancière sud-coréenne Han Kang, prix Nobel de littérature en 2024.
Quarante-sept spectacles (près de 300 représentations), dont 30 créations, sont au menu de ce rendez-vous du théâtre international qui se tiendra du 4 au 25 juillet, selon son directeur Tiago Rodrigues.
La programmation a été dévoilée mercredi 8 avril sur place et sur les réseaux sociaux. Le budget du festival est d'environ 16 millions d'euros, avec un équilibre de financement public/recettes propres « presque à moitié-moitié », selon Tiago Rodrigues. Environ 136 000 billets sont à vendre.
Le directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris Julien Gosselin, figure emblématique du festival, présente le 4 juillet, dans la Cour d'honneur du Palais des papes, Maldoror, un spectacle de cinq heures qui pose la question suivante : « Pourquoi les écrivains et les écrivaines sont-ils/elles aussi fascinés par le mal ? »
Sur le plan scénographique et dramaturgique, c'est un spectacle « à grande échelle » et « d'une grande liberté artistique », parmi ceux que le festival aime à « accompagner », notamment « dans une époque où on voit la liberté artistique menacée », a affirmé Tiago Rodrigues à l'AFP.
Le coréen, langue invitée
Depuis son arrivée à la direction du festival, Tiago Rodrigues, lui-même Portugais, a souhaité chaque année mettre une langue à l'honneur. En 2023, c'était l'anglais, en 2024, l'espagnol et en 2025 l'arabe.
« Alors qu'on a, ces dernières années, vu émerger une forme de "soft power" à travers la K-pop, des séries télé, etc., les arts vivants (sud-coréens, ndlr) restent très méconnus » des scènes européenne et française, souligne-t-il. D'où le souhait de « faire découvrir ce qui se cache derrière », notamment « la richesse de la création artistique en arts vivants » de ce pays.
On pourra ainsi voir une pièce de Sung Im Her, chorégraphe de danse contemporaine renommée, trois spectacles du metteur en scène Jaha Koo, dont l'un sur la pression exercée sur la jeunesse sud-coréenne pour être performante, ou encore découvrir Lee Jaram, « diva du pansori » (récit chanté accompagné au tambour).
Au menu encore, l'artiste Lee Jinyeob (danse et performance visuelle), ou Lee Kyung-Sung, auteur de théâtre documentaire qui s'intéresse, dans Island story, aux victimes d'un épisode tragique de l'histoire du pays, à savoir la répression menée par les forces sud-coréennes sur l'île de Jeju (sud du pays), entre 1948 et 1954, qui fit 30 000 morts.
Han Kang en lecture-performance bilingue interprétée par Isabelle Huppert
La lauréate du prix Nobel de littérature en 2024, Han Kang, présente lors du festival, sera à l'honneur avec le spectacle Oiseau, une lecture-performance bilingue interprétée par Isabelle Huppert et l'actrice Lee Hyeyoung, dirigée par la metteuse en scène Julie Deliquet.
Par ailleurs, son roman publié en français sous le titre Impossibles adieux sera adapté sur les planches par la metteuse en scène italienne Daria Deflorian (Che dolore terribile è l'amore).
Le festival invite des artistes déjà venus, comme la Brésilienne Christiane Jatahy, qui avec l'acteur Wagner Moura (prix d'interprétation masculine au festival de Cannes en 2025 pour L'agent secret) revisitera la pièce du dramaturge norvégien Henrik Ibsen Un ennemi du peuple, à l'aune de l'histoire récente de son pays.
Artiste brésilienne également, Carolina Bianchi présentera la dernière pièce et la totalité de sa trilogie sur les violences sexuelles. En 2023, elle avait sidéré son public en consommant la « drogue du violeur », l'entraînant dans un « voyage dans l'enfer » du viol et des féminicides.
Côté danse, on pourra voir la chorégraphe française Mathilde Monnier, qui occupera la carrière de Boulbon avec la percussionniste Lucie Antunes.
Parmi les nouveaux artistes (67 % des artistes sont invités pour la première fois), on peut citer Salim Djaferi, Belge d'origine algérienne, qui fait une comparaison entre l'architecture coloniale en Algérie et celle de l'habitat social en banlieue parisienne.
À noter encore un questionnement sur le rapport de l'humain à l'intelligence artificielle par la compagnie britannique Forced Entertainment avec Everything Must Go.